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2e round ! [Logan]
Amai Gakuen  ::  :: RPs 2017
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Jeu 13 Juil 2017 - 22:31
Ce soir, c’est mon jour de chance. Je suis là, planté devant l’entrée de ce bar miteux, je n’ai aucune idée de ce qui se trouve derrière mais je sens dans mes tripes que la troisième tentative sera la bonne. Il ne pourra pas m’échapper indéfiniment, ce serait trop bête. Je me redresse et pousse la porte. Une seconde de flottement, le temps que je parcoure la pièce du regard et… déception. Il n’est toujours pas là. Mais je ne m’avoue pas vaincu. La soirée ne fait que commencer. Je vais me commander une Asahi Stout et des edamame et me prépare à attendre. Je suis idéalement placé : calé contre le mur, au bout du bar, j’ai une vue imprenable sur la porte mais suis trop sur le côté et dans un coin trop sombre pour être visible immédiatement depuis l’entrée. Bien sûr, je ne pourrais pas échapper à un examen attentif de la salle mais je ne peux guère faire mieux. Et de toute façon, Dan est du genre « Je vous vois même pas, alors me faîtes pas chier. » Je parierais qu’il ne lèvera pas les yeux de la porte jusqu'au bar.

Tout en prenant une première gorgée de ma bière, je fais un peu de calcul. Ça fait… près d’un mois. Un mois s’est écoulé depuis notre première… rencontre ? Non, le mot est bien trop neutre. Confrontation ? Trop banal. Tête-à-tête ? Il y a là un jeu de mots intéressant mais je sens que je peux trouver encore mieux. Contact ! Voilà ! Il y a un mois avait lieu notre premier « contact ». Ça avait été percutant, explosif même, mais en un sens, tellement jouissif ! Par réflexe, je me passe la langue sur la lèvre inférieure. Elle a complètement cicatrisé, à présent, mais le souvenir de cette blessure et du goût du sang qui s’en est écoulé reste bien ancré. Une sorte de blessure fantôme, qui ne guérira que quand j’aurais réglé le problème à la source.

Mais il va encore falloir être patient. À première vue, rien ne distingue cette soirée des deux autres que j’ai passées entre ces murs. Le même vieux type est affalé à la même place, toujours aussi torché. Pas sûr qu’il ait décuvé depuis samedi dernier, ni même qu’il ait bougé de ce siège. Dans un coin, trois compères parlent dans un dialecte du Kansai si argotique que je devrais me concentrer ferme pour le comprendre – comme si j’en avais envie.  Les derniers occupants de la salle sont un couple attablé dans un coin. Illégitime, sans doute, vu les regards inquiets que jette régulièrement le gars par-dessus son épaule, mais ce n’est pas mes oignons. À chacun de gérer ses propres merdes. En tout cas, Dan, avec son aura de soufre, ne détonnerait pas dans cet environnement.

Enfin, à condition qu’il se montre. Un quart d’heure, une demi-heure puis une heure passent sans le moindre signe de lui. J’attends patiemment, occupant successivement mes doigts avec ma bouteille de bière, les fèves et des cigarettes. Le couple est parti, bras dessus-bras dessous, puis Crystal (ou Ruby ? Amber ? Bref, un nom comme ça) est entrée. Elle est restée plantée sur le seuil et a balayé la pièce de son regard trop maquillé. Lorsqu’elle m’a aperçu, elle m’a lancé une œillade et un sourire aguicheur mais ne s’est pas approchée. Je lui ai bien fait comprendre que je n’étais pas intéressé, la dernière fois. Tout ce que je lui ai acheté, ce sont des renseignements sur Dan. Les autres services qu’elle a à offrir ne m’intéressent pas. Je préfère les vraies blondes aux Philippines décolorées. Elle semble enfin l’avoir compris, alors elle va se jucher sur un tabouret de bar branlant, croise les jambes pour faire encore remonter sa mini-jupe et se commande un cocktail. D’après la liasse de billets qu’elle sort de son corsage et sa chevelure plus décoiffée qu’à l’habitude, elle, elle n’a pas passé cette dernière heure à faire le pied de grue.  

J’ai beau essayer de la faire durer, il vient forcément un moment où ma bière s’épuise. J’ai fait signe au barman et il est en train de s’avancer vers moi quand la porte s’ouvre derrière lui. Et c’est bien lui. Je le savais ! Je le savais, que ce serait aujourd’hui ! Un feu d’artifice éclate quelque part en moi, accompagné d’un boucan qui mélange vivats et cris de guerre. Je l’ai retrouvé ! Pour ne pas me trahir au mauvais moment, je me ratatine un peu et me cache derrière le barman qui approche.

- Ce gars, qui vient d’entrer… Vous le connaissez ? Vous savez ce qu’il prend d’habitude ? chuchoté-je quand il arrive à ma hauteur.

Pas sûr qu’il y ait bien besoin de chuchoter, ça doit passer pour plus bizarre qu’autre chose, mais j'ai l'impression d'être le chasseur qui vient de trouver sa proie après des heures d'affût et craint de la voir s'envoler au dernier instant. De toute façon, ma carrure et mes origines me font déjà remarquer, dans ce genre de lieu, alors je n’en suis plus à ça près. Ça ne fait même pas ciller le barman. Des bizarreries, il a dû en voir d’autres. Il se retourne, jette un coup d’œil à Dan puis me répond d’un hochement de tête.

- Alors servez-lui sa boisson préférée et dites-lui que c’est de ma part.

Et tandis qu’il s’éloigne, je me redresse et prend ma bière (vide : l'émotion m'a fait oublié d'en reprendre une, mais tant pis) à la main, prêt à trinquer à distance avec Dan dès qu’il me lancerait un de ces regards noirs dont il a le secret.
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Lun 17 Juil 2017 - 22:17
/j'en profite pour intégrer la disparition de Yoann Schepper, anciennement lié à Logan, qui a été supprimé lors du recensement. Vouala. Comme ça c'est fait. ~/


Ma voix chevrotante se fraye un chemin jusqu'à l'autre bout du fil.

Rachel ? Faut que tu rappliques, j'ai un paquet urgent à faire disparaître. Un paquet de type humanoïde. Euh... de type mort, surtout. Il est dans un appart' à Inazami, à côté du bordel des proxénètes. Tu te débrouilles, j'le descendrai pas pour toi, t'es assez grande. Préviens-moi quand t'as terminé.

Et je raccroche en soupirant, la main perdue dans mes cheveux ébène. Les syllabes de mes mots ne tressautent pas à cause d'une quelconque tristesse ou même culpabilité, mais sont davantage froissées d'une certaine... nervosité ? Je saurais pas te dire. Disons  que je viens de tuer Yoann sur un coup de tête - sur un coup dans sa tête, surtout -, et que ce n'était pas prévu au programme. Mais tu vois, je suis à cran.  À cause de l'autre demeuré de flic. Alors, quand je me suis rendu chez ce hacker dans le but de lui mettre le coup de pression du siècle - comprenez, il détient des informations capitales, ce monsieur -, j'ai vraiment pas supporté qu'il se terre dans une résistance stupide. Je l'ai frappé. J'ai lié ses poignets et j'ai collé un joli petit adhésif sur sa bouche, pour trifouiller moi-même dans ses ordis sans être importuné. Mais voilà, un certain connard accaparant mes pensées, ma patience se consumant plus vite qu'une clope et les cendres de mon humanité s'éparpillant inexorablement... Putain, il ne voulait pas se la fermer. Malgré l'adhésif, il émettait des protestations horripilantes, dans un méli-mélo de sons étouffés et grotesques qui ne faisaient que heurter la surface du sctoch, en vain. Je lui ai ordonné de fermer sa putain de gueule. Une fois. Deux fois. La troisième fois, ma voix a grondé, exaspéré, et je lui ai collé une balle dans la tête. Un effroyable soulagement...

Il a fallu quelques secondes pour me rendre compte de ce que j'avais fait. Yoann et moi étions plus ou moins proches ; ou bien sans doute m'a-t-il cru proche de lui, toujours est-il qu'on se connaissait bien. À présent, il est à mes pieds, les yeux grands ouverts sur le néant dans lequel je l'ai précipité. Je soupire de nouveau, fatigué. Fatigué d'être sur les nerfs, fatigué d'être moi à tel point que je rêverais parfois qu'on me jette à l'asile et qu'on m'emprisonne dans une camisole. Le cerveau drogué par les médocs. Plus capable de penser. Ca serait reposant. Je pense trop.

Je retire enfin la clé USB de l'ordinateur, et l'enfouit négligemment dans la poche de mon jean. Enjambant ensuite le corps sans vie de mon collègue, j'empreinte sa salle de bain pour me passer un peu d'eau sur le visage. La sensation glacée glissant sur mon épiderme achève d'éteindre les dernières braises de ma colère mais, rien à faire, j'ai besoin de décompresser.

Cinq minutes plus tard, je suis dehors. Le flingue planqué entre ma ceinture et le tissu de mon jean, même si l'on peut l'entrevoir car... oh, miracle, je ne porte pas de sweat - il fait bien trop chaud pour ce genre de connerie -, je tente de tirer sur mon t-shirt noir. La tentative se solde par un abandon immédiat, non sans gratifier mon public inexistant d'un formidable flot d'insultes. Je vous l'ai dit : je suis à cran. Ma gestuelle le prouve, malheureusement à mon insu : je pince les lèvres, frotte ma nuque, me gratte le front... il faut que je me détende. Une petite bière, ça me ferait du bien. Un endroit calme, sans trop de présences humaines. C'est possible de se téléporter dans l'espace ? Là, maintenant ? Un bar tranquille avec vue sur la Terre, ça serait sympa.

