#1 Be-myself-again list: 'Know your ABC'

Invité
Invité
Mar 12 Sep 2017 - 20:43







#1 Be-myself-again list: 'Know your ABC'


Name: Matthias Toya Sumiyoshi
Purpose: second cycle writing lessons
Teacher: Hideyo Hana


Le soleil appesantissait sur le campus son haleine chaude et moite. Les étudiants avaient déserté la cour, lui préférant la froideur artificielle des salles climatisées, et les rares malchanceux qui devaient la traverser pour atteindre l’autre bâtiment avaient le pas lourd, emmitouflés dans l’épaisse couche de laine humide de l’été japonais.

A chacun de ses pas, ses baskets crissaient sur le bitume ébouillanté comme des tranches de lard sur le grill, Matthias leva un nez luisant où coula une larme de sueur pour estimer si la distance qu’il lui restait à parcourir valait le quart d’heure de remontrances qu’il risquait de se taper s’il rebroussait chemin. Sa mère l’avait en effet prévenu la veille, de ce petit ajout à son emploi du temps déjà bien chargé qu’elle avait négocié avec l’acariâtre et opportuniste directeur. Une autre conséquence de ses choix de vie butés, et il se serait fait un malin plaisir de la contrarier comme à chaque fois qu’elle prenait arbitrairement une décision sur sa vie, mais les choses n’étaient plus si simples désormais. Il n’était plus Toya. Par ailleurs, pour une fois qu’une de ses initiatives n’était pas en décalage complet avec ses besoins, l’effort méritait d’être salué. Dit comme ça, ça sonnait presque comme un acte altruiste venant de sa part, mais Matthias n’était pas aussi naïf et dupe que son père – qui avait été chaudement sollicité pour sa participation financière. Madame Sumiyoshi n’agissait que dans son propre intérêt, et rien qu’à imaginer la terreur qui devait l’empêcher de pioncer la nuit en pensant que son fils pouvait à peine écrire correctement son propre nom suffisait à le faire sourire. Ces cours de rattrapage d’écriture lui étaient donc venus comme une question de survie pour sa propre image, et elle n’avait pas hésité à jouer toutes ses cartes pour convaincre son fils d’y consacrer ses soirées.

«  J’sais pas comment vous faites pour pas suer comme des rats, vous les Japonais, z’avez pas le même sang que nous les Européens. Geignit Julien, un Français rondouillard qui suivait le même cours d’informatique que lui, et qui lui faisait penser à un futur chef cuisto.
- Des porcs, Ju’, on dit suer comme des porcs ! Se moqua Miki, en faisant tournoyer un doigt pour mimer une queue de cochon, avant de s’approcher de Matthias et lorgner par-dessus son épaule ce que lui-même fixait : toujours et touuuut le temps sa montre connectée. Ca va Chronos-sempai, elle est toujours bien accrochée ? Jouxta-t-elle, fière de sa blague, sans recevoir de réponse.
Vexée, elle fit connaître son mécontentement en haussant le ton. Oh, j’te cause, malpoli !
- Quoi ? Ah oui oui. Lâcha vaguement Matthias en tapotant son écran. Dis, j’me disais que t’avais fait un score pas trop mal sur ta dernière longueur aujourd’hui.
- T’enregistres mes scores toi maintenant ? Prise de court, la nageuse eut l’air à la fois perplexe et flatté. Réglant son portable sur l’application sportive, Matthias lui fit lire le détail des performances du jour, où son nom figurait entre le sien et celui d’un autre membre du club.
- Eh bé, c’est pratique ce truc en fait, faudrait peut-être que j’en achète une.
- Mais be my guest, il est naturel de s’inspirer des meilleurs, non ? » Une tape gentillette vint châtier cette boutade, et il fut temps de se séparer. Matthias prétexta un cours d’aikidô pour ne pas accompagner les deux autres jusqu’à la gare, préférant assumer de revêtir un pantalon-jupe malgré son aversion pour les arts martiaux plutôt que d'évoquer ces fichus cours de rattrapage d'écriture niveau 6e, et entreprit de continuer vers le bâtiment des cours.

