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2e round ! [Logan]
Amai Gakuen  ::  :: RPs 2017
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Ven 6 Oct 2017 - 20:13

Je l’entends rire. Une hilarité que je ne définis pas très bien et que je ne cherche de toute manière pas à justifier. Je sens bien l’incrédulité dans sa voix lorsqu’il se risque à une question rhétorique, et cette constatation a le mérite de me faire esquisser un sourire diablement railleur. Ouais, ouais. J’ai une sacrée emprise sur lui, quand bien même il penserait le contraire ; il n’y a qu’à le voir rappliquer ici comme un toutou alors que je l’avais quitté depuis à peine deux minutes. Je devrais me sentir flatté d’attirer ainsi son attention mais malgré mon amusement palpable, j’admets que c’est pas trop ma journée. Je joue le rôle du gars sûr de lui, débordant d’assurance et absolument ravi de jouer à ce jeu sur un terrain familier mais honnêtement, hein, s’il me pousse un peu trop fort ma cote risque d’exploser comme la plus fragile des sculptures de verre. Un mois s’est écoulé depuis mon accident à Inari et, même si j’peux traîner ma carcasse ravagée dans les rues crades d’Inazami, l’opulent hématome aux curieuses teintes violacées se fait le triste témoin de ma fragilité latente.

Alors évidemment, quand je le sens s’approcher de moi, je ne peux réprimer le désagréable sentiment d’appréhension qui vient me provoquer un doucereux frisson, celui-ci dégringolant le long de mon échine. Sur l’instant, je sens que mes traits d’esprit n’étaient peut-être pas les bienvenus parce qu’après tout, hein, il risque quand même de m’en coller une mémorable si je fais preuve d’un excès d’indolence. Et d’insolence, aussi.

A mon grand soulagement, il préfère me rappeler cette soirée mouvementée à Uzume où, dans la frénésie des habitants en effervescence, il m’avait formidablement bien refait le portrait. Je le laisse s’éloigner – seulement d’un poil, il a décidé de m’oppresser le bougre – tout en lui adressant un regard amusé. Non mais vraiment, ça me fait marrer. C’est qu’il a l’air sacrément fier de lui, c’en est presque attendrissant ! J’ai l’impression qu’Omawari-san a tout à fait occulté la sensation de ma poigne sur sa gorge, de même que l’effet presque onirique d’une raison qui s’éteint, qui s’étiole à mesure que meurt l’oxygène.
A vrai dire, je me fiche bien qu’il m’ait envoyé ses poings à la figure. Mon corps porte les traces de blessures plus ancrées encore, tant et si bien que je ne supporte plus de les voir entacher mon reflet dans le miroir. En revanche, il a su mettre un terme instantané à ma colère noire et je dois bien admettre que j’en suis resté quelque peu… médusé, mh. Dommage que Yoann n’ait pas su se délier pour au moins me désarmer, il serait sans doute en vie à l’heure qu’il est.

Tu te souviens de ce que je t’ai dit, la dernière fois ? « Je veux empoisonner ton esprit ». Faut croire que j’ai réussi. Non ?

J’hausse les épaules. Bah ouais, je me souviens, tocard, mais je me souviens surtout de ce que tu as rajouté après.
Je me fous royalement de ce qu’il veut, il m’importe davantage de savoir pourquoi il le veut. Et sa réponse ? Sa putain de réponse ?! Monsieur s’emmerde ! Ouais et bien moi je bosse, j’ai pas le temps de me coltiner un poison stagnant au milieu d’autres !

Tu parasites plus que tu n’empoisonnes, en fait.

C’est ça, voilà ce qu’il est : un parasite. Et les parasites, on les extermine. Le jour où j’en aurais assez de lui, c’est très exactement ce qu’il va se passer. Je ne tolèrerai pas bien longtemps que l’on empiète ainsi mes pensées et mes manières de m’affranchir des problèmes sont pour le moins… radicales. Il va finir dans le coffre de Rachel, la tête dans un sac poubelle.

J’attrape alors son poignet tout en ralentissant le pas, étreignant la chair d’une manière très peu amicale. Je serre, l’air de rien, désireux de lui rappeler que j’ai une certaine force dans les mimines et qu’il en a déjà fait les frais par le passé. Je suis certain qu’il se chiait limite dessus lorsque je le surplombais et que lui frappait sur mes flancs pour espérer faire exploser l’air.

J’me demande si elle faisait mal lorsqu’elle compressait ta foutue trachée.