Je dois pourtant me contenter de mon taudis coutumier. Quelques minutes de marche me suffisent pour atteindre ce lieu glauque mais étonnamment calme, et je pousse la porte en priant pour qu'aucun bipède ne vienne m'importuner. Ô, Dieu des chips, faites qu'on me foute la paix. J'ai encore des balles dans le barillet.

Je croise la poufiasse perchée sur un tabouret, toujours le même d'ailleurs, évitant de porter mon regard sur elle pour ne pas gerber - j'exagère à peine -, avant de m'affaler à une table vide. Quelques instants après, le barman vient vers moi et, alors que je m'apprête à lui balancer que je veux une bière bien forte, il me la pose sur la table. Je cille, incrédule, et lève les yeux vers lui.

C'quoi le piège ?

Il me répond en soufflant, sûrement exaspéré par un gamin de mon genre, et désigne quelque chose d'un signe de la tête, avant de retourner mollement à ses occupations. La première chose qui me vient à l'esprit est sans doute un tonitruant : c'est quoi ce plan drague à deux balles ?! Blasé au possible, je tourne la tête vers l'autre côté de la salle. Je reconnais alors immédiatement la silhouette qui se dessine, et constater sa présence suffit à me déclencher un mal de crâne. Il me prend la tête, en plus de s'approprier mes pensées.
À défaut de le descendre sur place, je le fusille du regard. Et... c'est tout. Un ange passe, je détourne finalement les yeux dans un soupir et bois la bière d'une traite. J'ai pas envie de cogner, de me confronter. J'ai tué quelqu'un aujourd'hui, ça m'a suffi.

Il a gagné quand on jouait à chat, et il vient de gagner cette partie de cache-cache. C'est quoi le prochain jeu ? Il me bande les yeux et me jette dans le vide ?
Je bâille. M'étire un peu. Et lève finalement mon cul de ma chaise, pour rejoindre Steven... Euh, Steve, avec toute la lenteur du monde.

Arrivé à sa hauteur, je lui balance, comme si de rien n'était :

Tu m'en payes une autre ?

J'aimerais bien lui demander ce qu'il fout là, car j'étais persuadé qu'il m'avait oublié, mais je suis trop taciturne pour ça. Peut-être qu'après une ou deux bières supplémentaires... En attendant, je me contente d'une petite pique, juste pour la forme :

J'vois que tu t'emmerdes au point d'me rendre visite. Pauvre garçon.  

Et je lève les yeux au ciel, soulignant le sarcasme de mes mots ainsi jetés, la voix traînante, en dépit de mon esprit qui fonctionne à toute allure. Et bah, c'est une bien belle journée de merde.
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Ven 21 Juil 2017 - 0:53
Sa première réaction, son premier regard, est à la hauteur de mes attentes. S’il avait eu un flingue, il m’aurait tiré entre les deux yeux sans la moindre hésitation. Mais il ne le peut pas. J’imagine quelque chose hurler en lui et être obligé de se plier à la réalité et aux règles que j’ai moi-même définies. J’aime ça. La suite, par contre… L’absence de suite, plutôt, me déçoit profondément. Quoi, pas plus de réaction ? En à peine quelques secondes, il semble m’oublier totalement. Eh, gars, cette bière, je te l’ai pas offerte pour que tu la descendes comme ça à la régalade ! Je ne te l’ai même pas offerte, en fait, je te l’ai imposée ! J’aurais dû lui envoyer un lait grenadine, tiens ! Là, au moins, il se serait occupé de moi.

Pour le moment, me sentir moins important qu’une binouze me vexe terriblement. C’est tout ce que je vaux à ses yeux ? Un mois sans se voir et ça y est, il passe à autre chose ? Je suis redevenu n’importe quel gars, qu’on pourrait croiser dans n’importe quel bar ? Cette pensée me fait enrager. Mais c’est pas possible. Il était trop amoché, trop en fureur, et c’était lui qui m’avait couru après, merde ! Après tout ça, il préfèrerait boire la mousse tiède d’un bouiboui que régler ses comptes avec moi ?!

Je suis encore en train d’essayer de me calmer quand j’entends un bruit de chaise qui râcle par terre. Je lève les yeux et incrédule, le voit avancer vers moi. Ma fierté, enfin brossée dans le sens du poil, redresse vite mon dos voûté par la déception et fait ressortir mon sourire.

- Tu m’en payes une autre ? demande-t-il (ou ordonne-t-il, son ton n’est pas clair) d’une voix lente.

Je le fixe sans détour tandis qu’il vient s’asseoir à côté de moi. Il a l’air blasé. Ou crevé. Si nous étions face à face depuis plus de trois minutes, j’aurais pu croire que j’avais réussi à l’avoir à l’usure. Il me semble aussi plus pâle que la dernière fois, mais l’éclairage tamisé (plutôt dans le genre louche que romantique) ne le met pas en valeur. En tout cas, s’il n’est pas en possession de tous ses moyens, deux possibilités : soit il réagit au quart de tour, soit tout lui coule dessus. Dans le doute, mieux vaut y aller prudemment, commencer un travail de sape consciencieux plutôt que sortir le bélier. Mais histoire de tâter le terrain (ou parce que je ne peux quand même pas le laisser me parler comme ça sans réagir), je lance sans détour :

- Au prix qu’elle coûte, tu as intérêt à la savourer, celle-là.

Je ne plaisante qu’à moitié. Les tarifs sont adaptés au quartier mais entre les bières, les trucs à grignoter et les clopes (ça faisait longtemps que j’avais pas fumé autant), ces sorties commencent à me coûter cher. Je fais pourtant signe au barman de nous remettre ça à tous les deux. Je m’attends à ce qu’il se tire de nouveau aussitôt qu’il serait servi, ou au mieux après avoir vidé sa boisson en silence. Nouvelle bonne surprise de la soirée : il prend la parole. Enfin, « bonne »… Elle aurait été encore meilleure s’il ne jouait pas dans son registre habituel. Ou pas. C’est pour ça qu’il m’intéresse, aussi.

- Je vois que tu t’emmerdes au point d’me rendre visite. Pauvre garçon.

- Et toi, visiblement, tu n’as rien de mieux à faire que venir discuter avec moi. Qui est le plus à plaindre ?

J’ai parlé sur le même ton plat que lui mais je ne peux retenir un regard diagonal et un petit sourire en coin. Sa façon d’engager les hostilités n’a pas été agressive mais elle a été directe, la preuve qu’il n’est pas complètement éteint. Va sans doute falloir que je me méfie d’un retour de bâton, si je vais trop loin. Pour commencer, évitons les sujets qui fâchent (et les sous-entendus, les moqueries et attaques de toutes sortes). Mais évitons les silences, aussi. Celui-là commence à peser un peu trop. La faute au barman qui n’a pas l’air pressé. Il farfouille au fond d’un placard pendant un moment, se relève sans rien avoir pris, et enfin, se décide à aller chercher nos bières. Je prends la mienne en main en la lève un peu vers Dan, pour lui proposer de trinquer.

- Bon, deux mecs normaux qui prennent une bière ensemble… commencé-je. Oui, faisons semblant d’être normaux cinq minutes. Deux mecs normaux, ils parlent de quoi ? Histoires de cœur, baseball…

Allez, une petite provocation, quand même ? Je propose, avec un sourire malin :

- Boulot ?

Je laisse un court silence faire résonner cette pique puis reprends comme si de rien n’était :

- Sauf si tu préfères le basket ? Ou le cricket, peut-être, en bon British ? Là, désolé, je n’aurai pas beaucoup de conversation.

Pour le moment, j’en ai un peu trop à mon goût. Monopoliser la parole n’était pas dans mes intentions. Je me bâillonne moi-même en vissant le goulot de ma bouteille à mes lèvres, le temps de boire quelques gorgées, le fixant du regard en attendant sa réponse.
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Dim 23 Juil 2017 - 23:24

Je suis las. Pas même galvanisé par la présence de Steve qui, pourtant, est à l'origine de mes nombreuses sautes d'humeur. Malgré le bordel qui s'agite dans ma tête et les pensées que j'entends valdinguer çà et là dans ma boîte crânienne, j'ai l'air hermétique à tout. Je ne le regarde même pas, lorsqu'il m'accorde une seconde bière. Ma main droite frotte distraitement ma joue, saleté de manie qui s'exprime à mon insu quand la gêne me gagne. Quoique, ce n'est pas tout à fait de la gêne. J'suis mal à l'aise. Il est ici, et ce n'est vraiment pas le moment idéal, mh. Ça me fait bizarre de... D'être assis là, pénard, à côté de ce type détestable qui m'a ravagé la gueule et que j'ai voulu tuer. Oh, c'toujours d'actualité. Faut juste que je me charge du yakuza d'abord. Chaque chose en son temps.

Et toi, visiblement, tu n’as rien de mieux à faire que venir discuter avec moi. Qui est le plus à plaindre ?