Vivre aux Etats-Unis pendant la moitié de sa vie avait eu son lot d’atouts, outre le réconcilier avec lui-même, il en avait en effet tiré des expériences de vie incroyable, ses seuls amis chers, et un bon niveau d’anglais. A son retour au Japon, il avait envisagé le choc culturel violent, la difficulté de communiquer avec les êtres insipides et sans personnalité qui grouillaient sur l’Archipel, la nourriture inadaptée, il avait même tiré de ses plus lointains souvenirs les saveurs atroces que lui procuraient l’été. Mais la barrière de sa propre langue, et surtout son écrit, il l’avait juste complètement négligé. Ce cours, il n’en attendait rien pourtant. Apprendre des kanjis pouvait très bien se faire de chez soi avec de la bonne musique et de quoi grignotter, il avait assez de temps et de méthode pour s’y mettre seul, dût l’envie lui prendre. C’était principalement la menace de ne plus revoir sa sœur, et peut-être un brin de curiosité, qui le faisait s’y diriger. Pas suffisant pour donner à son pas le moindre entrain cependant.
Un souffle de vent effleura sa nuque d’un baiser divinement frais, comme l’encourageant à poursuivre, et il atteignit deux minutes plus tard la porte à double battants du bâtiment.

18h18. Un peu en avance, habitude que le flegme laxiste américain ne lui avait pas ôtée. La porte était fermée mais de l’autre côté, il entendait bruisser des mouvements de classe, froissement de papiers, alignement de dossier, raclement de chaise, le prof sans doute, le pauvre héritier d’une volée d’heures supp. non payées qui devait s’apprêter à le recevoir. Tout en se réajustant le col, un peu raidi par l’eau séchée qui avait goûté de ses cheveux au sortir de la piscine, il s’efforça d’accrocher sur son visage son sourire le plus lumineux. Il n’avait aucune envie d’être là.

Poing en l’air, souffle bloqué, la lanière de son sac de piscine grinça doucement sur son épaule lorsqu’il frappa.

Toc. Toc.

La porte coulissa sur son rail dans un grelotement feutré.

« Bonsoir, pardon du retard. » Claironna-t-il en invitant son sourire, son sac de piscine et l'odeur aquatique qui l'accompagnait toujours à le précéder, quand il remarqua l’étonnante coloration de la chevelure de son, ou plutôt sa prof. Oh, c’est vous… H-hideyo-sensei, n’est-ce pas ? La surprise, au demeurant sincère, fut accompagnée d’une lippe soulagée. Cette prof-là, bien qu’ils n’aient pas cours ensemble il la connaissait, une prof aussi jeune et jolie s’esquivait rarement dans les conversations de vestiaires, et s’il ne lui estimait aucune chance de l’intéresser un tant soit peu à la littérature ou aux kanji…

- C’est vous qui avez écopé de la corvée ? Pardon de devoir vous imposer ça.

…Au moins lui accordait-il l’avantage d’être potentiellement plus conciliante qu’un de ses collègues aguerris.

- Moi c’est Matthias Sumiyoshi, mais appelez-moi Matt s'il vous plaît. »

Tout n’était peut-être pas perdu cette année, finalement.

avatar
Nombre de messages : 428
Nombre de messages RP : 51
Date d'inscription : 29/07/2017
Age : 27
Localisation : sur son balcon à Koyane ou dans le jardin botanique
Voir le profil de l'utilisateur
Sam 16 Sep 2017 - 16:44
Be-myself-again list : 'Know your ABC'

Le métier d’enseignant est vraiment varié et riche de multiples pédagogies envisageables. Forte de mon expérience dans mon lycée, je m’intègre doucement mais sûrement à ce nouveau lycée mais aussi et surtout au rythme universitaire. Les possibilités sont immenses en université. Les échanges avec les élèves sont différents, parfois complexes, parfois très simples, parfois houleux dans certains débats, parfois vraiment enrichissant de connaissances et d’humanité. Le plus dur pour moi est de gérer le faible écart d’âge.
Certains jeunes gens sont parfois un peu trop téméraires ou entreprenants pour moi, j’ai vite fait de durcir mon masque de froideur, mais ce sont des comportements qui m’affectent toujours plusieurs jours. Mais ce n’est pas la majorité des cas. Et puis j’évite d’imaginer les discutions de vestiaires sinon je vais paniquer et arrêter ce métier.