Le ton est désintéressé, même si je ne peux m’empêcher d’être abrupt, sur les dernières syllabes. Ma main délaisse finalement sa prise et vient replacer une de mes mèches ébène, tandis que je me permets un soupir las. Lui est sans doute d’humeur à s’empêtrer dans ce genre de joutes verbales aux allures de provocations, mais pas moi. Quelque chose en moi voudrait faire pause et dire à ce connard psychopathe que j’ai ôté la vie « à cause de lui ». J’sais pas pourquoi, j’aimerais le regarder droit dans les yeux et le lui dire, avec le plus grand sérieux ; mais je suis certain que ce débile va se mettre à ricaner en se targuant d’avoir effectivement empoisonné mon esprit, etcetera… Peut-être que j’ai bien fait de quitter ce bar car avec quelques verres en plus dans le bide, j’aurais sans doute dévoilé les trois quarts de ma vie : en commençant par la fois où j’ai découvert que le Père Noël n’existait pas.

Je vais donc me la fermer et me contenter de le dévisager de mon regard à-demi vitreux.

Quoique. Je suis assez bourré pour soulever légèrement le pan de mon t-shirt, dévoilant l’immonde cicatrice maculant mon ventre, ainsi qu’une partie de l’hématome assombrissant mon flanc meurtri.

N’empêche, la ramène pas. T’es pas le premier ni le dernier à m’amocher.

Rajustant ensuite le tissu afin de recouvrir de nouveau mon épiderme, je reprends le rythme de mes foulées. Voilà de quoi illustrer mes propos et lui signifier que les dérisoires coups qu'il m'a assénés au visage ne sont rien à côté de ce que j'ai déjà subi.
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Dim 8 Oct 2017 - 0:41
J’espérais qu’en lui rappelant cet épisode, je lui donnerai l’impression que sa défaite était inéluctable, puisque je l’avais prédite. Je voulais qu’il comprenne qu’il a déjà perdu. J’ai joué, je l’ai regardé se débattre, je veux maintenant voir dans ses yeux l’instant où il abandonne, s’abandonne complètement et s’en remet à moi. Je veux voir sa fragilité ressortir et le désespoir l’envahir. Mais il m’échappe encore. Un haussement d’épaules, et mon attaque est balayée. Une courte déception, mais je ne me laisse pas abattre. Peut-être est-ce aussi gratifiant, après tout, de voir des aperçus de cette défaite puis des sursauts, tels les derniers spasmes d’une victime à l’agonie. Plus il résiste, plus je savourerai ma victoire. Parce qu’elle viendra, je le sais.

La nuance qu’il apporte à ma phrase ne me fait pas réagir. Parasiter, pour moi, a la même nuance qu’empoisonner : quelque chose de lent, de… Mince, c’était quoi le terme auquel j’avais pensé, la dernière fois ? Il était tellement parfait, ce terme… « Insidieux », voilà ! Un parasite, c’est lent, c’est insidieux, ça se nourrit à tes dépens et quand tu remarques sa présence, il a déjà pris assez de force et t’en a pompé assez pour qu’il te soit difficile, voire impossible, de s’en débarrasser. Alors contredis-moi pour le plaisir si ça te chante, traite-moi de parasite, mais ce n’est pas ainsi que tu me vexeras.

Par contre, qu’il m’attrape ainsi le poignet, je n’apprécie pas trop. Et j’aime encore moins qu’il me rappelle cet accident. Oui, tu m’as fait mal ! Mais je te parlerai pas, ne te parlerai jamais, du bleu mémorable que tu m’as laissé sur le cou et des regards en biais que Kudo lançait dessus, ou du fait que pendant des semaines j’ai dû choisir, pour me nourrir, entre des ramens en boîte et mâcher ma viande pendant des heures, tellement j’avais mal en avalant. Et surtout, surtout, je ne te parlerai jamais au grand jamais de la terreur qui m'a envahie durant quelques secondes. De toute façon, je l'ai oubliée. Ou je le croyais. Je l'avais repoussée, elle et tout le reste de ces souvenirs, loin, très loin, j'avais caché tout ça dans un placard secret à la force de mon orgueil et de ma mauvaise foi. Je les sens, toutes les deux, appuyer de tout leur poids contre la porte mais Dan l’a entrouverte, et ça suffit à faire sauter la serrure. Alors que c’est sur mon poignet que sa main se serre, j’ai de nouveau mal à la gorge, je crois sentir ses pouces m’écraser la pomme d’Adam et un vertige me prend.