J'sais pas, celui qui me cherchait, ptèt ? Je réponds pas. À la place, je lui adresse un regard oblique, qui en dit long sur ce que je pense. Ouais, si j'pouvais lui cracher à la gueule, crois-moi que je le ferais. Lui écraser la face contre le comptoir et lui fracasser une bouteille sur le crâne, ça m'aurait défoulé. Sauf qu'ici, on est dans un bar un peu spécial. Le barman, avec sa tête de blasé et ses gestes emplit d'une langueur insupportable, ne fait que diriger ce petit trou paumé pour ces messieurs les yakuzas, et par extension, mes employeurs. Si quelqu'un pète de travers, il sort le fusil de chasse. Tu peux d'ailleurs voir qu'il a déjà dégainé par le passé, en constatant les marques délavées sur le mur du fond. Mes lèvres s'étirent en un sourire cynique, tandis que j'observe malicieusement l'employé qui daigne enfin servir nos boissons.

Je bois donc une première gorgée, laissant glisser le liquide ambré sur mes papilles, lorsqu'une voix, sa voix, vient littéralement briser mon si dérisoire moment de tranquillité. Steve... parle. Beaucoup. Trop. Ils babillent tous si incessamment... Un flot de paroles qui me noie, comme si la bière ne suffisait pas pour asphyxier ma raison. Je passe nerveusement mes phalanges sur mon front ; encore un signe flagrant que je suis à cran. Mes yeux se ferment, mes sourcils se froncent imperceptiblement, et je désire si ardemment que le monde se taise, à cet instant. Juste... Pause. Foutez-moi la paix. Mes pensées se mettent à divaguer quelques secondes sur la perspective d'une Terre qui s'arrête, figeant l'humanité. Mais, non. La Terre tourne, Steve me provoque, ma bière se vide. Le temps file et moi j'suis là, dans cet endroit miteux, assis sur un truc si peu confortable que mon énorme hématome recommence à me lancer, à me brûler. Mon accident, c'est vrai. J'ai tendance à oublier que j'me suis pris une moto y'a pas si longtemps que ça. Faut que j'y aille mollo.

Sauf si tu préfères le basket ? Ou le cricket, peut-être, en bon British ? Là, désolé, je n’aurai pas beaucoup de conversation.
Tu peux pas juste fermer ta gueule, hein ?

C'est sorti tout seul. Ma voix s'est jetée hors de ma bouche, mêlant agressivité impétueuse et exaspération fébrile. Le barman me jette alors un regard intrigué, tout en essuyant machinalement un verre jonchant le comptoir. Je lui rends son regard, l'air de dire " c'est bon, y a pas de problème " avant de me caler plus confortablement, ceci afin d'épargner mon flanc droit meurtri. En vain.

Je prends une grande inspiration, et une autre gorgée de ma bière tant que j'y suis, avant de poursuivre, corrigeant le tir. Essayons de ne pas être agressif. Après tout, il est là, plus besoin de me tracasser l'esprit et d'entortiller mes pensées. Je peux réfléchir sereinement, maintenant. Mon air las revient se placarder sur mon visage, mais je réprime tout de même le soupir affligé qui meurt dans un pincement de lèvres agacé.

J'ai pas envie de faire semblant.

Nouvelle gorgée, nouveau silence. Mais cette fois, je le regarde. J'ai tourné la tête vers Steve et le fixe désormais de mes yeux sombres, détaillant passivement ses iris noisette. Ce n'est pas un regard lourd, empreint d'une quelconque lueur de défi. Juste de la curiosité. Étrange, pour un misanthrope, mais je dois bien admettre que Monsieur Parfait attise mon intérêt depuis ce petit feu de joie improvisé. Il avait l'air différent. Jusqu'à ce qu'il me dise qu'il s'emmerdait au point de jouer avec moi. Mmh, non. De se jouer de moi. J'sais toujours pas pourquoi je m'obstine à vouloir déceler quelque chose de spécial chez ce type. Ce pauvre type.

Mais malgré mes réticences et mon air renfrogné, je parle. Je balance des mots, j'extrais les bribes de pensées qui stagnent dans ma tête, je les attrape à la volée et les extériorise. C'est peu cohérent, comme toujours. Ça n'a pas vraiment de sens.

Mais je parle, c'est déjà ça.

J'ai tué quelqu'un, aujourd'hui. J'le connaissais bien. Je sais pas si je l'appréciais. J'me suis fait percuter par une moto, j'ai changé l'ampoule de ma piaule, et il fait chaud, j'aime pas. J'suis pas normal. Pas d'coeur, aucun intérêt pour le baseball ou autres conneries. Mhh, voilà. J'ai faim, aussi.

Avouer un meurtre, à un flic, de surcroît... Je m'en fous royalement. Finir en prison ou crever de façon atroce, ça me passe au-dessus. Ça me ferait chier d'être privé de ma liberté ouais, c'est sûr. Mais ce gars-là, j'sais qu'il n'est pas prêt de m'arrêter. Pas maintenant, en tout cas. Il tient trop à son jouet.

Bon, tu m'dévoiles ton prénom, Steve ? Ou c'est confidentiel ?

Ma langue se délie, sans doute grâce à la bière. Elle fait ressortir ma curiosité et voilà que je lui jette mes interrogations avec nonchalance, le regard perdu sur les étagères trônant derrière le comptoir. Steve, ça lui va bien. C'est un prénom moche, comme lui. Ouais j'sais, c'était gratuit. J'suis plus à un trait-d'esprit près, tu m'diras.
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Ven 28 Juil 2017 - 13:57
La réponse vient vite et correspond exactement à ce que je pouvais attendre – du moins dans le fond. Niveau forme, il y va un peu plus violemment que je pensais. Inquiet, je me tends, repose lentement ma bière, examine sa réaction. Je suis déjà allé trop loin ? Heureusement, il semble réaliser qu’il y est allé un peu fort. Je le vois lancer un regard plus ou moins rassurant, sans doute au barman, puis se renfrogner et se dandiner un peu sur sa chaise. Il a déjà honte de s’être emporté comme ça, si c’est pas chou.

Lui laissant le temps de se reprendre, je cogite un peu. J’aurais dû me douter qu’il était à cran : un gars qui descend une bière quasi cul-sec, il est pas venu parce que y’avait rien à la télé. Et vu la vitesse à laquelle la seconde rejoint la première, ce n’est pas juste une petite contrariété. Pour faire durer l’entrevue, ce soir, va falloir y aller mollo. Autant la dernière fois, je le testais, autant aujourd’hui, je viens en apprendre plus. Si je m’emmerde, je pourrai toujours trouver un moyen de le mettre dos au mur, puisque c’est ce qui lui fait perdre ses moyens, apparemment. Pour le moment, je vais pas le chercher. Je le laisse venir. Sa phrase suivante sonne comme une bouderie d’enfant, et j’aurais sans doute souri si l’heure n’était pas aussi sérieuse.

Il me regarde. Il a perdu son air de défi, sa colère, même sa lassitude. Pour la première fois, il me regarde vraiment, il ne me rejette pas du regard. J’en suis tellement surpris que ça doit se voir sur mon visage. Je sens mon sourire tomber et mes sourcils se détendre. Ne surtout pas lui faire croire que je me moque de lui, ne pas rabaisser ce qui est en train de se passer – même si je n’ai aucune idée de ce qui se passe exactement.

Et là, il parle. On dirait qu’il se force à faire la conversation, comme les gens qui se croient obligés de nous raconter toute leur semaine quand on leur demande automatiquement comment ça va, mais là encore, hors de question de rire. J’encaisse son aveu de meurtre aussi placidement que son histoire d’ampoule. Je sais ce qu’il fait dans la vie, je vais pas faire ma mijaurée. Le fait qu’il avoue, certes, ce n’est pas anodin, mais je me doute que s’il le fait, c’est que je n’aurai pas l’occasion de me servir de ses paroles. Je dirais quoi à mes supérieurs, de toute façon ? Que je bois des coups dans des bars louches avec des gars liés au crime organisé ? Déjà que mes tatouages me font passer pour un type suspect (et m’obligent à porter un uniforme à manches longues même en plein été, la joie !), alors ça, ce serait le pompon.

Sa question, par contre, me désarçonne un peu. Si on en arrive aux prénoms, c’est que ça vire personnel. L’idée de révéler ma vraie identité me donne l’impression de me mettre à poil. Fini de se cacher derrière un pseudo, comme dans les parties de jeux vidéos, ça devient réel. Et donc dangereux. Pas de points de sauvegarde, pas de reset possible, tout ce qui va se passer à partir de maintenant est définitif. Y compris le game over.

En même temps, là, je m’en suis bien rendu compte la dernière fois, que je jouais avec ma vie, pour de vrai. Même si je me suis un peu reposé sur mes lauriers, depuis. Mais, merde !, je voulais trouver quelqu’un à ma hauteur ou pas ? Maintenant que je pense l’avoir trouvé, je peux pas me défiler. Et de toute façon, s’il veut vraiment le connaître, il le découvrira bien un jour ou l’autre. Autant jouer le feu à fond. Je ne veux quand même pas paraître trop pressé de faire copain-copain, alors pour temporiser, je pousse vers lui le bol et les quelques fèves d’edamame qui gisent encore au fond puis je croise mes bras devant moi, sur le bar, et lui lance, taquin :

- Ça t’intéresse vraiment ? Juste quand je me disais que je pourrais m’habituer à être appelé « Steve »…

Je pourrais faire durer la blague mais ce n’est pas le soir, il me semble.

- Aaron, finis-je par lancer un peu brusquement. Et toi, qu’est-ce que tu préfères ? Dan, Alphonse, ou me donner ton vrai prénom ?