L’intérêt de l’université est de gérer encore plus de programmes totalement différents mais aussi des élèves et cursus variés. Ça me donne encore plus d’idées de développements, d’études et de débats pour capter l’attention et l’intérêt de mes élèves. C’est développer leur esprit d’analyse et critique qui est important, c’est vraiment la finalité de mon métier en plus de développer leur culture littéraire.
Mais plus personnellement je m’attache énormément à mon avancée professionnelle. Ma réussite est vraiment ce qui rendra fière mes parents. Et la confiance que la Direction semble avoir en mes capacités d’enseignante et de chercheuse au travers de mes méthodes pédagogique, c’est une de mes fiertés actuelles. Et il est bien hors de questions que je ternisse cette confiance. En plus, les quelques articles que j’ai récemment publiés ont fait écho auprès du Directeur qui apprécie mes connaissances et ma capacité à m’intéresser à de multiples facettes de ma passion pour la littérature.

Alors quand il m’a demandé de passer le voir il y a quelques jours à propos d’un élève, je n’ai pas hésité une seconde. Un étudiant de l’université est en difficultés avec la langue, surtout les bases littéraires et l’écrit. Je ne peux permettre un tel gâchis, surtout qu’il semble que cet élève ait quelques soucis comportementaux. Bien sûr je ne me fis pas un dossier papier ou les seuls avis parentaux, mais je dois en tenir compte. Si le jeune homme donne cette image, c’est qu’il a ses raisons. Et sans agir sur ces raisons, nous ne changerons rien.
Bon d’accord, mon seul devoir est de lui apprendre le japonais, qu’il rattrape le retard qu’il a dans ce domaine, dans la connaissance des kanji et la littérature. Mais un élève, pour moi, ne se résume jamais à un cerveau qu’il faut remplir. J’ai bien trop souffert de cela toute ma scolarité. Evidemment je ne me montre pas affective, cela m’est impossible si je ne veux pas sombrer. Je dois conserver mon autorité, ma réputation sévère, stricte mais juste. Mais cette justesse provient, à mon sens, de mon empathie naturelle. Un élève qui n’a pas confiance n’avancera pas, même si on lui bourre le crâne.
La mère du jeune homme semblait vouloir que je lui donne quasiment un cours par jour. Je trouve ça énorme en plus de son cursus universitaire. Bien sûr il devra travailler chaque jour pour acquérir le savoir des Kanji qu’il n’a pas, mais lui mettre la pression ne sera peut-être pas le bon moyen pour qu’il avance.

J’appréhende un peu car c’est un jeune homme d’à peine 7 ans de moins que moi. Autant dire, rien, d’un point de vue émotionnel, étant donné mon incapacité à gérer les relations humaines affectives. J’espère qu’il ne fait pas partie de ces petits coqs assoiffés de sexe qui se la joue dragueur irrésistible. Sinon il est sûr et certain que ce cours va virer au cauchemar pour moi comme pour lui, car il n’aura affaire qu’à la Hana autoritaire, froide et stricte qui ne concède rien, surtout pas une faille ou une émotion quelconque.
Je ne sais pas quelle image mes élèves ont de moi. Je n’ose pas leur demander au demeurant. Mais j’aime à croire qu’ils me considèrent comme une enseignante dynamique et intéressante dans sa matière, professionnelle, autoritaire, stricte mais juste. C’est en tout cas ce que je m’emploie à réaliser chaque jour. Il me serait mal aisé d’apprendre qu’ils me surnomment le dragon. En effet, j’aime le respect de l’autorité et mettre cette barrière prof-élève (surtout une barrière à trop d’émotions pour moi-même), mais je suis toujours à l’écoute des besoins de mes étudiants. A l’inverse, il est pour moi hors de question qu’on puisse me considérer comme une enseignante « copine » ou laxiste. Ça serait humiliant. Et ce n’est pas comme cela que j’atteindrais mon objectif de réussite professionnelle qui rendra fiers mes parents.