Je reviens à la réalité quand je sens mon corps basculer. Je me redresse par réflexe, essayant de rester impassible et espérant que mon trouble ne s’est pas trop vu sur mon visage mais je ne suis pas stupide. Faisons comme si de rien n’était, ou du moins comme si ça ne signifiait rien. Heureusement, s’il a remarqué quelque chose, il n’a pas l’air de s’en préoccuper, ça me convient. Il s'en fout tellement, même, qu'il prend le temps de se recoiffer : ça va, je te dérange ? Si tu veux un miroir, je suis sûr que Saphir a un poudrier dans sa minaudière et avec un peu de chance, elle est pas encore repartie avec un client.

Il finit par se souvenir de ma présence. Alors qu’il lève vers moi un regard un peu vague – à cause de l’alcool ou de pensées à la dérive ? – il soulève son t-shirt. Je crois d’abords que c’est pour me montrer son arme, histoire de me menacer une nouvelle fois, mais je baisse les yeux et je comprends mon erreur. Une cicatrice barre son ventre, une grande balafre que je ne peux quitter des yeux jusqu’à ce qu’il la dissimule de nouveau. Je n’ai écouté que d’une oreille ce qu’il m’a dit en même temps. Je ne pense qu’à cette blessure imprimée dans sa peau, cette preuve de ce qu’il a subi avant notre rencontre. Une vague de jalousie se soulève en moi. J’en ai les mains qui tremblent, je dois serrer les poings pour la contenir. Je me vois déjà le jeter à terre, lui arracher son vêtement, plonger mes ongles dans sa chair, l’écorcher vif ; je veux faire disparaître cette trace indélébile qui le relie à un autre que moi. Je ne peux pas l’accepter.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? grogné-je entre mes dents, fixant toujours son ventre. Qui t’a fait ça ?

Dis-le-moi, que je le fasse sortir définitivement de ta vie. Parle-moi de ton passé : je l’effacerai pour toi. Tu ne devrais pas avoir vécu quoi que ce soit avant moi, je te veux pour moi seul, pour te modeler selon mes envies. Il ne doit rien rester en toi sur lequel je n’ai pas d’emprise, et surtout rien qui te détournerait de moi. Plus rien ne doit occuper tes pensées, rien d’autre que moi !
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Jeu 12 Oct 2017 - 0:06

Cette cicatrice, c’est la tare éternelle que je dévisage chaque matin dans mon miroir ; c’est les chaînes étreignant mes chevilles et broyant mes pas, l’immondice de l’humanité placardée sur ma peau et ancrée dans mes tripes. J’ai commencé à la haïr lorsque je me suis surpris à me détester, j’ai jamais vraiment accepté sa présence alors je l’ai caché : à mes yeux et ceux des autres. C’est devenu une obsession à tel point que la pudeur est devenue maladive : bientôt, je refusais catégoriquement de dévoiler ne serait-ce qu’un centimètre carré de ma peau. Les gros sweats ont remplacé les chemises, ce dénigrement de ma propre chair a inexorablement exacerbé l’inconfort suscité par les contacts physiques. Y’a des gens qui exhibent leurs cicatrices, se targuant d’avoir vécu ou bien survécu ; pour moi ce sont des échecs que je dissimule. Des échecs, car sur mon bras s’étend une nouvelle marque indélébile découlant de mon énième flirt avec la mort. Quand je croise du regard les courbes de cette plaie refermée, je me revois en train de tituber dans les rues désertes du district Inazami. Je revois Yumi et son flingue qui doit me haïr après tout ce que je lui ai fait et je me souviens du dégoût avec lequel elle me regardait.

Aaron me demande ce qui s’est passé, et qui s’est improvisé sculpteur sur mon ventre hâlé. Il a l’air… contrarié. Ce constat me fait aussitôt regretter d’avoir joué au con et dévoilé la partie de moi que je hais le plus au monde. J’ignore pourquoi il réagit comme ça mais au moins, voilà qui m’apprendra à m’en tenir à ma pudeur et garder cette horreur sous le tissu épais d’un sweat trop grand.

C’est moche, hein ?

Non mais tu peux le dire, au lieu de me fixer comme ça. J’sais bien que c’est immonde et j’aurais préféré que tu me charries dessus, au lieu d’afficher cet air trop sérieux. Je soupire, mal à l’aise, j’ai envie de me cacher dans un pull à grosses mailles ou de me cloitrer dans un placard, au choix. Mhh. J’en ris mais j’en mène pas large je vous assure, j’ai le sentiment d’avoir fait une connerie d’anthologie en dévoilant cette… faiblesse, c’est clairement une putain de faiblesse.