Y’a besoin de préciser que mes collègues qui sont après lui n’en sauront rien ? Non, pas envie de parler d’eux maintenant, ça casserait l’ambiance presque détendue qui est en train de s’installer.
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Dim 30 Juil 2017 - 23:17

J'ignore pourquoi son identité réelle m'importe soudainement, alors que j'en avais strictement rien à foutre auparavant. Des semaines d'accalmie sans me soucier une seconde des syllabes potentielles composant un prénom hypothétique, il y avait juste son ombre qui s'était imprimée dans ma conscience et, par sa récurrence, qui m'avait rendu à cran. C'était pas des pensées transies de légèreté, c'était loin des estampes toutes roses et dégoulinant de niaiseries ; seulement quelque chose qui me préoccupait. Dans ma routine de merde rythmée par mon humeur atrabilaire, il y avait le souvenir de ce fameux soir où, encore hagard, je rejoignais le brouhaha d'Uzume. Du sang sur ma lèvre, dans ma bouche, et mon visage douloureux. Ça faisait longtemps que l'on ne m'avait pas donné autant de fil à retordre et surtout, qu'on n'était pas parvenu à arrêter net un de mes fulgurants accès de colère. C'était la première fois que quelqu'un y parvenait, en fait.

Ça t’intéresse vraiment ? Juste quand je me disais que je pourrais m’habituer à être appelé « Steve »…

J'esquisse un sourire, une expression fugitive qui disparaît dans un haussement d'épaules désintéressé. Si j'étais, il y a quelques minutes, plus que favorable à l'idée de fracasser son visage contre le comptoir, ma nonchalance semble émerger de nouveau, et me rend plus imperméable à ses paroles. Ainsi plus calme, je prends une nouvelle gorgée de ma bière, même si mon corps réclame davantage de sommeil que d'alcool. Le verre de la bouteille me renvoie mon reflet déformé. Je peux distinguer mes cernes, peu colorées car moins marquées qu'à l'ordinaire, mais toujours là, me rappelant mon manque de sommeil récalcitrant.

Il me dévoile son prénom un peu brusquement, et je lui jette un regard las, doutant un instant de sa sincérité. Aaron ? Soit. Aaron... Je le fixe, intrigué ; cherchant à savoir si ce prénom lui va bien mais rien à faire, mon cerveau a associé sa tronche de cake à un certain "Steve", et j'ai l'impression que ce sera compliqué d'altérer ça. Je pourrais le surnommer Nora', juste parce que je suis un gamin complètement con, mais en attendant, c'est "Steve" qui primera. Pourquoi lui avoir posé cette question ? Ah oui, la curiosité. Quelle conne, cette curiosité.

Surtout qu'à cause de cette idiote, il me retourne l'interrogation. Je ricane, clairement moqueur. Je n'ai jamais eu l'intention de lui révéler quoi que ce soit sur mon identité, Dan suffit largement. De toute manière, c'est pas comme si ce "Logan" était vraiment moi. J'veux dire. Lui, c'est... celui qui joue de la guitare à quatre heures du mat' et qui va distribuer des beignets aux gardiens de prison - oui c'était vrai mais vos gueules -, qui aide à contre-coeur et qui fredonne le matin, après avoir traîné dans son lit, sous la chaleur des couvertures. C'est plus moi, ça. Ça n'a jamais été moi. Parce que moi, j'suis le type qui erre dans la nuit, avec ses rangers pleines de sang, celui qui descend des gens contre de la thune, qui vit avec ses insomnies et dont la voix ne s'élève plus que pour s'insurger.

Je préfère être appelé Dan.

Mon portable se met à vibrer, m'annonçant l'arrivée d'un nouveau message. Je plonge la main dans ma poche et en extirpe l'appareil, que je déverrouille pour lire le contenu du SMS. Rachel, qui m'informe très brièvement que le colis est parvenu à destination. Quelle fin de merde pour mon collègue. Mais il croyait quoi, hein ? Qu'on était proches, et qu'il avait ainsi le droit de me casser les couilles avec ses supplications grotesques ? Je soupire, et pose mon smartphone sur le comptoir. À la place, je saisis ma bouteille de bière et bois machinalement quelques gorgées.

Mais sinon, moi c'est Logan. C'est, ouah... Passionnant.

Lorsque je m'apprête à porter de nouveau le goulot à mes lèvres, je remarque que le contenant ne fait plus son poids. Vide. Je fais la moue, plissant les yeux comme s'il y avait quelque chose à analyser, puis tends finalement le bras... vers la bière de Steve. D'Aaron, pardon. La bière de Nora'. Enfin du flic, quoi. J'ai l'air d'un alcoolo doublé d'un foutu gosse, insolent de surcroît, mais je m'en fous royalement, et dans ma lancée d'arriéré je-m'en-foutiste, je bois sa bière dans le plus grand des calmes. Voilà. Avec ces quelques bouteilles j'pense que je suis assez détendu pour éviter de tuer quelqu'un d'autre ; je ne prendrai cependant pas le risque de boire davantage parce que je n'ai aucune confiance en Steve. Mieux vaut rester un minimum lucide, hein.

Je passe mes mains sur mon visage, un petit sourire au coin des lèvres. Mes doigts viennent se perdre entre mes mèches et j'arbore une expression plus détendue qu'à l'accoutumée. Pour l'instant. Tu sais bien qu'avec moi, ça peut partir en vrille à tout moment.

Et puis je lance finalement, l'air distrait :

J'étais sûr que depuis le temps, t'étais passé à autre chose. Pourtant y'a de quoi faire avec la mafia japonaise.
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Mer 2 Aoû 2017 - 19:52
Je ne suis pas sûr qu’il me croie. Il a raison, d’un côté : je pourrais lui avoir menti. J’aurais pu, c’est vrai, mais l’idée ne m’a pas effleuré. Je ne mens que dans deux situations : quand je veux vraiment dissimuler la vérité (et que mon mensonge a peu de risques d’être éventé) et quand je veux essayer de faire comprendre à l’autre que je le prends pour un con. Rien d’applicable ici. Donc j’ai dit la vérité, et tant pis s’il en doute, s’il trouve que ça ne me va pas ou que c’était le prénom de son instit de CE2.

Il n’a pas plus l’air d’apprécier ma question. Sauf que oui, mon gars, si tu veux faire la conversation, faut participer. Hors de question que je sois le seul à me désaper. Il ne semble pas le comprendre et se contente d’une réponse minimaliste. Après tout, je n’en ai pas demandé plus. Je pensais laisser un peu de silence, le temps pour lui de réfléchir et de peut-être décider de me retourner la faveur que je viens de lui faire, mais soudain, un léger vrombissement se fait entendre. Et là, il zappe. Je disparais au profit de son portable. C’est très vexant, il s’en rend compte ?

Ravalant mon envie de lui faire la morale, je suis des yeux sa main qui s’enfonce dans sa poche. Il est plus maigrichon que je croyais, après l’avoir vu flottant dans un sweattrop grand. Là, son t-shirt pourrait être une taille ou deux en-dessous mais il montre bien que…

Mais... C’est quoi ça ?  Les plis du vêtement autour de sa taille ne sont pas normaux. C’est pas au niveau de sa poche, il a quelque chose à la ceinture. Et qu’est-ce qu’un gars de son genre porterait à la ceinture ? Un indice : pas une sacoche à outils. Ou alors, son outil à lui, celui qu’il utilise pour son job. Merde. Il peut pas l’avoir pris pour moi, il n’avait aucun moyen de savoir que je serais là… si ? Non, c’est pas possible. Et il a eu l’air vraiment surpris quand il m’a aperçu. Donc je ne suis pas sa cible programmée pour ce soir, mais faudrait pas qu’il ait une balle à perdre. Un frisson me parcoure la nuque. Ce n’est pas la première fois que je fais face à un gars armé mais les différences (non négligeables) c’est que ce soir, je n’ai pas de gilet, que mon Smith&Wesson attend que sagement je reprenne mon service au commissariat et que nous nous tenons à moins d’un mètre l’un de l’autre. Je disais quoi, déjà, sur « s’il avait eu un flingue » ? Eh bien, correction : s’il veut me tirer entre les deux yeux, va falloir réagir vite, parce que j'ai aucune chance qu'il me loupe.

Avalant difficilement ma salive, je relève le visage et essaie de me calmer. Il ne sortira pas son arme ici, moins à cause des témoins (un alcolo qui dort sur le comptoir, une pute probablement sans papiers, des apprentis yakuza et un barman visiblement aussi bavard qu’une porte de prison : pas de quoi lui faire peur) que du lieu où nous nous trouvons : ça la foutrait mal, de faire du grabuge dans un lieu de divertissements. Pas bon pour les affaires, ça, et pas sûr que le barman-maton apprécierait. Par contre, faudra que je fasse gaffe en repartant. Si jamais je pouvais être tenté de changer de stratégie et de laisser tomber la subtilité, on va éviter, hein.

Juste quand j’ai réussi à remettre un peu d’ordre dans mes esprits, il reprend la parole. Logan, hein ? On va éviter la remarque sur l’absence de rouflaquettes. Par contre, niveau caractère de cochon, il n’a rien à envier à son homonyme.

La façon qu’il a de se rabaisser, prétendre que son nom (et donc lui-même) n’a rien d’important, m’étonne. Au risque de faire de la psychologie de comptoir (je suis au bon endroit, après tout), je dirais qu’il souffre d’un grave manque de confiance en lui, ce qu’il compense grâce à ce personnage de « Dan ». Il en serait presque touchant, en fait. Comme sa moue déçue, lorsqu’il constate que sa bière est vide. Par contre, me chiper la mienne, ça l’est moins !

- Te gêne surtout pas… grommelé-je.