Tout ce que je sais de mon élève, enfin ce qui m’importe vraiment, je l’ai résumé sur une fiche :
Matthias Sumioshi, 20 ans, étudiant en droit international + Club de natation
Nationalité japonais, mais père américain
La photo me montre un jeune homme agréable à regarder si on aime les métisses, mais j’avoue que ses piercings me rebutent un peu. Oh je ne suis pas du genre à me fier à une apparence. L’habit ne fait pas le moine. J’en suis le premier exemple. Mais je ne suis pas habituée à ce type de marque de « rébellion » ou « démarcation ». Puis-je vraiment les appeler ainsi ?
Beaucoup de questions me viennent en tête, mais il ne serait pas de bon ton d’un professeur de les poser à son élèves. Ces piercings que j’associe souvent à une dureté de l’être, me perturbent. Non en fait c’est le sourire qu’il a sur la photo qui me perturbe. Il n’est tellement pas en phase avec cet aspect rebelle. Il me fait l’effet d’un gentil jeune homme. Hum il va falloir que je me tienne sur mes gardes, pour ne pas me faire embobiner.
Ce qui m’interpelle le plus c’est son carnet de scolarité. Il semble doué avec des notes incroyables dans certaines matières, et des notes passables dans d’autres. Ce qui me fait dire qu’il donne le change : s’investis dans ce qu’il trouve intéressant ou alors ne réponds à que ces parents attendent de lui professionnellement parlant. C’est à creuser à mon sens. Ça fait partie de son fonctionnement, je dois le comprendre pour pouvoir avancer avec lui. Bien sûr ce ne sont que des déductions en consultant les disparités de ses résultats scolaires. Je ne me fais jamais un avis tranché sans avoir eu plusieurs discussions avec un élève. D’ailleurs, je le soupçonne d’être de la trempe de ces petits génies qui ne se donnent pas la peine d’obtenir plus de leur possibilité que le minimum à montrer pour être tranquille. Et puis il a vécu son lycée aux Etats-unis et doit donc parler parfaitement anglais. Cela sera un bon point de départ, peut-être, pour évoquer ses failles d’apprentissage dans sa langue maternelle.
Un élève intéressant, que j’espère pouvoir aider.

Je n’ai donc pas prévu de planning attendant ma première entrevue avec le jeune homme. Bien sûr, j’ai quelques méthodes en tête, mais il me faut déjà évaluer son niveau, en plus de son caractère et ses propres attentes.
Je me suis donc installée dans une salle de cours libre, et bien heureusement climatisée. Je ne suis pas chaudement vêtue, mais je porte comme à l’accoutumé un tailleur d’été conventionnel. Jupe noire juste au-dessus des genoux, chemisier blanc opaque à manches courtes, escarpins noirs simple à talons moyens. J’ai juste déposée ma veste sur mon dossier de chaise, car la chaleur est vraiment pesante, même avec la climatisation. Je n’aime pas montrer d’autres parties de mon corps, autre que mes jambes (et encore de manière décente, je ne porterai jamais une robe plus courte qu’au-dessus des genoux !). Mes bras et mon cou sont vraiment… frêles. Les dévoiler me donne toujours l’impression de montrer mon corps si peu engageant, si fragile. Mais ces derniers jours, je suis incapable de supporter longuement un foulard ou un col fermé, ainsi que ma veste de tailleur d’été.