Je ne sais pas si je suis prêt à parler de tout ça. Je l’ai dit à personne et de toute manière, les gens se foutent éperdument de mon vécu, déjà obnubilé par le leur et à raison. C’est, de plus, le genre de trucs long à raconter et impossible à résumer sans faire de digressions, et il n’est pas question que j’entame un monologue sur un sujet qui, en plus de me déplaire viscéralement, n’a pas lieu d’être abordé ici et maintenant.

J’ai fait le con, c’est tout. Un type que j’connaissais bien…

J’hausse les épaules, peu désireux d’épiloguer sur la confiance que j’accordais à ce mec-là.

Il a sorti un couteau, peut-être pour voir à quoi ressemblait mes tripes j’sais pas, et j’me suis vidé de mon sang par terre. Je suis mort. On a fini par me ramasser, j’ai passé un bout d’temps à l’hosto mais peu importe le fait que j’sois debout aujourd’hui : il m’a tué.

La nonchalance dans ma voix, le désintéressement du type un peu alcoolisé qui déblatère des vérités comme ça, sans trop y penser. « Je suis mort ». C’est percutant même si ça n’a rien de littéral ; une partie de moi est réellement morte ce jour-là, et c’est sans doute à cause de cet événement que ma misanthropie s’est imposée pour venir tout balayer. L’autre cicatrice, même si elle révèle un nouvel échec, ne m’a rien enlevé. Un accident comme un autre dans le milieu du crime organisé, il ne faut pas s’étonner d’avoir des ennemis lorsqu’on exerce un « métier » pareil, ça attire les rancœurs et les désirs de vengeance.

Ceci dit, je m’éloigne un peu du flic qui s’est permis d’empiéter sur mon espace vital, et plante mon regard dans l’horizon bariolé d’immeubles et de magasins à l’abandon. J’évite de porter mon attention sur Monsieur Parfait, très peu enclin à subir son regard et certainement ses jugements.

De toute manière, s’il se met à me faire la leçon ou à se foutre de moi, il s’en prendra une. Côte pétée ou pas, c’est un sujet sensible sur lequel je ne plaisante pas. J’veux bien qu’on se marre avec moi, mais surtout pas de moi : pas sur la mort que j’ai subi ce jour-là.
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Lun 16 Oct 2017 - 21:45
Je ne joue plus. Même les fois précédentes où j’ai eu l’impression de parler sans réfléchir, je sentais que ce n’était que des accidents de parcours, plus des mauvais calculs que de véritables sorties de route. Là, par contre, je change complètement de direction. Finis, les échecs. Je suis sincère, plus sincère que jamais dans cette conversation. Alors quand Dan ignore mes questions, comme si elles avaient été posées par simple politesse, je me retiens de lui en mettre une, histoire de recentrer son attention sur l’important. On s’en fout qu’elle soit moche, ce n’est pas comme si cette partie de mon corps m’intéressait particulièrement. Ce qui compte, c’est d’où cette cicatrice vient et ce qu’elle signifie pour lui.

Puis pendant que j’essaie de trouver comme répéter ma question de façon plus diplomatique, la réponse vient. Par à-coups, entrecoupée d’un haussement d’épaules désinvolte, lâchée sur un ton sans passion contrastant douloureusement avec mon propre bouillonnement. Je l’écoute avec des yeux ronds, stupéfaits tant par le contenu que par son décalage avec la platitude de la voix qui l’énonce. « Il m’a tué » : cette phrase résonne à mes oreilles et je me sens à mon tour poignardé. Logan vient d’avouer qu’il appartient déjà à un autre. Il s’éloigne un peu, me tourne le dos, et j’ai la désagréable impression qu’en disparaissant de son champ de vision, je disparais de sa vie.  

- Hors de question !

C’est con, crié comme ça. Je dois donner l’impression de rejeter ce qui s’est déjà passé, des faits établis et inaltérables. Mais ce n’est pas ça que je remets en cause : c’est l’impact qu’ils ont eu sur Dan. Ou plutôt, l’impact qu’il leur laisse avoir.

- Hors de question que je poursuive un putain de cadavre ! Quand un gars a essayé de te buter, soit tu le fumes en retour, soit tu considères que survivre est une revanche suffisante, et dans les deux cas, fin de l’histoire. Mais tu traînes pas ça comme un boulet. Sinon, ce type a gagné, et t’aurais aussi bien fait de te laisser crever sur place.