Mais je ne l’arrête pas. Ce soir, même une stout ne me donne pas envie d’entrer dans la confrontation frontale. Et même si c'était le cas, son calibre m'en dissuaderait. D'autant que cette espièglerie a du bon. Elle semble l’amuser. Il sourit, se détend. Il

- J'étais sûr que depuis le temps, t'étais passé à autre chose. Pourtant y'a de quoi faire avec la mafia japonaise.

Ce détachement que je sens dans sa voix, il est vrai ou feint ? Est-ce qu’il n’en fait pas un peu trop pour cacher une petite déception ? Oh allez, dis-moi que je t’ai manqué ! Bon, je peux toujours rêver. Il faudrait être franchement maso pour regretter un gars qui vous a envoyé ses poings dans la tronche. Mais qu’il y ait un petit quelque chose de toi qui a eu peur que je t’aie abandonné, et je m’en contenterais.

- Passer à quoi ? ricané-je. Les syndicats, c’est pas mon rayon : je suis encore qu’un petit flic de quartier. Les bagarres de sortie de boîte et les touristes égarés, c'est pas ça qui va me distraire bien longtemps.

C’est con que j’ai plus ma bière. C’est pratique pour s’occuper les mains et ça donne une excuse pour laisser quelques silences, le temps de boire une gorgée. Je me rabats donc sur les fèves. J’en prends une entre mes dents de devant et la croque rêveusement, lentement, fixant la vitrine crasseuse en face de moi.

- Ça t’aurait déçu ? Que je sois passé à autre chose ?
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Jeu 3 Aoû 2017 - 22:54

Pour quelqu'un qui s'aventure à Inazami, j'étais pratiquement certain qu'il trouverait un gars plus intéressant que moi. J'veux dire : je suis un tueur à gages d'à peine vingt-et-un piges, qui ne fout rien de sa vie si ce n'est faire joujou avec des objets tranchants... Des gosses comme moi, y'en a une chiée. Personne ne m'a jamais trouvé intriguant d'ailleurs, ou alors, juste assez pour voir naître une irrépressible envie de me poignarder, me droguer ou bien me laisser pour mort. Ça me fait bizarre. Savoir que je le divertis m'enrage au plus haut point car j'exècre le fait d'être perçu comme un jouet ; il semble de surcroît détenir le même discours que Jake. Je l'avais étranglé aussi, d'ailleurs. Écrasant son dos contre les éclats de verre. Le sang jaillissant, le souffle à l'agonie, sa respiration sifflante. Et puis ses yeux émeraude qui se ternissent. Je ne me souviens pas avoir vu le regard ambré d'Aaron perdre de son éclat, mais j'étais si aveuglé par la colère que ma raison a dû y faire abstraction.

Oh, je viens de l'appeler Aaron.

Ça t’aurait déçu ? Que je sois passé à autre chose ?

Mes yeux sombres s'accrochent aux siens, et je le toise d'un air terriblement pensif, avec une intensité telle que le silence se mue en quelque chose de pesant. Et puis je réponds, la voix grave, le sérieux se traduisant sur mon visage hâlé pourtant si empreint de lassitude, d'ordinaire.

Ouais.

Un mot que j'accompagne d'un nouveau moment de flottement, ordonnant silencieusement au monde de se taire. Et tu sais quoi ? Il se tait. Même la grognasse juchée sur son tabouret semble devenir aussi insignifiante qu'une ombre dans la nuit et, dans cette atmosphère indéfinissable que j'ai instaurée avec une gravité alarmante, je mordille ma lèvre inférieure.

Et puis j'explose de rire. Je me marre, amusé de ma connerie - eh, j'ai bu, ça m'excuse -, visiblement très fier de ma petite comédie débile alors qu'en réalité, je me fous juste de sa gueule. S'cusez-moi hein. Mais vraiment ? Être déçu ? C'quoi cette question ? Il a cru quoi, que je rêvais de le voir se pointer en trimbalant son sourire détestable, que j'espérais le croiser inopinément en priant pour que mon visage se soit marqué à l'encre indélébile, dans un recoin miteux de son esprit de psychopathe ? Laisse-moi rire. Et ouais, je ris. Ça fait du bien. Le rire. Ça faisait longtemps.

Ouais enfin, tu sais...

Une inspiration profonde, pour atténuer mes ricanements de gosse insolent, et je reprends ma phrase plus calmement qu'à l'accoutumée. Il y a juste le sourire audible qui vient ponctuer mes syllabes.

Tu vois, t'étais sur ma liste de gens à buter. Tu l'es toujours. J'veux dire... ouais, ça l'aurait mal fait d'me pointer avec un flingue si tu m'avais totalement oublié. J'aurais eu l'air d'un con. Mais... c'est bien. Que tu sois venu. Aaron.

Aaron. Je détache les syllabes, peu convaincu par ce prénom qui ne lui va pas. Mon regard le délaisse pour observer le bar, mes yeux chutant lentement sur le comptoir, puis sur la silhouette du barman qui me gratifie d'une moue renfrognée, la tenue indécente de la grognasse débraillée et enfin le sol poussiéreux de la pièce, ternie par le temps et les confrontations. Plus de sourire sur mes lèvres, plus de malice dans mes iris.

J'aime bien cet endroit. J'y suis habituellement tranquille, je peux y décompresser un peu et me descendre quelques bières infectes histoire d'éparpiller mes pensées. Trop de merdes qui s'entassent ; entre les contrats et mes problèmes personnels, je suis à la ramasse. Aaron. Ce yakuza. Et puis moi. Pas foutu de me garder en vie. Et aujourd'hui... Yoann. Un accident engendré indirectement par ce flic qui, non content de m'exploser la tronche à coups de poings - je l'ai mérité certes, mais passons -, s'est frayé un chemin jusqu'à devenir une préoccupation. Ce type est un parasite. Peut-être que ça ira mieux après l'avoir éliminé ?

T'as déjà tué quelqu'un ?

Tu sais ce que ça fait, dis ?
J'ai l'air pensif. Cette fois, je le suis vraiment.

J'essaye de trier mes pensées mais c'est peine perdue ; c'est le foutoir complet là-dedans. Partagé entre mon intérêt malsain pour ce type mais le haïssant pour ce qu'il est, déterminé à le traîner en Enfer tout en désirant le garder à proximité, afin de le décortiquer. Jouer. M'amuser. J'ai l'impression d'avoir trouvé mon alter-ego et c'est aussi frustrant qu'exaltant...
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Mer 9 Aoû 2017 - 22:50
Je sais pas pourquoi j’ai posé cette question. C’est pas comme si je m’attendais à une réponse sincère. Du moins, pas après seulement deux bières (et demi). Mais je sais pas, peut-être que j’espérais l’entendre quand même ? Bref, c’est sorti tout seul, et une fois que c’était dit, c’était dit. Hors de question de bafouiller pour essayer de me corriger : je suis pas un chimpanzé, pour essayer de me rattraper aux branches.

Je m’attendais à ce qu’il se moque de cette stupide interrogation. Pourtant, il me fixe avec une intensité qui pourrait presque me faire rougir. Finalement, les bières ont peut-être eu plus d’effet que je pensais ? J’ai beau examiner tout son visage, je n’arrive pas à savoir s’il est éméché, sincère ou s’il se moque de moi. Dans le doute, je le prends au pied de la lettre et reste tout aussi impassible.

Du moins, j’essaie ; car quand il répond enfin, je ne peux qu’écarquiller les yeux. Il est sérieux ?!  Malgré mon envie de le croire, je dois dire que ça me paraît bien peu probable. Trop facile. Et effectivement, après une seconde de flottement, il éclate de rire. Je me renfrogne. L’explication qui suit, pourtant, est tordue. Une petite voix me fait remarquer que ce n’est pas stupide mais je préfère la trouver bête. Lui, il joue au chimpanzé, là. Et il a beau essayer de se trouver des excuses, la vérité jaillit de nouveau. Encore cette alternance de rejet et de retenue, de plus en plus directe.

Et tout à coup, sans que je m’y attende, il m’appelle Aaron. J’avais pas réfléchi à ça quand je lui ai donné mais ça me fait bizarre d’entendre mon prénom, et pas seulement à cause de la façon dont il l’a prononcé – c’est-à-dire correctement, quoi que d’une façon un peu forcée. Entre l’académie, l’armée et le Japon, ça fait des années que mon nom de famille est de rigueur ; pour tout le monde, sauf ma mère. Ça veut dire qu’en dehors d’elle c’est lui, la personne la plus proche de moi ? Ça me ferait chier, quand même, que mon « meilleur ami » soit un type qui me fait courir, essaie de m’étrangler et parle de me buter. Mais au moins, je bois des bières avec lui, et peu de gens peuvent prétendre à cet honneur. Mon partenaire et quelques autres collègues, seulement, mais eux, c’est par devoir. Donc ouais, en fait, ce gars est mon nouveau « meilleur ami ». Dans ma vie, y’a ma mère, mon chat puis lui. Ça fout un coup, quand même.

Après cet instant de réflexion, je soupire profondément et me tourne vers lui pour essayer de penser à autre chose. Je le découvre aussi rêveur que moi, à fixer la salle d’un air neutre.

- T’as déjà tué quelqu’un ?

Il n’a pas bougé d’un pouce pour prononcer cette phrase, au point que pendant une seconde, je me demande si c’est vraiment lui qui l’a posée. Le ton est plat, il baigne dans cette lassitude qui l’enveloppe depuis son arrivée à mes côtés. C’est le meurtre dont il m’a parlé tout à l’heure qui le travaille ? Je le pensais pas capable d’avoir de tels états d’âme… Pas s’il est capable de descendre un de ses propres potes.