J’ai positionné une chaise de chaque côté d’une table d’élève pour que nous puissions échanger en face à face tout en gardant une distance honorable et nécessaire. Je me suis mise au ¾ dos à la porte car j’aime avoir un œil sur l’extérieur par les fenêtres de la classe. Je pense qu’il ne devrait pas tarder, mais je continue à me noter quelques points important à voir avec lui.
Quand j’entends frapper et la porte s’ouvrir, je finis d’écrire ma question et relève la tête


« Bonsoir, pardon du retard. »

Son ton semble jovial. Une odeur de chlore caractéristique de la piscine emplie la pièce. Ça me fait sourire, au moins il s’est détendu avant de venir, c’est une bonne chose. Je tourne alors la tête vers lui, pour découvrir sa surprise en me découvrant. On ne l’a donc pas prévenu ?

« Oh, c’est vous… H-hideyo-sensei, n’est-ce pas ? »

- Bonjour, jeune homme. Oui Mademoiselle Hideyo, en effet.

« C’est vous qui avez écopé de la corvée ? Pardon de devoir vous imposer ça. Moi c’est Matthias Sumiyoshi, mais appelez-moi Matt s'il vous plaît.»

Je souris en l’entendant et lui montre la chaise vide en face de moi pour l’inviter à me rejoindre

- Enchantée Matthias-san. Matt si tu veux…

Je le laisse s’installer avant de poursuivre.

- Je suis ravie de faire ta connaissance. Mais j’ai l’impression que tu n’es pas ravie, toi-même. Tu n’es pas demandeur de ces cours de remise à niveau ?

Les doigts croisés, je les pose devant moi en le regardant attentivement. J’observe ses réactions. Il a comme je le devinais un sourire des plus charmeurs. Même si mon regard est doux pour le rassurer, je m’emploie à garder mon visage le plus neutre possible pour ne pas montrer de faille et partir sur une relation saine et claire pour ce premier cours.

- J’ai cru comprendre que la demande vient de ta mère. Mais toi qu’en penses-tu ? Que souhaites-tu ? Quel est ton niveau en kanji et japonais selon toi ?

Codage par Libella sur Graphiorum

Invité
Invité
Mar 17 Oct 2017 - 7:26







#1 Be-myself-again list: 'Know your ABC'


Name: Matthias Toya Sumiyoshi
Purpose: second cycle writing lessons
Teacher: Hideyo Hana


Jeune homme. La formulation tira à l’ainsi nommé un discret rictus qui l’accompagna tandis qu’il s’installait au siège indiqué. Jeune homme, ça établit la hiérarchie, ça met de la distance, ça brandit la différence d’âge comme une autorité suprême à ne pas outrepasser. Jeune homme, c’était un bouclier, une couche de protection parfaitement en accord avec l’image que voulait transmettre Madam- Madmoiselle Hideyo. La prof respirait la solennité des tableaux noirs et l’insécurité des justes diplômées. Sans la regarder directement comme il tirait à lui la chaise, et jetait négligemment son sac près des pieds de la table, le Ténébreux la sentait contrôler le moindre de ses gestes, la manière de croiser ses doigts, de figer son visage dans le plâtre, mesurer chacune de ses paroles, de questionner ses actions. Avait-elle correctement abordé les présentations ? Etait-elle trop proche, pouvait-elle se permettre de sourire sans que ça soit mal interprété ? Le poids de toute cette incertitude ôtait à Matthias celui d’être intimidé.
Bien qu’assis, ses yeux noirs et pénétrants l’observaient avec une insolente assurance. Soulignés d’une paire de lèvres fines, il souriait aimablement, au demeurant en l’écoutant sans l’interrompre, ses longues jambes trop grandes étendues de biais par rapport au bureau, un bras paresseusement crocheté au dossier et l’autre sur la table, tenant déjà un stylo. Aurait-il voulu donner l’air qu’il l’analysait qu’il ne s’y serait pas pris autrement, mais quand elle eût fini, il garda le silence, prenant son temps pour se pencher sur le côté, dézipper la fermeture éclair de son sac de piscine, et en tirer plusieurs manuels de différents gabarits qu’il posa sur un coin de son pupitre : « Learn Kanji in six weeks », « Fast method : Japanese Kanjis », « 漢字の学び方 », « Kanjis for Noobs »… La pile forma rapidement un petit monticule de bouquins visiblement usagés, annotés, « post-ités », les bordures légèrement gondolantes indiquant qu’ils avaient probablement été souvent transportés en milieu humide, comme un sac de piscine par exemple.