J’ai craché ces derniers mots, presque comme pour lui reprocher de ne pas avoir choisi cette option. Ou même pas « presque » : pour le lui reprocher . La vague de jalousie ne s’est pas retirée, elle stagne et tourbillonne autour de la silhouette floue de « ce gars ». Ce gars qui occupe la place que je convoite. Je ne vais pas pouvoir simplement le virer de là, ce serait trop simple : il faut que je lui reprenne Logan, que je l’arrache de son emprise comme de sables mouvants, pour mieux le faire tomber dans mon propre piège.

Et du milieu de ce maelstrom, une image émerge. Une image d’une netteté irréfutable mais je peine à croire qu’elle puise me venir. Jamais auparavant je n’avais sciemment envisagé un tel scénario, et à présent, voilà qu’elle me vient avec une spontanéité presque innocente. Oh, j’ai déjà préféré des garçons à des filles, quand je voulais éviter le baratin et le simulacre de tendresse obligatoire avec la gente féminine, mais il s’agissait toujours de minets, si graciles et maniérés que de dos, ils passaient pour des adolescentes. Logan, lui, quel que soit l’angle, impossible de se tromper. Pourtant, c’est bien lui que je m’imagine jeter à quatre pattes par terre ou plaque face contre un mur, puis asservir sous mon propre corps. Et tandis que je m’imprimerais en lui, toutes les autres traces sur sa peau et son âme, cette cicatrice et même son ridicule accent anglais, tout ce qui le relierait à un passé dont je ne fais pas partie disparaîtrait.

Cette pensée m’assèche soudainement la bouche. Je dois me lécher les lèvres et avaler ma salive. J’ai l’impression que toute couleur a quitté mes joues. Réaliser ainsi l’ampleur de ma gêne, à travers ses manifestations physiques, ne fait qu’augmenter ma colère. J’en veux à Logan, j’en veux à ce gars, je m’en veux à moi-même, tout ça se mélange et me fait bouillir. J’aimerais pouvoir évacuer toute cette pression comme je le fais d’habitude, à travers mes poings et mes pieds, mais mon corps ne bouge pas. Peut-être qu’au fond, j’ai trop conscience de ma propre responsabilité pour m’en prendre à un autre – ce serait une première. Ou peut-être que je ne veux pas bêtement imiter mon rival. Ou j’ai prêté un peu trop d’attention à ces images étranges sorties de je-ne-sais-où.

- Je t’aurai, grogné-je. Je te laisserai pas à ce gars.

Tant pis pour le lent, tant pis pour l’insidieux. Ça, c’était quand je pensais avoir le champ libre et le temps pour profiter du processus, avant de savoir qu’il était déjà sous l’emprise d’un autre. À partir de maintenant, seul le résultat compte.
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Jeu 19 Oct 2017 - 16:41

J’aurais dû fermer ma gueule. L’entendre s’emporter de cette manière me coupe d’emblée l’envie d’en dévoiler davantage sur moi, à lui ou à qui que ce soit d’autre. Première fois que je daigne parler de ma vie de merde et j’encaisse déjà une exclamation hargneuse d’un type détestable qui s’octroie le droit de me juger. Je l’écoute, un peu trop attentivement sans doute, mon esprit happé par le déferlement de syllabes impétueuses dont il me gratifie, l’air consterné. Peut-être est-ce à cause d’un excès d’intérêt à l’égard de ce qu’il peut bien penser, que j’en viens à être carrément blessé par ses derniers mots. Je cille, mais ne bronche pas plus que ça. Pourtant, je me braque instantanément et replonge dans mon mutisme coutumier, le regard rivé sur Aaron. Rien ne me dégoûte davantage à cet instant que la vue de ce type et j’accueille sa réaction disproportionnée avec une passivité sidérante.

Je me garderais de lui rétorquer que je m’étais effectivement laissé crever sur place, qu’à l’époque j’avais dix-sept piges et que j’échappais à peine au carcan de l’orphelinat, que c’est le genre de traumatisme qui ne s’oublie pas comme ça. A cet âge-là et avec un vécu pareil, on se dit que de toute manière c’est sa faute et pas celle des autres, que le problème vient de soi, qu’ils avaient une raison légitime d’agir comme ça. Cet enfoiré ne sait absolument rien de mon passif et se permet de juger un mec à qui il a parlé deux fois. J’aimerais mettre son manque de discernement sur le compte d’une colère bien palpable broyant sa raison, mais rien à faire ; j’ai juste envie d’ouvrir son ventre à coups de couteau et de lui demander c’que ça fait, au-delà de la douleur et de la terreur de faire face à la mort, en lui ordonnant d’imaginer qu’à l’époque et pour moi, je la confrontais pour la première fois. Pauvre type.