- Disons que quelqu’un est mort et que je n’y suis pas étranger.

Pas envie de m’attarder sur les détails. Je n’ai pas honte, pas peur des représailles, mais… juste pas envie. Cette histoire de dispute et de tempête, je l’ai déballée tellement de fois, de façon plus ou moins fidèle, que je ne sais plus où exactement se situe la vérité et je ne veux plus le savoir. De toute façon, s’il fait référence à la mort de son pote, vaut sans doute mieux pas lui dire que mon histoire n’a rien à voir avec la sienne. Ça pourrait le couper dans son élan. Je prends une nouvelle fève, façon de marquer la fin de ma prise de parole et de l’inviter à rebondir, mais l’edamame a à peine effleuré mes lèvres que je me ravise. Je sais pas, j’ai l’impression de pas en avoir dit assez, ou alors les bières ont fait leur effet sur moi aussi. (Une bière et demi agit comme un sérum de vérité ? Je me ferais vieux. Mais comme excuse, je m’en contenterai pour ce soir.)

- Non, en fait, la jouons pas prude : je suis carrément responsable. Mais selon les jours, je l’assume ou pas. Le problème, c’est pas de m’être débarrassé de ce type, ni même d’en avoir débarrassé le monde. C’est que ce con avait un gosse, un gamin qui n’a ni choisi son père, ni choisi de ne plus l’avoir. Je préfère croire qu’il est mieux sans lui mais quand je vois le mien, j’arrive pas à être sûr.

Elle prête à confusion, cette phrase : on pourrait croire que mon vieux était un salop mais un père super. Faux ! Il était l’exact contraire. Aux yeux de tous, c’était (et c’est probablement encore) l’archétype du type « gentil », un peu poire mais avec un fond indéniablement bon. Ils auraient sans doute changé d’avis en le voyant à la maison. Mais ça prouve que l’impression qu’un type donne en société ne reflète en rien ce qui se passe une fois qu’il a franchi la porte de chez lui.

Je m’étais même pas rendu compte que pendant ma tirade, j’avais ressorti mon paquet de clopes de la poche arrière de mes jeans. Je m’étais dit que j’arrêtais pour la soirée mais j’ai parlé de mon daron, donc ça compte pas. Je prends une cigarette et tend le paquet vers mon compagnon de soirée. Après avoir partagé quelque chose d’aussi personnel, je peux bien partager mes sèches. J’en suis plus à ça près.
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Lun 21 Aoû 2017 - 11:55

L'endroit est tranquille. Etrange, quand on réalise que le lieu se trouve au cœur même du district Inazami, mais c'est pour ce paradoxe que je me surprends à l'apprécier. Un moment de tranquillité après une journée de boulot plus qu'harassante, ponctuée de quelques dommages collatéraux. Pendant un instant, j'ai du mal à croire à... ça. Au fait que je sois encore là. Là à me descendre des bières et puis à rire comme un idiot, après avoir tué quelqu'un avec qui, hier encore, je riais. C'est pas de la culpabilité, juste un constat d'une impression d'immatérialité qui me submerge soudainement, comme une prise de conscience m'immergeant complètement. Je suis là. Juste... là. Le bout de mes doigts dessinant des arabesques sur le comptoir vieux et délabré. Mes yeux qui s'ouvrent puis se ferment, se posent et se déposent çà et là sur les visages que je décompose, avec lassitude. L'amertume de la bière sur ma langue, les sons indistincts qui heurtent ma cognition, le bas de mon dos malmené par une assise bancale, ma respiration et tout le reste. Et ce truc. Ce truc qu'on affuble de mille comparaisons et métaphores, cette chose au creux de ma poitrine, qui bat. C'est lent. C'est laconique.

Je suis simplement là.

Disons que quelqu’un est mort et que je n’y suis pas étranger.

Mon regard quitte sa contemplation désintéressée pour se poser sur mon interlocuteur. Je tourne le visage vers lui, le gratifiant d'un air dubitatif qui reflète ma perplexité abyssale. C'est quoi, cette réponse ? Oui, non ? Faut se décider hein, j'aime les réponses concises et qui vont droit au but, on va pas tortiller du cul pour chier droit. Sur l'instant, ça me navre. Je pensais qu'il allait répondre un truc du genre "bah oui quelle question" et que la conversation déboucherait sur des choses plus mh, palpitantes ? Mais force est de constater que je suis le seul psychopathe présent à cette table, et que mes désirs ensanglantés ne sont pas partagés. Pas de haine ni de mépris pour l'Autre, je suis le seul qui se complaise dans le fait de tuer, sans voir ça comme étant quelque chose de foncièrement mauvais. Les gens définissent pourtant cet acte comme une sanction suprême. Peine de mort. La mort, c'est pourtant la chose la plus naturelle qui soit. C'est dans l'ordre des choses. Inaltérable, inaliénable. Pourquoi s'émouvoir d'un suicide et s'offusquer d'un meurtre ? C'est la conscience que l'on heurte, pas le concept de meurtre. Le meurtre de soi, c'est accepté. Pfft. Hypocrisie. Encore. Toujours.

Figure-toi que pour marquer l'ironie de mes pensées sordides, j'étais sur le point de causer oiseaux et papillons, mais Aaron - que dis-je... Steve, bien sûr ! - semble vouloir poursuivre son monologue, provoquant mon incompréhension la plus totale. Pas sur le fait  de se confier, quoique le mot frôle carrément l'hyperbole, mais davantage sur sa manière de voir les choses. Le mec qu'il a tué avait un gosse. Je penche la tête. Et alors ? Je ne comprends pas. Je ne parviens pas à concevoir que l'on puisse ressentir un sentiment de culpabilité, juste en songeant à l'entourage proche du la personne tuée. J'veux dire. On s'en bat les couilles, mais genre, royalement, non ?

Ah.

Oui. "Ah". Tout à fait. Excusez-moi, je suis totalement étranger au concept de "famille", j'ai pas de parents hein, ils m'ont abandonné. J'ai pas le vécu pour comprendre ni pour développer de l'empathie, j'peux pas inventer des sentiments qui n'ont jamais existé, vous m'en voyez navré. Du coup... ouais. Il avait un gosse. C'est son problème. Pourtant, j'ai l'air troublé. Troublé car je m'évertue à comprendre quelque chose qui m'échappe. Je secoue la tête lorsqu'il me propose silencieusement une de ses clopes. Je n'accepte jamais voyons, je préfère m'accaparer. Attitude d'ado en crise. J'esquisse un sourire mais il disparaît aussitôt que reviennent mes pensées.

J'ai pas de parents. J'ai jamais vu ça comme une tare et pourtant. Je me sens amputé de quelque chose, là. La vieille peau chargée de mon éducation n'a jamais représenté une figure maternelle quelconque, et ne pas connaître mes parents ne m'a pas posé de problèmes particuliers. J'ai même veillé à ne pas être adopté, en jouant le rôle du gosse abject et en récoltant des gifles mémorables sans jamais vaciller. Je détestais ces adultes en carence affective, qui s'approchaient de moi avec leurs yeux débordant d'un je-ne-sais-quoi m'étant effroyablement étranger. Je les haïssais, tout comme je haïssais cette rancœur indéfinissable qui grandissait, vis-à-vis de moi et des autres. Quelque chose qui provoquait en moi cette sensation d'abandon. Ils sont là, mais ils n'essayent pas. Je rejette leur présence mais souffre de leur rejet. Petit gosse flippé de l'abandon à répétition. Ptèt pour ça que je me hais.

Ça fait un moment que je suis silencieux. Je suis passé du rire à l'abattement en deux minutes, merci Nora'. Lorsque je prends conscience de ce mutisme sidérant, la gêne m'envahit. Ça y est, je me la joue trop mystérieux de la vie, avec mes introspections à deux balles traitant de mon enfance ô combien ardue, j'ai des problèmes psychiatriques, tout va bien dans ma vie vraiment, cette conversation c'est de la merde et j'aime pas avoir l'air aussi à l'ouest. Soit. Je me lève sans le regarder, et de toute manière, ma vision est trop occupée à tenter de se stabiliser. Quelques bières c'pas beaucoup, mais c'est pas une raison pour lever son cul d'un coup.

Bon c'est pas tout ça hein, mais y'a le cent-vingtième épisode de Dallas qui m'attend et j'ai envie de crêpes au chocolat. On se dit à la prochaine hein ?

Énième phase de rejet enclenchée ? Mon cul, ouais.
J'ai vraiment envie de crêpes au chocolat.
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Sam 9 Sep 2017 - 17:35
- Ah.

Ah. Ça, c’est de la réaction. Il s’attendait pas à un tel discours, visiblement, mais je suis pas sûr de l’avoir surpris en bien. J’ai plutôt l’impression de l’avoir coupé dans son élan. Ça m’apprendra à fermer ma grande gueule. Enfin, non, il en faudra plus que ça pour me faire taire, ça devrait juste m’apprendre à parler de moi avant d’être sûr que ce soit le bon moment. Encore un de ces jours où je me dis que je suis bon pour m’allonger chez un psy tout en sachant que c’est hors de question que je déballe ma vie à un inconnu – sauf que là, comble de l’ironie, c’est exactement ce que je suis en train de faire.

Et il refuse mon offre de clope, en plus. Qu’à cela ne tienne, ça m’en économisera deux d’un coup. Mais quand même, dire que deux minutes plus tôt, il me chipait ma bière sans rien demander… Il reste fidèle à lui-même. Ça en devient lassant. Comme les partenaires de jeu qui, une fois qu’ils ont trouvé une stratégie qui marche, s’entêtent à la répéter encore et encore, quand bien même leurs adversaires finissent par s’ennuyer et jeter l’éponge.

- Faut pas poser de questions dont tu veux pas entendre la réponse, marmonné-je, vexé.

Bien sûr que je suis vexé. Je peux faire semblant qu’il est le seul responsable de la situation mais je ne peux pas complètement oublier que cette nouvelle dérobade est une preuve de mon propre échec. Il ne triche pas, il est juste meilleur que moi à ce jeu. Pour le moment.

N’empêche que sur ce coup, j’ai vraiment merdé. Encore. Mais c’est comme quand je lui ai demandé si je lui manquais : j’espérais qu’il veuille vraiment approfondir la conversation, plus que je n’y croyais. Ou j’avais vraiment besoin de parler. On en revient au psy. Décidément, va falloir trouver un moyen d’arrêter de tourner en rond. Qu’est-ce que je peux lancer, comme sujet de conversation qui ne soit ni trop chiant, ni trop personnel ?

J’hésite encore entre la météo et ce bar qui vient d’ouvrir, à Uzume, quand voilà qu’il se lève, comme ça, sans prévenir. Il reste immobile une seconde, accroché au comptoir, et j’ai l’espoir qu’il hésite mais finalement, non. Mais je n’ai pas fini, moi ! J’attendais plus de cette seconde rencontre, bien plus ! Et lui, il ne veut pas en profiter ? C’est lui qui est venu à ma rencontre, après tout ! Enfin, à strictement parler, non, c’est bien moi qui suis allé le déterrer, mais c’est à lui qu’était revenu le choix final : il aurait pu boire cette bière comme si de rien n’était, ou même se barrer sans un merci, et pourtant il était venu s’asseoir à côté de moi. Je doute que ce soit une simple question de politesse, il devait vouloir quelque chose, mais quoi ? J’ai pas l’impression d’avoir offert quoi que ce soit, sauf ce petit speech pathétique qu’il ne voulait visiblement pas entendre. Il peut pas avoir obtenu ce qu’il voulait, et il peut pas non plus dire la vérité : il peut pas me préférer un plateau-télé devant un soap-opera. Alors il joue à quoi ?

Cette question me turlupine et finit de me mettre de mauvais poil. J’essaie de rester impassible mais je crois que ma rancœur n’est pas tout à fait absente de ma voix :

- Je veux pas te spoiler mais les gentils gagnent, à la fin. Et les méchants sont punis par là où ils ont péché.

Un commentaire, un parallèle avec notre situation ? Non, on va éviter. Ce serait ridicule de lancer cette discussion. Et je crois que niveau ridicule, j’en ai eu ma dose pour ce soir, évitons d’en remettre une couche. Respire et réfléchis. Essayer de s’impliquer dans la conversation n’a rien donné, tentons le désintéressement. Je me détourne de lui et fais signe au barman. Je vais me commander un truc, mais quelque chose de plus fort qu’une bière. S’il reste, ça me fera de quoi m’occuper les mains. Et si vraiment il veut aller voir son foutu feuilleton, ben ça sera ma consolation. Mais ça serait sacrément la loose, de perdre face à JR.

Ils ont du whisky japonais, dans ce trou ? Paraît qu’il est excellent.  
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- Grand Manitou -
Lun 11 Sep 2017 - 22:23

J’ai pas vraiment signé pour me sentir encore plus pathétique qu’à l’accoutumée. J’me serais bien passé de ces rêvasseries pitoyables et de cette compagnie indésirée, qui squatte bien assez mes pensées et qui, fatalement, m’a conduit à faire d’innombrables conneries par simple nervosité. J’ai quand même tué quelqu’un, hein. Bien sûr, lui il s’en tape, c’est pas son problème, il est bien trop occupé à trouver en ma personne un fabuleux divertissement, un – pas si – tendre puzzle à reconstituer, voire à déconstituer à coups de poings. Soit. Je préfère encore me carapater plutôt que de l’entendre déblatérer sur sa vie, faisant écho à la mienne et me plongeant dans une espèce d’introspection effroyable dont je me plais, d’ordinaire, à m’affranchir. Ma vie de merde, je l’ai déjà vécue hein, s’cusez moi, j’ai pas trop envie de ressasser tout ça. Et en plus, il a l’air grognon. Je sais pas quel âge il a, mais lorsqu’il tire une tête pareille, il semble régresser autant que moi. Je lui pincerai bien les joues en me foutant allègrement de sa gueule, sauf que je suis bien trop titubant pour encaisser une torgnole, là, hein, alors on va éviter.

Puis c’est pas tout ça, mais j’ai hâte de m’étaler sur mon canapé en cuir pour finir de me saouler la gueule afin d’oublier un peu cette journée de merde ; non sans avoir gerbé ma race après le mélange douteux d’alcool et de pâte à tartiner. Parce que je la veux, ma crêpe. J’en démords pas. Comme un gosse capricieux dont la capacité à faire la part des choses n’a pas encore mûrit, v’voyez.

Je veux pas te spoiler mais les gentils gagnent, à la fin. Et les méchants sont punis par là où ils ont péché.

J’hausse un sourcil. Dans ma tête, je pense « eh, je t’emmerde royalement, infâme fils de pute », mais cette diatribe meurt au bord de mes lèvres lorsque je le vois se détourner dans le plus grand des calmes. Attends. C’est moi qui suis censé me barrer sous le regard médusé de mes interlocuteurs, pas toi. Alors oui, son cul n’a pas bougé de cette chaise bancale, mais il n’empêche que Monsieur, qui s’est certainement fait chier à venir me trouver dans un trou pareil, accueille mon départ comme si j’allais juste faire un tour dans la boulangerie du coin. Et ça ? Je le prends mal. C’est ma p’tite fierté qui en prend un coup, que dis-je, un uppercut bien placé, avec la salive qui virevolte en prime, au ralenti, comme dans les films. Alors il voulait juste un psy, c’est ça ? Le pauvre garçon qu’il est avait besoin de se confier à un délinquant, mh ? Je le prends très mal.

C’pas comme si j’attendais qu’il me retienne, ça m’aurait plus énervé qu’autre chose et dieu – sans majuscule s’il vous plaît, il ne le mérite pas – sait à quel point je suis à cran ces derniers temps. Mais. Un « à plus », ça mange pas de pain, non ? C’est bon, il a fini son p’tit monologue insipide, fini de jouer les vexés et… fini de jouer tout court ? Lassé de tout ça parce que je ne daigne pas « faire semblant » ? Mais, mais. Mais ! Je t’emmerde ! Je t’avais posé une question fermée, pourquoi tu me racontes ta vie ? Oui, non ? Hein ? Qu’est-ce qui me retient, là, de le choper par le col et de le traîner jusqu’au cadavre de Yoann, en lui disant qu’il n’est « pas étranger » à ce foutu meurtre, hein ?!

Inspire.
Je suis aussi susceptible qu’une femme enceinte, bordel.
Foutaises. J’avais le flingue. Il avait mes pensées.

J’aime bien le manichéisme, on voit ça que dans la fiction.

Voix passive, ton noyé de rancœur. Si seulement je pouvais devenir volubile, laisser couler toute la clarté de mes pensées, monstrueusement limpides lorsque tu, et lui balancer toute mon amertume à la figure. Mais je n’y arrive pas, tout reste bloqué quelque part en moi. Il n’y a que mon regard qui se retrouve enseveli par les non-dits. Peut-être pour ça que Jake passait de longues minutes à examiner mes yeux livides, ‘sans doute pour cette raison que Yûko devinait mes états-d ’âme dans le silence de notre piaule. Instinctivement, je détourne le regard.

Sur ce, j’me casse. J’sais pas vraiment ce que tu voulais en échange de cette bière mais la prochaine fois, vas-y sans détour, hein.

Genre, une liste de questions préparées, puis je joue l’interviewé.
J’aurais bien aimé enfouir mes mimines dans les grandes poches de mon sweat, sauf que j’ai qu’un t-shirt, alors je me contente d’en plonger une dans la poche arrière de mon jean, extirpant une petite liasse de billets. Sans faire le compte – parce que flemme, hein – je balance ça sur le comptoir, histoire de payer mes bières, et quitte le bar sans plus de cérémonie.


[HRP : Ouiii, le dernier paragraphe est nul, je sais. Puis c'te fin abrupte quoi :O Aux vues de mon absence - qui va se répercuter en RP aussi du coup - j'ai essayé d'abréger mais si tu veux rallonger le RP de quelques posts, no soucis :'D Bisous baveux !]
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Mer 20 Sep 2017 - 19:49
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Pourtant, j’ai eu un espoir, un court instant. J’ai cru qu’il rebondissait sur ma pique mais ce n’était que pour mieux la balayer. « Tu planes, mon vieux » : voilà ce que son sarcasme m’envoie comme message. Il me repousse dans la fiction, mon imagination que je laisse trop parler, pour ne pas dire mes fantasmes. Je m’en suis rendu compte tout seul, que j’avais tendance à prendre mes rêves pour la réalité, mais ce n’est pas une raison pour aimer qu’on me le fasse remarquer.

Au passage, il me rappelle un aspect de notre relation que j’ai oublié pendant un moment : l’aspect flic-criminel. Je l’ai même plus qu’oublié, en fait : j’ai choisi de le mettre de côté. Après tout, paraît qu’un des secrets du bonheurs est de bien séparer vie professionnelle et vie privés. J’ai laissé mon uniforme à la maison, suis venu m’encanailler dans le quartier louche et aérer mes bras peinturlurés, donc on pourrait trafiquer de la drogue sous mon nez, je ne m’en mêlerais pas. Si Dan a cru qu’avec cette allusion aux gentils et aux méchants, je trahissais mon rêve de le mettre sous les barreaux, il se plante. Je lui ai déjà dit, pourtant.

Comme allusion, c’était déjà assez explicite (la preuve, ça m’a occupé l’esprit dix bonnes secondes), mais il aurait pu aller plus loin. J’ai attendu un instant, rien n’est venu. Rien dans la même veine, du moins. Il se tire. Il paie sa bière, étonnamment, et « se casse », comme il dit. Je le regarde s’éloigner. Une fois de plus. Sauf que la dernière fois, il s’en allait la queue entre les jambes. Là, il serait presque calme. Beaucoup trop ! Personne ne me tourne le dos comme ça ! Je ne veux voir son dos qu’affaissé, les épaules basses, tendu et rageur : bref, un dos de perdant. Il ne devrait pas vouloir me quitter en plein milieu de notre conversation, pas avant que je l’ai décidé !

Je serre le poing, tape un peu sur le comptoir mais un raclement de gorge du barman me rappelle à l’ordre. Pas de grabuge chez toi, j’ai compris. Pendant que Dan franchit mollement les quelques mètres qui le séparent de la porte, je sors des billets de ma poche arrière (je commence à savoir combien coûte deux bières et un bol d’edamame, ici) et en rajoute un, histoire de lui signifier à quel point j’ai apprécié sa « gentillesse ». Jamais compris comment recevoir un pourboire pouvait être considéré comme une insulte, mais quand on est de l’autre côté du monde, faut pas s’étonner de marcher sur la tête. Moi-même, j’ai l’impression d’agir un peu bizarrement ces derniers temps. La chaleur et Dan me tapent sérieusement sur le système. Je peux rien contre la météo mais je peux régler l’autre partie du problème.

Je me fraie à mon tour un passage hors du bar étroit, prenant soin de ne surtout pas effleurer le corps puant de sueur de Jewel, et rattrape Dan au moment où il tourne au coin de la rue. Comme lors de notre rencontre précédente, je le tire par le bras, le force sèchement à se retourner. Je déteste faire ça ; lui courir après. Mais il est comme ces filles qui aguichent puis font en sorte que ce soit toujours nous qui agissions, comme ça elles peuvent se poser en victimes. Je crois que y’a une technique de pêche, dans ce genre là. Et justement, j’ai la désagréable impression de me débattre au bout de sa ligne. Il m’a ferré et je refuse de lâcher prise.

Respire, réfléchis ? Ben visiblement, j’ai pas réfléchis assez, ou pas assez bien, parce que je ne comprends toujours rien. À force de prétendre être à l’affut de ses réactions et d’essayer la barre à tout bout de champ, je sais plus où j’en suis.  Je veux la jouer cérébrale et subtile, voilà le résultat. Je n’ai pas envie d’y aller trop frontalement ? N’importe qui peut faire ça, et qui se souvient d’une simple empoignade ? Personne. Toutes les confrontations entrées dans les mémoires se jouaient avant tout sur un autre plan. Mais peut-être dans notre cas faut-il que nous inventions notre propre genre de duel. Surtout ce soir. J’ai beau essayer de percer le mystère de ce regard fermé, je n’y vois aucune envie de mener un combat de trop haute volée.

- Ce que je voulais ? m’exclamai-je en me forçant à contenir ma voix. La question, c’est plutôt ce que toi tu me veux. À quoi tu joues ? Tu voulais mon attention, tu l’as, alors maintenant, qu’est-ce que tu cherches de plus ?

Dès ces mots prononcés, je me sens à la fois comme soulagé et terriblement vulnérable. C’est la question qui me taraude depuis un moment mais je ne l’ai pas posée plus tôt pour une bonne raison : si la connaissance est une force, alors l’ignorance est une faiblesse, et on ne montre pas ses faiblesses. Là, c’est fait, pas possible de reculer. Alors soyons prêt à contrattaquer et voyons ce qu’il en fait.
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Sam 23 Sep 2017 - 11:25

Parfois, j’me demande ce qui me passe par la tête. J’entends déjà les gens du fond me railler en sous-entendant que ma boîte crânienne est vide, dénuée de tout et surtout de matière grise ; mais désireux de conserver le sérieux que je revêts en cet instant, je justifierai mes actes par une fierté déraisonnée. Ce gros con s’accapare quelques recoins de mes pensées, engendrant une irritabilité telle que le moindre bruit agaçant suffit à me faire péter un câble. Yoann en a fait les frais. Quand je suis sur les nerfs, on acquiesce à ce que je dis et on m’obéit. Donc quand j’ordonne à quelqu’un de fermer sa grande gueule, il s’exécute, sinon c’est moi qui l’exécute. Fin de l’histoire.

Cela dit, la passivité dans laquelle je me suis plongé me surprend un tantinet. Il était tout de même là, à portée de main, venu me trouver dans ce bar paumé d’Inazami, et pourtant je suis parti. Même si d’ordinaire, j’aurais été bien fier de l’avoir laissé en plan après qu’il se soit épanché sur sa vie, je ne peux m’empêcher de ressentir cette curieuse pointe d’amertume et de déception. Mettre un terme à cet échange civilisé n’était peut-être pas la meilleure des choses à faire mais, bordel, je m’attendais à autre chose de ces « retrouvailles », en dépit de mon manque flagrant de coopération…

Je le laisse donc à son whisky, en ne doutant pas qu’il sera ravi d’écouter les monologues d’Omawari-san sans subir les introspections qui en découlent. J’suis peut-être pas le meilleur interlocuteur pour ce genre de conversations, et je ne suis de toute manière pas d’humeur à « faire semblant » d’en avoir quelque chose à foutre. Alors je m’en vais. Je rejoins mon petit nid de solitude ou m’attend Dame Misanthropie, ainsi que mon fabuleux canapé en cuir qui… n’est pas si fabuleux que ça en fait.

Mon élan nonchalant est pourtant rompu par une poigne m’agrippant fermement, un acte un peu trop brusque à mon goût qui enclenche un réflexe devenu coutumier : ma main libre vient immédiatement chercher la courbure de mon flingue. La seconde qui suit, mon regard heurte celui d’Aaron, et je délaisse à regret mon arme sans cacher l’agacement venu se placarder sur mon visage et s’immiscer séditieusement en moi. Cette manie qu’il a de m’empoigner avec virulence pour tuer mes foulées m’horripile à un point que tu ne peux même pas imaginer. Je ne suis pas un gosse. Peut-être craint-il de me voir déguerpir, mh ? Va savoir, toujours est-il que je suis surpris de le voir ici, lui qui s’était détourné en me jetant son désintéressement à la figure.
Sans trop m’en rendre compte, je le questionne du regard.

Ce que je voulais ? La question, c’est plutôt ce que toi tu me veux. À quoi tu joues ? Tu voulais mon attention, tu l’as, alors maintenant, qu’est-ce que tu cherches de plus ?

Et là, un sourire monstrueux explose sur mon visage. C’est trop mignon, de le voir se débattre pour ne pas s’emporter, calmer ses nerfs et garder contenance, j’ai presque envie de l’y aider. Allez mon grand, inspire. C’est pas toi qui voulais que j’entre dans ton jeu ?

Je rétorque alors d'une voix calme, lui accordant une réponse simple et concise :

Je joue à ton jeu, et j’dois admettre que je me marre bien.

J’avais oublié à quel point c’était jouissif de le voir dans cet état, même si je n’avais pas prévu que mon départ suffise à engendrer cet effet-là. Je retrouve mon expression de gamin insolent, conscient de ne répondre qu’à demi aux interrogations qu’il m’a posées. Ce que je veux, là, maintenant, est foutrement plus flippant que je le laisse paraître. Depuis Yoann, j’en suis arrivé à une extrémité telle que fourmillent en moi des désirs de vengeance. Sans les poings, naturellement. C’est pas drôle sinon. Mais je veux qu’il fasse la même erreur que moi, que je m’impose à lui jusqu’à tordre ses nerfs et les faire céder, les déchirer pour qu’il finisse par faire une connerie aux lourdes répercussions. En d’autre termes : je veux lui pourrir la vie.

Mais cette fois, je vais faire un effort pour le formuler un peu plus élégamment.
Reprenant plus lentement ma route, l’invitant à m’emboîter le pas – parce qu’il est évidemment dangereux de rester statique dans un quartier comme celui-ci –, je lui balance ma réponse avec tout le détachement du monde, comme si je parlais de ce que j’avais bouffé la veille.

Mais, je veux surtout m’accaparer tes craintes. C’est ambitieux hein, cela dit vue la tronche que tu tires, je constate que j’ai déjà une bonne emprise sur toi, n'est-ce pas ?

Mais je veux aussi voir la colère sur son visage, et la frustration de ne pas pouvoir avoir l’ascendant parce qu’il est sur mon terrain maintenant, et que je suis le seul qui puisse me targuer d’avoir un flingue. Contraint de laisser les menaces au placard et de jouer franc jeu, même s’il a semblé jusque là vouloir garder sa parure de faux semblants.


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