« Détrompez-vous, je suis ravi, moi aussi, Mademoiselle Hideyo. Je ne suis pas le demandeur de ces cours, c’est vrai, mais le devoir d’une mère est de veiller aux intérêts de ses enfants, non ? » Donner autant de mérite aux exactions de sa mère lui donnait des aigreurs d’estomac, mais il se contrôla au mieux pour le pas laisser l’acide brûlant que lui évoquait ce non-sens dégouliner d’entre ses dents serrées. « Tout comme celui d’une prof est de veiller à celui de ses élèves, d’ailleurs. » Rajouta-t-il, un brin de malice dans le regard, en faisant tournoyer avec adresse son stylo entre ses doigts.

Laissant une seconde cette phrase qui pouvait vouloir dire tout – ou son contraire – décanter, il attrapa un premier livre et avorta le silence gênant qui avait commencé à ramper entre eux.

« Mon niveau, oui. Je n’ai pas écrits un Kanji depuis mes 15 ans… Taper sur un clavier me pose moins de soucis, mais parfois j’ai quelques hésitations avec certaines clefs. Je travaille l’écriture tous les jours, j’en ai mal au poignet (il désigna son poignet gauche, un peu gourd). Mais je ne pense pas m’exprimer trop mal, bien que j’ai des efforts à faire sur les termes des gens de mon âge. A propos… » Il baissa un peu le ton en se penchant un peu, comme s’il s’apprêtait à faire une confidence, posant la pointe de son stylo à la verticale sur le bureau. « Vous ne sauriez pas ce que ‘JPP’ veut dire par hasard ? Ils arrêtent pas de le répéter partout, et j’ose pas demander… (Il eut l’air un peu gêné) ‘Fin vous savez c’que c’est… » Se rasseyant contre le dossier, il rehaussa la voix, le stylo reprenant son manège entre ses doigts. « D’ailleurs, si ces cours pouvaient rester entre nous, ça m’arrangerait plutôt, Mademoiselle Hideyo. »

avatar
Nombre de messages : 428
Nombre de messages RP : 51
Date d'inscription : 29/07/2017
Age : 27
Localisation : sur son balcon à Koyane ou dans le jardin botanique
Voir le profil de l'utilisateur
Mer 25 Oct 2017 - 20:35
Be-myself-again list : 'Know your ABC'

Je ne loupe pas le rictus de mon élève quand je lui parle. Comment dois-je l’interpréter ? Il peut être clairement en train de se moquer de moi ou être juste amusé par ma manière de lui parler. Certes j’y ai mis beaucoup de formes, tout en cherchant à établir un contact agréable. J’ai aussi cherché à figer clairement nos positions respectives. Je suis son professeur, il me doit le respect avant tout. Même s’il en est de même de moi envers lui, j’aime poser certaines règles basiques, encore plus aux jeunes hommes aux hormones actives.

Matthias ne me regarde pas directement. On pourrait prendre cela pour de la timidité mais je perçois dans l’expression de son corps et son visage qu’il est plutôt sûr de lui. Il prend un air presque non-chaland. Je vois tout de suite en lui l’éducation occidentale et non purement japonaise. Depuis que j’enseigne ici, j’ai dû apprendre à ne pas me formaliser de ce genre d’attitude car un nombre conséquent de non japonais étudie dans cette université. Mais surtout je sens une assurance en mon nouvel élève qui m’inquiète. J’espère qu’il n’est pas de ces garçons impétueux et qui ne savent que jouer les charmeurs.