Je ne l’ai pas lâché des yeux pendant tout ce temps, perdu entre consternation et incompréhension. Même lorsqu’il affirme dans le plus grand des calmes qu’il « m’aura » - ok donc je suis le dernier iPhone ou comment ça se passe ? – ma seule réaction est le facepalm monumental, ma main frottant mon front avec toute la lassitude du monde.

Tu es pathétique.

Ni insulte, ni provocation. C’est seulement ce qu’il m’inspire sur l’instant. Les mots qu’il m’a balancés à la figure il y a quelques minutes de cela ne sont toujours pas passés, et dieu sait que j’ai la rancune tenace. Cela dit, j’estime que je n’appartiens à personne, et sûrement pas au type qui a dessiné au couteau sur mon corps. Je m’en suis détaché comme je m’affranchis de tout le monde, et n’est seulement resté de cet incident que la haine, transformée en misanthropie monstrueuse. Car il n’a pas été si différent des autres, il n’a pas été si menaçant que les gars de l’orphelinat, contre qui je me battais chaque semaine. Lui, les autres, et même Aaron m’inspirent tous le même dégoût et je suis bien déterminé à rester l’électron libre que j’ai toujours été.

Ceci dit, je ne pense pas qu’il ait gagné quoi que ce soit. Mais tu es bien trop con pour considérer ou… admettre, hein, le fait que les événements puissent avoir une incidence sur les individus, à court ou à long terme.

J’hausse les épaules, toujours aussi détaché de la situation, alors même que je semble faire face au courroux totalement incompréhensible de mon interlocuteur. Je ne veux plus parler à ce type, pas après qu’il m’ait carrément reproché de ne pas être mort il y a quelques années. C’est un sujet extrêmement sensible pour moi et je refuse de perdre mon temps avec quelqu’un qui me préférerait six pieds sous terre. J’ose espérer que cette nouvelle preuve démontrant à quel point Steve est un être abject et toxique permettra à mon putain de cerveau de cesser enfin de dévier mes pensées vers sa personne, tout comme j’espère ne plus ôter la vie à cause de lui.

Soupirant finalement, la tête penchée comme pour le questionner du regard, ma voix vient en effet l’interroger, toujours aussi nonchalamment :

Bon, on a fini ? J’ai vraiment plus rien à te dire là.
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Lun 23 Oct 2017 - 23:19
J’ai fui. La honte. Aaron Payne a fui. Et je peux même pas prétendre avoir voulu sauver ma peau, en tout cas pas sérieusement. Certes, il avait une arme, mais à aucun moment il n’a fait mine de vouloir s’en servir contre moi. J’ai juste tourné les talons plutôt que continuer à me noyer dans une discussion sans espoir ou me lancer dans un combat physique à l’issu plus incertaine que je voudrais le croire.

J’ai écouté Logan me qualifier de pathétique et aussi blessant que ça puisse être, je n’ai pas pu nier. Il a raison : c’est assez minable de s’enflammer comme ça pour quelque chose arrivée à un type que je connais à peine et avant même que nous nous rencontrions. Sauf que c’est pas dans mon habitude. Généralement, on me dit plutôt que je suis aveugle, égoïste ou cruel ; que je blesse les autres sans vraiment y prêter attention. Là, au contraire, j’aurais aimé que mes mots l’atteignent mais je me débats dans le vide. Une telle incohérence avec mon propre caractère me fait me sentir encore plus lamentable.

Je l’ai écouté aussi me traiter de con. À ça, par contre, j’ai déjà eu droit. Sauf que là, c’est totalement injustifié. Il n’a rien compris à ce que j’ai voulu dire. Si, je sais que les évènements peuvent avoir une incidence, et c’est justement ça qui me fait chier. Parce que quelqu’un d’autre a eu une incidence sur lui et que ça ne laisse pas de place pour que j’aie la mienne. Lui dire ça, ça aurait été le comble du pathétique.

J’aurais pu me jeter sur lui. Régler ça à la force des bras. Sauf que je n’arrivais pas à m’imaginer lui tapant dessus. J'ai l'impression que toutes mes forces m'ont quitté. Et quand j’ai envisagé de lui sauter à la gorge, je me suis seulement vu le bloquer contre un mur, mon corps occupant tout son champ de vision et le coupant du reste du monde. Pathétique et connerie réunis. Alors je me suis reculé, pas à pas, le gardant à l’œil pour être bien sûr qu’il ne me sautera pas dessus dans mon dos, puis une fois à la sortie de la rue je suis parti, me forçant à ne pas courir mais tous les sens aux aguets.

Je suis repassé devant ce bar. Une courte seconde, j’ai eu envie d’y rentrer mais la vue d’Emerald m’y a fait y renoncer. Ce fameux whiskey qui me faisait envie depuis un moment, je suis rentré me le prendre à la maison – de l’écossais, mais je ne suis pas d’humeur à déguster les spécialités locales, de toute façon. Un premier verre parce qu’il faut bien commencer, un second pour qu’une brûlure terreuse remplace l’arrière-goût amer qui m’emplit la bouche, un troisième pour essayer d’oublier comment j’en suis arrivé là.

Pour accélérer cet oubli, je me laisse tomber dans le canapé et me mets à zapper sans but. On est le milieu de la nuit, je ne m’attends pas à tomber sur quoi que soit qui puisse retenir mon attention mais tant pis. Je fixe mon écran d’un regard vitreux, la succession sans queue ni tête d’images et de sons divers qui y défile. Dès que je commence à identifier ce à quoi j’assiste, j’appuie sur le bouton de la télécommande.

Documentaire animalier, télé-achat, talk-shows de troisième partie de soirée… Tout y passe. Mais rien ne marche. Je sais, pourtant, que l’alcool me rend encore plus têtu qu’en temps normal, et en temps normal je le suis déjà assez pour croire que je peux faire mentir l’évidence – c’est dire. L’esprit embrumé par le whiskey et hypnotisé par le défilement saccadé des images, je plonge petit à petit dans un état second et la pièce devant moi, qui déjà rétrécissait au fur et à mesure que je perdais ma vision périphérique, finit par disparaître complètement au profit de mon unique obsession de la soirée : Logan.

D’abord, il est exactement comme je l’ai quitté : la tête inclinée sur l’épaule, le regard froid. Son sourire apparaît dans un deuxième temps. C’est incroyable comment un geste ainsi destiné à créer un lien peut aussi bien servir à créer de la distance. Le cynisme que je lis dans celui-ci me prouve que j’entre enfin dans sa sphère mais me repousse contre sa paroi. Puis le cynisme se change en véritable moquerie.  En même temps, tout son corps gonfle et grandit, jusqu’à ce que je ne sois plus qu’un vermisseau insignifiant devant lui. Ayant glissé au fond de sa sphère, essayant tant bien que mal de m’en échapper mais n’ayant de prises pour en remonter les parois, je ne peux que souhaiter plus que tout, mais comme une pierre rêve de voler, que nos places soient inversées.

Puis, je vois sa cicatrice, et cette fois, je tends la main dans sa direction ; une main qui paraît gigantesque puisqu’elle était de nouveau à l’échelle du corps de Logan. Je la pose sur la peau blanche de son ventre. Me retenant de refermer les doigts pour la lui arracher, je fais lentement glisser ma paume d’un flanc à l’autre et, miracle ! mais je le remarque à peine tant que je m’y attendais, cette trace hideuse disparaît sous mon toucher.

Ma main est à présent au niveau de ses dernières côtes. Nos positions ont été échangées : face à moi, il n’est pas plus grand qu’un enfant, et il a beau avoir gardé son regard et sa hargne de tueur, il ne peut rien contre moi. Je l’agrippe, le force à se retourner et me colle contre son dos. Sa peau, au contact direct de la mienne, est brûlante et contribue à faire monter la fièvre qui me saisit. Le grattement du duvet dru de sa joue contre mon menton, sa voix étouffée, la tension de son corps qui lutte puis s’abandonne m’amènent au bord de l’extase.

À l’instant fatidique, je me réveille en sursaut, affalé dans mon canapé, la télé toujours allumée. J’ai zappé jusqu’au bout du câble, jusqu’aux chaînes qui ne diffusent que la nuit. Les ahanements virils et les gémissements faussement plaintifs qui s’en échappent me dégoûtent et j’éteins d’un geste rageur. Voilà donc d’où est venu ce rêve bizarre, pas besoin d’aller chercher plus loin.

Mais tandis que je titube jusqu’à ma chambre, priant pour que le chat ne vienne pas se foutre entre mes jambes, je dois reconnaître que sentir ainsi Logan en mon pouvoir, soumis et docile, était assez jouissif.
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- Grand Manitou -
Jeu 26 Oct 2017 - 14:52

Je dois admettre que d’ordinaire, mes paroles ne reflètent pas souvent mes pensées. J’use d’ironie et abuse de sarcasme pour heurter, me moquer ou bien simplement pour dissimuler la vérité aux autres, estimant que mes états-d ’âme n’appartiennent qu’à moi – et de ce fait, restent indiscernables au regard d’autrui. Cela dit, mes derniers mots n’ont rien de pirouettes lyriques et la morosité évidente stagnant dans mon regard prouve que je ne fais plus semblant de rien. Je n’ai plus rien à lui dire et, de toute manière, à quoi bon s’entêter à poursuivre cette entrevue frivole ? Je fais face à une colère que je ne comprends pas et j’ai le sentiment que, quoique je dise, mon incompréhension grandira au rythme de ses réactions déraisonnées. J’ai vraiment envie qu’il disparaisse sur le champ mais je reste planté là, peu enclin à me farcir sa présence forcée si je tourne une nouvelle fois les talons. Ma passivité trahi ma lassitude, mais je me garde bien de dévoiler quoi que ce soit d’autre : comme par exemple le fait que sa foutue tirade m’ait blessé plus que de raison.

J’te jure, je l’ai en travers de la gorge. Ces quelques mots ont suffi pour que je regrette l’intégralité de cette conversation stupide. J’ai été trop con ; exhiber ainsi ma cicatrice à ce type n’était résolument pas une bonne idée et j’sais pas ce qui s’est passé dans mon cerveau pourri pour que j’en vienne à me dire « oh, et si je causais de mon talon d’Achille au mec imbuvable qu’est venu me déterrer dans un bar miteux ? ». Non mais je m’attendais à quoi ? A un conseil du type « non mais c’est pas grave, au pire fais-toi tatouer et tu la verras plus », mh ? Non mais attendez, je sais ce qui s’est passé dans sa tête. Je pense que ça a dû le choquer, vous voyez, de se dire qu’en plus de ma mocheté, je trimballais des cicatrices encore plus immondes que moi.
Instinctivement, ma main vient frotter mon bras découvert, comme si le fait de n’être pas intégralement caché par du tissu me mettais mal à l’aise. Ce qui est tout à fait le cas. J’ai soudain envie de me dissimuler sous mon épais sweat noir, d’ajuster ma capuche sur ma tête et, par un miracle incongru, devenir invisible.

Et puis, sans un mot, Aaron me laisse en plan. Genre… comme ça. Même pas un au revoir ; il me délaisse complètement et je me retrouve en tête-à-tête avec mes idées noires. Circonspect par ce départ certes désiré mais inattendu, je cille et me retrouve seul, au milieu de la ruelle. Mes pieds restent bien ancrés au sol, ma silhouette demeure immobile le temps de quelques secondes, comme si je m’attendais à le voir se pointer en mode « HAHAHA JE T’AI EU ! » mais la brise fraîche qui vient me fouetter le visage achève d’instaurer cette solitude coutumière. Ce n’est que lorsque je perçois de l’agitation dans les rues adjacentes que je daigne me remettre en mouvement, la main resserrée sur mon arme.

Mes pas me mènent spontanément chez moi, dans ma petite tanière de loup solitaire. J’suis crevé. J’ai buté un pote, ma côte me fait souffrir et je dois subir la fatigue émotionnelle qui m’assaille chaque fois que je fais face à ce connard de flic. A peine ai-je passé le seuil de mon appartement, je me débarrasse de mon flingue et de mes chaussures, puis revêts un grand et épais sweat à capuche. Je me traîne ensuite jusqu’à la cuisine, où je m’assomme à coups de somnifères, que j’avale avec quelques gorgées de bière. Sans me soucier d’éventuelles contre-indications, je tente d’ajouter à ce combo quelques antidouleurs – parce que je suis con et que dans ma tête, n’en prendre qu’un seul ne serait pas assez efficace –, afin de soulager ma côte meurtrie.

Une demi-heure plus tard, je m’écroule sur mon lit comme un pachyderme échoué, comatant lourdement, l’esprit éteint et le corps en veille prolongée.
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2e round ! [Logan]
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