Pendant que je parle il semble impassible. Peut-être cherche-t-il à savoir comment je suis ? Peut-être croit-il pouvoir m’amadouer et échapper à ce cours ? J’avoue ne pas trop savoir alors je lui pose clairement la question sur son envie d’être ici, avant d’en savoir plus sur son niveau réel en japonais. Je ne saurais dire s’il s’amuse de la situation ou s’il jauge l’ambiance entre nous. Il ne répond pas immédiatement. J’essaye de garder ma droiture et ne pas montrer mon inquiétude. Je n’ai pas envie de décevoir le directeur mais je ne veux pas non plus mettre à mal un élève. Je dois trouver le juste milieu s’il ne veut pas apprendre. Je dois trouver ce qui le motivera. Dans son silence, savamment calculé à mon avis, Mattias sort tout un tas de manuels de Kanjis de son sac. Il semble les avoir pas mal manipulés, ce qui me fait dire qu’il cherche tout de même bien à s’améliorer.

Sa réponse est totalement empreinte d’une amertume, dont je ne suis pas sûre qu’il ait conscience. Je crois que la relation de ce jeune homme avec sa mère doit être complexe et douloureuse à certains égards. Mais c’est un petit malicieux. Le voilà qui cherche à me flatter avec aucune volonté de le cacher.

Je l’observe. Je ne réponds pas à cette petite provocation. Je le fixe intensément, attendant qu’il réponde à toutes mes questions. Le silence se fait sentir. La gêne peut nous envahir, certes, mais sincèrement je suis tellement dans mon rôle d’enseignante déterminée que je ne perçois pas de malaise en moi. En face, c’est peut-être moins le cas. Matthias joue avec son stylo. Est-ce un tic nerveux ? Un moyen de se détacher de la situation ? Ou juste une habitude ? Mais ma réflexion est interrompue finalement par les éclaircissements que m’offrent enfin le jeune homme.

En effet, son expression du japonais est tout à fait convenable pour son âge. Pour l’écriture, je suis heureuse de voir qu’il s’entraine. C’est le seul moyen vraiment concret pour avoir de l’aisance dans la réalisation des Kanjis. Mais peut-être trouverons-nous ensemble une méthode plus adaptée à ce qu’il fait ?

Oh ! Il se penche… indécemment à mon sens. J’essaye de maîtriser ma réaction. Je ne veux pas être brusque et le braquer contre moi, mais il est nécessaire que nous gardions une distance respectable. Mais il baisse la voix comme s’il voulait me confier un secret, alors je lui souris. Lui adressant un regard franc et calme, je l’écoute attentivement. Sa gêne est touchante et me fait dire qu’il ne doit pas être si cancre qu’il veut le faire croire. D’ailleurs son dossier scolaire parle pour lui. Je comprends que ce jeune homme est un charmeur joueur mais dans les limites respectables. Et sa dernière demande me montre qu’il n’est pas forcément très à l’aise en société et avec ses difficultés en kanjis.

- Honnêtement, Matthias-san, je n’ai pas du tout idée de ce que ce ‘mot’ veut dire. Je ne suis pas très au fait du langage familier de la jeunesse et sa frénésie des sms et autres moyens de communication. Désolée de ne pouvoir t’aider sur le sujet. Mais pour ce qui est des cours, ne t’inquiète pas. Je ne compte pas en parler à qui que ce soit. Et tout ce qui se dira ici, reste entre toi et moi.

Evidemment dans la limite du raisonnable.

- Si tu veux bien, on va déjà voir comment tu comprends les Kanji ? Je ne pense pas qu’on puisse savoir bien les grapher si on ne les comprend pas.

Tout en lui parlant je sors un texte que j’ai choisi suivant les informations que son dossier m’ont apprise. Il s’agit d’un article sur le dernier championnat du monde de natation. Il est court et utilise des Kanjis assez courants.

- On va laisser tous ces manuels de côté pour le moment. Veux-tu me lire cet article, Matthias ? ça va me permettre d’évaluer comment tu déchiffres les Kanjis. N’hésites pas à me dire si tu ne comprends pas ou a un doute. Tu n’as pas à me cacher ce qui te pose soucis, d’accord ?

Je m’efforce de le regarder de manière rassurante. Mon sourire est discret mais suffisant pour faire comprendre à mon élève que je lui suis bienveillante.

Codage par Libella sur Graphiorum

Contenu sponsorisé

#1 Be-myself-again list: 'Know your ABC'

Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sauter vers: