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Une (bonne ?) chose de faite [Logan x Aaron]
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Ven 9 Mar 2018 - 21:43
Plop.

Je reste immobile une seconde de plus, comme attendant un bruit un peu plus à la hauteur de la situation. Mais non : je n’entendrai rien de plus que ce « plop », minuscule et presque comique. On dirait que l’eau a été prise au dépourvu, surprise de recevoir une telle offrande. Pourtant, dans le port d’une ville comme ça, ça doit pas être les cadeaux empoisonnés qui manquent. Si on en croit les légendes urbaines, il doit reposer au fond de la vase quelques blocs de béton sertis de restes de métatarses ou de phalanges. Alors un flingue de plus ou de moins… Mais ce n’est pas une raison pour la mer fasse sa blasée comme ça. Moi, je ne fais pas ça tous les jours.

Ça me donnerait presque envie de balancer ma bécane. Elle, elle devrait m’offrir un beau « plouf » bien sonore, avec des éclaboussures qui retomberaient en un écho crépitant, quelque chose d’aussi exubérant que mon humeur en cet instant. Sauf que je dois encore me farcir le trajet jusqu’à Inazami et qu’à pattes, ça me prendrait une plombe. Et puis, je veux laisser une chance à mes collègues des beaux quartiers. Je leur ai servi leur affaire de l’année, en « empruntant » ce vélo, ce serait méchant de les condamner d’office à l’échec. Donc pour le moment, la dernière chose dont je me débarrasse, c’est le masque chirurgical qui me dissimulait le bas du visage, que je fourre dans une benne à ordures.

Avant de me mettre en route, je m’accorde une petite pause. Je fourre la main dans mon joli cartable de salaryman et en sort un paquet de cigarettes. Deux heures que je me retiens de m’en griller une, pour ne pas laisser de mégot derrière moi ! Celle-là, je la savoure. Rien que le petit grésillement de l’extrémité qui s’allume sonne à mes oreilles comme une douce musique. Je sens la fumée emplir ma bouche, couvrir ma langue et l’intérieur de mes joues de son amertume puis la voit danser devant mes yeux, lascive, séductrice. Il ne manquerait plus qu’une chose pour finir cette soirée en beauté.

C’est la première fois depuis un bon moment que je regrette de ne pas avoir de copine, ou ne serait-ce qu’une sex-friend, quelqu’un chez qui je pourrais me pointer quand bon me semble. Je m’excuserais au besoin de l’heure tardive, arborerais l’air fatigué de l’homme qui a accompli son dur devoir, ce qui me donnerait droit à une indulgence attentionnée, et pourrais finalement me laisser glisser dans un sommeil satisfait. Parce que s’il faut aller se fatiguer à draguer ou à discuter du prix, ce n’est pas vraiment ce que j’appelle le repos du guerrier. Tant pis. Il n’y a vraiment que dans ce genre de moments que je pense ça, de toute façon. Le reste du temps, je me souviens du boulot que c’est d’entretenir une copine et tous mes regrets s’envolent.

Repensant au programme du reste de la soirée, j’écrase ma clope en soupirant. Je vais pas tout de suite me retrouver au lit, même sans compagnie. Alors j’enfourche ma monture d’un soir et me mets en route. Je sors vite du quartier du port et je me retrouve de nouveau happé par la foule d’employés qui sortent du bureau. Libéré des accessoires trop décalés qu’étaient le flingue et le masque, j’ai soudain l’impression de ressembler à mon père. C’est la principale raison pour laquelle je déteste porter un costume, mais il y a des situations où ça s’impose. Et même si je n’y ai pas pensé quand j’ai fait l’effort d’acheter celui-là, vouloir se fondre dans la masse citadine en est une. Le principal est que, ce soir, le déroulé des évènements me conforte dans l’idée que je suis au-dessus de cette médiocrité ambiante et que je ne prends pas ombrage de devoir m’y mélanger un instant.

Arrivé aux limites d’Inazami, par contre, je fais tache. Qu’à cela ne tienne, ça m’arrange. Je commence par me débarrasser de mon véhicule. Je sais que le Japon a la réputation d’être un pays où on peut laisser son vélo dans la rue sans crainte mais dans ce quartier, un engin dernier cri comme celui-là ne restera pas une heure à sa place. Le manteau sera sans doute moins aux goûts des bad guys du quartier mais il est en bon état, ils ne voudront pas gâcher. Les projections de poudre, s’ils les remarquent, ne devraient pas les gêner.

Pour continuer mon changement de look, je défais le nœud de ma cravate et ouvre les premiers boutons de ma chemise. Malgré la température, j’ôte ma veste et enroule mes manches jusqu’aux coudes. Pour finir, je me passe la main dans mes cheveux pour essayer de les rabattre en arrière et de casser cette horrible raie sur le côté. J’aurais aimé pouvoir aussi échanger mes chaussures de ville contre des rangers mais ça, ça va devoir attendre. Ce n’est que du confort, de toute façon. Le plus important est de ne plus ressembler à un salaryman perdu, qui serait une cible facile. Il me reste mon cartable d’enfant sage, mais avec mes tatouages, ma grande taille et l’envie de plastronner qui me vient naturellement, je devrais dégager une aura assez dangereuse pour qu’on me fiche la paix. Je ne suis pas venu chercher les embrouilles, cette fois.

Dommage, parce qu’elles auraient sans doute été plus faciles à trouver que mon chemin, j’ai l’impression. J’ai jamais compris le système des adresses japonais et faire un plan quand on a pas de belles grandes artères à proximité pour servir de repères, ce n’est pas le plus simple. Je pense avoir enfin trouvé le bon immeuble mais je n’en aurai pas la confirmation avant de voir qui m’ouvre. Je doute que je puisse me fier aux noms sur les interphones – quand ils sont encore lisibles. Aussi, je monte au quatrième et me plante devant la porte. Je la joue à sa manière, avec coups de pied et gueulante ?

Restons civilisé. Ce soir, j’ai le sentiment que le monde plie devant ma loi alors ne faisons pas preuve d’une agressivité inutile. Juste de fermeté. Je serre le poing et frappe trois fois.
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Sam 10 Mar 2018 - 21:42
Mes mains tremblent. Je vérifie le Glock attaché à ma cuisse, m'assurant que le velcro retient l'arme fermement et m'avance dans le couloir. Lentement. Méthodiquement. Je peux entendre l'écho de mes bottes frappant contre le bois, puis le frottement de l'avant de la chaussure. Mes inspirations profondes et mes expirations saccadées traduisent l'état d'excitation grisant dans lequel je suis : je le tiens enfin. Voilà plus d'un an que mes nuits sont entrecoupées d'errements apathiques, le long de mon appart' silencieux. Un an que je ne dors plus correctement, persuadé de mourir égorgé dans mon sommeil si jamais j'ose m'assoupir trop longtemps. Les valises sous les yeux, la cicatrice sur mon bras, les souvenirs monstrueux de mes poings liés et de ma conscience qui m'abandonnait, noyée dans la drogue. Et maintenant, il est là. L'euphorie explose dans mon ventre dans une déflagration sidérante et est propulsée dans ma poitrine, m'immergeant complètement. Il est là. Il est petit. Je fais presque deux têtes et vingt kilos de muscles de plus que lui. Je crois qu'il n'a jamais su dans quel pétrin il s'était foutu, en s'attaquant ainsi à moi. Il pensait sûrement que je me chierai dessus, et que je retournerai voler des vieilles dans les marchés d'Uzume. Pas de chance : il est tombé sur le psychopathe réformant les gens qui veulent le changer - en les tuant cela va de soi.

Comme il tente d’articuler quelque chose, je lui balance un crochet au menton qui l'envoie valdinguer au sol. Il perd presque connaissance.

J'ai pas besoin de conversation, alors ferme ta gueule.

Je le cueille d'un coup de pied en pleine tête, absolument ravi d'entendre ce petit craquement sinistre accompagnant mon geste. Pendant un instant, cependant, je me dis que c'est trop peu. J'ai envie d'abattre mon couteau dans le visage de cette pourriture, de contempler la lame s’insérer dans son orbite, entendre l'os craquer, sentir l'arme s'enfoncer dans son crâne. Je ne ressens rien, juste avide de l'écraser sous ma semelle et de le brûler pour qu'il ne reste plus rien ; rien d'autre qu'un tas de cendres, qu'un corps calciné. Quel foutu fils de pute. Crachant son sang en gémissant, il n'a même pas assez de dignité pour daigner se relever. Je fronce les sourcils, l'empoigne par le col et le force à me faire face, regardant son visage avec tout le dégoût du monde. Est-ce que j'ai vraiment plus de temps à perdre avec cette raclure ? Dois-je vraiment m'abaisser à le torturer comme eux me l'ont fait subir ?

Sans un mot, j'empoigne le Glock et tire sur l'homme à trois reprises. Les détonations retentissent dans la pièce et m'assourdissent un instant, si fort que l'air semble se mettre à vibrer. Ses genoux flanchent immédiatement et il s'effondre, épaules en avant sur le sol. C'est déjà fini.

En sortant du bâtiment, quelques minutes plus tard, l'arme bat de nouveau contre ma cuisse. Je scrute les environs, balayant la rue du regard, comme si je m'attendais à voir débarquer fils-de-pute-numéro-2 prêt à me coller une balle dans la tête. Les alentours sont calmes, et les seuls détritus que je vois sont des bouteilles brisées jonchant le sol, et des mégots de cigarettes. Pas de yakuzas revanchards en vue. Pourtant, le nœud de mon estomac ne se dénoue pas et mon esprit se retrouve chargé de pensées anxieuses. Est-ce que tout s'est bien passé de son côté ? Je prie pour que Steve ait fait les choses correctement, et d'ailleurs puisque prier ne sert strictement à rien, je me contente de déglutir et d'accélérer le pas, incapable de me sentir serein après avoir ôté la vie à ce tyran de merde. Je suis censé sauter de joie, là. Fêter ça avec la meilleure bière de la ville et une nuit de sommeil complète. M’emmitoufler dans une couverture épaisse et plonger dans une nuit sans rêve. Au lieu de ça, l'adrénaline s'en est allée pour ne laisser qu'un gouffre d'angoisse, secouant mes tripes.

Une inquiétude lancinante qui s'estompe une seconde, lorsque j'aperçois enfin la façade de mon immeuble. Je m'engouffre dans le hall exiguë et franchi les marches avec empressement, impatient de rejoindre le calme de mon appartement. Malgré ma fébrilité, je me sens empreint d'un détachement étrange : le regard vide et le visage fermé. Un sérieux que j'arbore rarement, mais qui m'anime jusque dans la moindre parcelle de mon être. J'ouvre ma porte, la referme derrière moi, enclenche seulement un verrou. Là, je retire mes chaussures et les abandonne à l'entrée de mon appartement, puis traverse l'étroit couloir qui débouche sur mon salon. Le miroir attire mon attention, ou plutôt mon reflet taché de traces rougeâtres au niveau des avants-bras, ainsi que sur le haut de mon t-shirt. Je grogne. Ce gros con a dû baver du sang pendant que je l'empoignais. Je prends un moment pour calmer mon esprit en ébullition, une dizaine de minutes peut-être, pendant lesquelles je m'efforce de taire mes introspections nerveuses, ainsi que cette frustration terrible, presque déçu de ne pas avoir pu me défouler davantage.

Je me rends ensuite vers l'évier le plus proche - celui de la cuisine, donc - et actionne le robinet. L'eau est glaciale. Je tente de retirer le sang sur mes avants-bras mais la tâche est laborieuse : il n'y a rien de pire que l'hémoglobine séchée. Très vite, je m'agace, grogne, perds patience et me retrouve interrompu par des coups à la porte. Ça a le mérite de me calmer tout de suite, ou au contraire, me mettre dans un état d'agitation incontrôlable ; je crois que je suis passé d'une émotion à l'autre en deux secondes chrono. Dans ma frénésie, j'oublie le sang sur mon épiderme et vais ouvrir la porte, sans même une once de méfiance à l'égard de ce que je m'apprête à trouver.

Aaron.

Mon visage s'illumine instantanément, et le poids de toutes mes inquiétudes s'envole, comme happé par le couloir sombre de mon immeuble. Le soulagement est total, si bien que j'ai abandonné son surnom idiot pendant une seconde, même si je pose sur lui un regard bourré de questionnements.

Tes chaussures.

Je lui désigne mes bottes délaissées à l'entrée, pour lui faire comprendre de retirer ses pompes - sinon il reste dehors, c'est aussi simple que ça. Mes pensées s’entremêlent, je me sens euphorique. Alors ça y est, c'est vraiment fini ?

Je referme la porte derrière lui et pense cette fois à la verrouiller entièrement. Mes yeux ne le quittent pas une seconde : j'ai besoin d'entendre qu'il a effectivement buté cet enfoiré. J'ai besoin de savoir que c'est définitivement terminé. Pourtant, je suis encore trop ébranlé - ou soulagé, affreusement heureux, frustré, shooté à l'adrénaline, va savoir - pour me lancer dans des phrases de plus de trois mots, et lui poser toutes les questions du monde, comme un gosse trop curieux.

Je souffle donc simplement, du bout des lèvres :

Alors...?
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Lun 12 Mar 2018 - 3:12
Je pensais attendre plus longtemps. Qu’il me laisserait poireauter, méthode classique pour annoncer tout de suite le rapport de force mais qui serait totalement inefficace vu mon humeur. On dirait qu'il a senti qu’il pouvait s’épargner cet effet dramatique, parce que j’entends presque immédiatement des pas s’approcher puis le bruit d’un verrou qu’on ouvre. Même pas de coup d’œil dans le judas ou d’interpellation à travers la porte, les précautions de base ? Je suis bien chez ce type aussi chaleureux qu’Iceman et surtout méchamment en délicatesse avec des yakuzas ?

Il faut croire que oui. Quand la porte s’ouvre, c’est bien sur Logan. Ma première réflexion, bizarrement, c’est qu’il est plus grand que dans mes souvenirs, et même un peu plus large d’épaules malgré son absence de sweat pour noyer sa silhouette. La deuxième, c’est qu’il ne s’est pas débiné – comme si j’avais jamais douté de sa motivation. Le sang sur son t-shirt et sur ses bras mouillés est la preuve, si ce n’est d’une réussite, en tout cas d’une tentative acharnée.

- Aaron.

Ce simple mot me prend totalement au dépourvu. Il n’a utilisé mon prénom qu’une seule fois, jusqu’à présent. Du moins, je ne me souviens que d’une et je pense que ça m’aurait marqué s’il avait récidivé. Et en plus, il l’avait prononcé d’une façon très peu amicale : je peux encore entendre cette articulation exagérée, quasi méprisante. Là, il est plutôt soufflé, comme s’il lui avait échappé naturellement. Je m’éloigne de plus en plus de l’ambiance tendue à laquelle je m’attendais. Déstabilisé, et donc méfiant, je fais un pas en avant en essayant de garder un œil sur mon hôte et un autre sur mon environnement. Je n’avais pas imaginé un guet-apens mais je n’avais pas envisagé non plus un accueil à la limite du chaleureux, donc je ne sais plus trop en quoi croire.

L’ordre suivant continue d’enfoncer le clou. Sérieusement ? Il vient sans doute de régler son compte à un mafieux, il se balade constellé d’hémoglobine, je viens pour lui parler de mon propre dézingage et il se préoccupe de la propreté de son parquet ? Mais ma bonne humeur me rend docile, pour une fois, alors j’obtempère sans discutailler. D’autant que je suis bien heureux de me libérer d’un élément de plus de l’uniforme paternel. Pendant que je me penche pour en défaire les lacets, j’entends le bruit de nombreux loquets et verrous que l’on tire. Ce n’est pas vraiment rassurant mais au moins, je sais qu’on ne sera pas dérangés. Après tout, c’est peut-être le signe qu’il a conscience de la gravité de la discussion qu’on se prépare à avoir.

Avant de me redresser, je mets dans ma poche mon paquet de cigarettes puis abandonne mon cartable et ma veste près de la porte. Quand je me tourne de nouveau vers Logan, il me fixe mais avec un regard auquel je ne suis pas habitué. Pas de sourcils froncés, de lèvres serrées, de grimace d’aucune sorte. Il semble même hésiter avant de lâcher un timide « Alors ? ».

Je laisse, moi aussi, passer un temps avec de parler. J’essaie de comprendre l’atmosphère pour voir où Logan veut en venir. Je me préparais à quelque chose entre le conseil de guerre et la réunion secrète mais j’en suis loin. Sans doute parce que je ne m’attendais pas à ce signe d’humanité, il me faut un moment pour identifier la fébrilité qui expliquerait à la fois la spontanéité de son accueil, le côté coincé de son ordre et l’embarras de sa question. Réalisant l’impatience avec laquelle il attend ma réponse, je suis d’abord tenté de le laisser mariner un peu mais presque immédiatement, ma taquinerie (cruauté ?) est balayée. Pas envie de jouer avec ses nerfs. Ça ne m’amuserait pas. Alors je me détends un peu, viens me planter légèrement plus près de lui et rive mon regard dans le sien pour répondre enfin :

- Une dragée dans le coffre, deux dans le crâne. Il se relèvera pas.

Une réponse courte, claire et nette. Il s’inquiétait juste de savoir si le boulot était fait, maintenant il le sait. Il ne me resterait à ajouter que les détails sur comment j’ai géré les imprévus de la soirée, si jamais ça l’intéresse. Pourtant, quand je rouvre la bouche, une toute autre phrase en sort :

- Celui-là, t’as plus rien à craindre de lui.

Quand je réalise ce que j’ai dit et surtout la façon dont je l'ai dit, avec une douceur prévenante, je me fige une fraction de seconde avant de détourner les yeux. C’était censé servir à quoi, ça ? À le rassurer ? Comme s’il en avait besoin. Ou comme si je m’en préoccupais, plutôt. Mon job était de plomber un type, pas de jouer la nounou ou le psy. J’ai fait ma partie du boulot, je peux bien réclamer mes remerciements, lui souhaiter de beaux rêves et me tailler.

Je le pourrais. Sauf que je me souviens que c’est lui qui m’a invité à entrer. Il veut plus que l’assurance de la mort de ce type. Mais j’ai un peu de mal à imaginer quoi. Le plus simple serait de m’en foutre et de me barrer quand même. S’il insiste, je serais en droit de lui rappeler qu’on est ni potes ni collègues. Ce serait sans doute aussi le plus intelligent. Comme ça, on tourne la page sur cette affaire et on repart sur de bonnes bases. L’autre option, c’est de lui poser directement la question, mais ce serait tellement prosaïque… Et ça laisserait croire que je m’intéresse à ses méandres intellectuels. Comme pour finir de me convaincre que décidément, je n’ai rien à faire là, je me tourne vers le couloir. Il est d’une propreté immaculée. Je ne sais pas si ça m’étonne ou non, mais en tout cas, il ne contient rien de confortable ou attirant qui puisse donner l’envie de s’attarder là.

- On va peut-être pas rester dans l’entrée, hein ?  lancé-je pourtant.

Y'a des jours où je me fatigue moi-même.
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Mar 13 Mar 2018 - 20:18
Je n'arrive pas à détacher mon regard de son visage, désireux d'y déceler quelques réponses, quelques indices pour enfin me permettre de relâcher la pression. C'est la première fois que je fais ainsi confiance à quelqu'un – par dépit certes, je n'avais pas le choix – et j'ai la trouille. J'ai la trouille que quelque chose se soit mal passé, que quelqu'un l'ait vu, que le type soit parvenu à se carapater pour aller ouvrir sa gueule auprès de sa meute enragée ; la moindre erreur de sa part peut me retomber en pleine tête, sans possibilités de rectifier le tir. Parce que le tir, c'est moi qui l'encaisserai.
Quand il se poste face à moi, je commence à me sentir mal. Mon estomac se tord, tous mes muscles s'engourdissent et je m'attends au pire, persuadé, pendant une seconde, que je suis en train de vivre mes dernières heures dans ce bas-monde pourri. Je me dis alors que c'est un peu la loose, de crever à cet âge-là, quelques jours après mon vingt-deuxième anniversaire. Je me rends compte que je suis encore qu'un gosse, et je songe également à mon Glock, qui dort paisiblement contre ma cuisse, attaché par son velcro. Si Steve vient de ruiner ma vie, est-ce que j'ai le droit de lui arracher la sienne ?

Une dragée dans le coffre, deux dans le crâne. Il se relèvera pas.  

Je cille, une fois, puis deux, mon regard planté dans le sien. Aussitôt, mes muscles se relâchent et j'ai de nouveau conscience de ma propre respiration. Mes pensées morbides éclatent comme des bulles de savon tandis que l'adrénaline de la victoire créait de curieuses sensations: papillons dans le ventre, impression de lévitation, cœur léger, bouffées de sérénité... C'est carrément trop pour moi, je ne suis pas habitué à un tel raz-de-marée. Je tente de m'extirper de tout ça pour rejoindre mon vide coutumier, et prends donc une longue inspiration, m'accrochant aux yeux de Steve qui les détourne très vite – ah bah c'est sympa connard –, étranger à mes cafouillages internes. Soit. Je n'ai plus rien à craindre de ce type. Attends une minute, il est étrangement gentil là, ça n'arrange fichtrement rien à mon état actuel ; est-ce que je suis censé répondre quelque chose ? Ne serait-ce que pour détendre l'atmosphère ?

Seulement, il n'y a qu'un murmure qui s'échappe de ma gorge – un souffle léger qui m'effleure les lèvres.

C'est... cool.

J'ai envie de rouler sous un meuble et de me cacher pour l'éternité. "C'est cool". Bien sûr Logan, deux types sont morts et t'as flippé comme un gosse mais c'est "cool" ! Quel gros con je fais. C'est à mon tour de détourner le regard, impatient de retrouver ma contenance et mon tempérament de chieur arrogant. Je reste planté là, incapable de foutre quoi que ce soit, et semble récupérer l'usage de mes jambes lorsque Steve reprend la parole : effectivement, le couloir est étroit et discuter devant la porte d'entrée et ses six verrous n'est sans doute pas une bonne idée.

J'avance donc, traversant le couloir avec beaucoup plus d'indolence que la première fois, et le laisse en plan une fois parvenu au salon. Pour l'hospitalité on repassera, mais j'ai vraiment besoin de retirer les projections de sang sur mes bras. Je me traîne jusqu'à la cuisine et actionne de nouveau le robinet, achevant de retirer ces traces immondes jusqu'à ce que l'eau redevienne claire. J'empoigne ensuite une serviette et sèche rapidement mes avant-bras, puis retourne dans la pièce principale, en espérant cacher mon agitation interne. En franchissant le seuil de la salle, je distingue mon reflet fantomatique sur l'écran du téléviseur et passe une main sur ma figure, puis m'avance ensuite vers Steve. Je retire le velcro entourant ma cuisse et viens le déposer sur la table basse, avant de me laisser choir sur le canapé.

Il était seul ? Personne ne t'a vu ? Tout s'est passé comme prévu ?

Je le regarde, pensif, et me demande une seconde comment lui, a vécu les événements. Est-ce qu'il s'en fout, que c'était pour lui un acte tout à fait anodin - comme écraser un cafard sous sa semelle ? Après tout, je ne le connais pas. J'ignore tout de ce qui se trame dans sa tête. Peut-être qu'il a juste besoin de fric et que descendre une pourriture lui a paru être une excellente solution à court terme. À mesure que je réfléchis, le regard dirigé sur Steve mais fixant le vide, je réalise que les sensations précédentes s'apaisent. Je retrouve peu à peu mon flegme, insensible à la gravité de la situation. Même la frustration s'est dissipée, comme si briser chaque os de cette raclure n'en valait finalement pas la peine, qu'il était mort à présent et qu'il avait emporté les emmerdes dans son ultime inspiration.

À ce constat, je soupire longuement. Je pense à ma nuit de sommeil et me surprends à me projeter à moyen terme, chose que j'avais cessé de faire sans même m'en rendre compte, depuis un an. Je m'étonne de voir naître des envies futiles, comme manger dans un bon resto, rendre visite à Jake et m'éloigner un peu de Kobe pendant une semaine ou deux. Flâner dans les rues d'Uzume, envoyer un petit message à Asae, rêvasser au soleil et perdre mon temps au ciné.

Je me redresse sur le canapé, comme si je venais de me souvenir de quelque chose d'important. En un sens, ça l'est.

Petites ou grosses coupures ?

Je lui lance un énième regard et me relève, cette fois beaucoup plus détendu. Je vais entrouvrir la fenêtre, et attrape mon paquet de clopes sur la petite étagère en bois. Je l'allume avec le briquet toujours rangé à côté, et me tourne vers Steve en lui désignant la cigarette - ce qui dans mon langage voulait dire "T'en veux une ?". Un léger courant d'air s'immisce dans l'appartement et j'entends au loin quelques éclats de voix ; certainement une confrontation dérisoire pour un regard de travers ou un mot plus haut que l'autre. J'espère seulement que notre conversation ne va pas faire écho au tumulte de l'extérieur.
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Ven 16 Mar 2018 - 20:51
Faut croire que j’ai pas envie de m’encombrer de rationalité, ce soir. Je préfère suivre mon instinct et croire en la bonne étoile qui semble être de sortie. Je sais pas si c’est vraiment ce qui m’est passé par la tête lorsque j’ai sorti cette apparente absurdité ou si c’est une tentative pathétique pour justifier à postériori une envie sortie de je-ne-sais-où, mais ça peut marcher. Je me demande quand même d’où pourrait me venir une envie de ce genre. Certainement pas de mes tête-à-tête précédents avec Logan. Plutôt de ma petite gué-guerre avec les évidences, celle que je perds toujours mais que je ne désespère pas de remporter au final ; parce que de toute évidence, nous n’avons aucune raison de passer plus de temps que nécessaire ensemble.

En fait, je crois que nous nous serions rencontrés dans n’importe quelles autres circonstances, il ne m’aurait absolument pas intéressé. Au mieux, je l’aurais pris pour un tête-à-claques de plus, j’aurais attendu le bon moment pour lui faire sentir son infériorité et je l’aurais oublié aussi vite que je l’avais écrasé. J’ai dû laisser ma raison au fond d’une allée sombre, dans un bidon en flammes, et au lieu d’aller la récupérer, je m’obstine à y refoutre le feu dès que j’en ai l’occasion. Or, ce soir, on me sert cette occasion sur un plateau d’argent. Et quand ça m’arrange – ou me chante, pour une raison ou une autre – je me convaincs qu’il faudrait être profondément idiot pour envoyer le destin se faire foutre.

Je suis donc Logan le long de son couloir avec l’impression d’être en train de faire une énième grosse connerie mais qu’il ne pourra rien m’arriver, un étrange mélange de « n’y-va-pas-tu-sais-ce-qui-t’attends » et de « fonce-cette-fois-est-la-bonne ». Le résultat est un enivrant sentiment d’invulnérabilité que je ne peux malheureusement pas confirmer immédiatement. Je suis à peine entré dans le salon que Logan en ressort sans un mot. Le temps que je me demande ce qu’il fait, j’entends de l’eau couler. Il est allé se laver, c’est pas plus mal. Pour lui, je veux dire. Le sang ne me dérange pas mais plus c’est sec, plus c’est dur à gratter.

En attendant, je fais les cent pas, le nez au vent. Y’a pas grand-chose à voir. Ce gars est aussi doué que moi pour la déco, et encore plus pour le ménage. Moi, j’ai gardé des réflexes de soldat, ça peut se comprendre, mais venant de lui, ça me surprend. Je m’attendais à devoir naviguer au milieu des paquets de chips vides et de cadavres de canettes et au lieu de ça, on pourrait presque manger par terre. Il ne traîne que quelques livres, sur la table basse ou sur l’étagère près de la fenêtre, ainsi que des cartons laissés à même le sol. L’un d’eux est entrouvert. Un léger coup de pied, accidentel bien sûr, finit de révéler son contenu. Toujours plus de bouquins.

Il vit avec quelqu’un ? Non, parce que, je l’imagine mal rentrer chez lui, enlever son holster et ouvrir Jack London, ou Dan Brown, ou ne serait-ce qu’un album du Dr. Seuss. J’ai jamais connu de gars aimant manier les flingues qui lisait autre chose que des magazines de sports ou automobiles. Et en même temps, je l’imagine encore moins avoir un coloc ou une copine, même si c’est difficile à dire, dans une pièce où transparaissent aussi peu de signes de vie. Tant qu’à faire, considérant l’état de son appartement et son apparente sociabilité, je le vois plutôt froncer les sourcils devant Philip K. Dick que supporter la vaisselle sale dans l’évier et les cheveux de quelqu’un d’autre dans le lavabo.

Ayant fini mon tour d’inspection, je vais m’installer dans un fauteuil et attend sagement le retour de mon hôte. Il prend son temps, mais vu son état, c’était prévisible. Enfin, je n’entends plus le robinet et je me rends compte que je fixe la porte depuis un moment. Je m’empresse de détourner les yeux. C’est pas comme si je l’attendais depuis cinq minutes, hein ? Je prends donc mon mal en patience, guettant ses bruits de pas et d’autres sons divers, refusant de me tourner vers lui jusqu’à ce qu’il réapparaisse devant moi, quand il se vautre dans le canapé. Et qu’il reprenne la discussion comme si nous n’avions pas été interrompus. Mais les questions qu’il pose étaient prévisibles, donc j’y réponds sans me faire prier :

- Il était en retard. Il avait dû sentir que c’était la dernière fois qu’il voyait sa maîtresse parce qu’il en a profité. Et en plus, quand il est descendu, sa poule était avec lui, et elle a commencé à le raccompagner. Je me suis dit que c’était fichu, mais dans le doute, j’ai préféré prendre le risque de les suivre de loin. Et j’ai bien fait : ils se sont séparés au dernier moment, et j’ai pu lui régler son compte dans la ruelle prévue, ni vu ni connu.

Je ne sais pas s’il m’a écouté. Il est tourné vers moi mais son regard n’a pas l’air fixé où que ce soit. Je penche un peu la tête, essayant d’attirer son attention, sans succès. Je me prépare à sortir une énormité pour le tirer hors de ses pensées quand il soupire et revient à la vie. De nouveau, il paraît avoir complètement zappé les quelques minutes qui viennent de s’écouler.

- Petites ou grosses coupures ?

La question m’arrache un petit rire.

- Petites. J’ai l’air d’être le genre de type qui claque les yens par dizaine de milliers ?

Toujours pas de réaction. Enfin, si : il se lève et me tourne le dos, tu parles d’une réponse. Il semble avoir retrouvé toute sa froideur. La fébrilité s’est déjà envolée. En fait, depuis son « C’est cool » décalé et hésitant, il s’est renfermé. Retour à la même situation que quelques temps plus tôt. Du moins, c’est ce que je crois tant que je le regarde ouvrir la fenêtre et s’allumer une clope. Sauf que là, il a un geste auquel je ne m’attendais pas forcément : il me propose une cigarette. Je reste dubitatif un instant mais ce geste n’avait pas l’air d’être un accident.  Acceptant l’offre d’un signe de tête, je m’approche de lui, une main dans la poche, la démarche lente.

- Et de ton côté, alors ? Les giclures, ça faisait partie de ton plan ou c’est qu’il a plus résisté que prévu ? demandé-je avec légèreté, retardant volontairement le moment où il pourra tirer sa première bouffée.

Je finis par prendre la sèche et le remercie. À partir de là, je pourrais me démerder. Mon briquet est dans mon paquet, dans ma poche arrière, facilement accessible. Mais ce serait trop facile. Je pose délicatement la cigarette entre mes lèvres et me penche un peu vers lui, attendant qu’il l’allume, puisqu’il a encore son feu en main. Si vraiment il refuse, je sortirai le mien, mais j’ai tellement envie de le voir me faire cette faveur ! Je ne suis même pas sûr qu’il ferait cela pour une fille, avec ses manières d’ours mal léché, mais ce serait justement de l’obliger à faire preuve d’un peu de gentillesse, comme un gosse qu’on essaie d’éduquer, qui serait le plus amusant.

Le top du top serait de le faire en restant parfaitement inexpressif mais je ne réussis pas à empêcher un coin de ma bouche à se relever en une esquisse de sourire et mon regard, au lieu de rester indolemment baissé, se plonge dans celui de Logan, guettant sa réaction avec curiosité.
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Mar 20 Mar 2018 - 23:26
Mon visage est tourné vers la fenêtre entrouverte, non pas pour laisser mon esprit rêvasser sous un ciel sombre, mais davantage pour cacher ma mine préoccupée. Des tourments désuets à l'heure actuelle, mais impossibles à réfréner malgré mes efforts. Et si la grognasse avait raccompagné son client préféré jusqu'à un bar ? Je serais mort, ma cervelle imprimée contre un mur déjà taché d'hémoglobine, je serais mort sans avoir eu le temps de comprendre que tout ça avait foiré, et j'aurais eu l'air bien con, avec mes prunelles écarquillées. Pourtant je suis debout, je suis vivant et le déferlement d'adrénaline qui m'a submergé en est la preuve mais non, y a décidément pas moyen de m'arracher cette image de la rétine : mon corps désarticulé jonchant un sol terne, les yeux grands ouverts sur la Mort. Un spectacle ridicule qui accapare pourtant mes trois neurones et demi ; avec la chance que j'ai, je vais passer ma nuit à cauchemarder.

Je secoue imperceptiblement la tête et tente de m'ancrer dans la matérialité. Je suis en vie. Il n'y a plus aucune raison de flipper ni de redouter la moindre représaille : plus personne pour me droguer, me rouer de coups, brûler ma chair à vif ou entailler mon visage.
Je grimace, le souvenir trop tangible vient de me heurter en pleine face. Je me souviens du tressaillement qui m'a traversé, quand la lame en acier trempé affûtée s'était posée sur mon cou, pour remonter sur mon visage, et s'arrêter sous mon oeil. Une petite pression, et la peau avait cédé. J'étais tellement shooté que je n'avais même pas senti la douleur ; seule la goutte de sang qui avait roulé sur ma joue m'avait fait prendre conscience de l'entaille. Combien de fois est-ce que j'ai sombré, ce soir-là ? Même à demi-conscient, avec ce voile noir recouvrant ma vue et ma conscience étouffée par les malaises successifs, je sentais le martèlement lancinant de la douleur. Cette pensée me fait déglutir et opprime ma tête dans un carcan brumeux. J'ai l'impression que le sol va m'engloutir.

Je suis extirpé de mes pensées par la cendre tiède venue se déposer sur le dos de ma main – c'est pas si mal, parce que quelque chose me dit que c'est pas le moment de tomber dans les pommes. Je me rends compte que ça fait bien une quinzaine de secondes que je reste planté là, à observer les épais nuages qui roulent dans notre direction. Je tourne la tête vers Steve qui s'approche nonchalamment de moi, et lui tends donc la clope proposée plus tôt.

Et de ton côté, alors ? Les giclures, ça faisait partie de ton plan ou c’est qu’il a plus résisté que prévu ?  

Je hausse les épaules et réponds, laconique :

Pas vraiment, je lui ai juste éclaté la tête à coup de pied.

Après tout, c'est à lui que je dois ma cicatrice la plus récente : cet infâme petit cercle sur ma cuisse, blessure par balle qu'il a soudée avec gentillesse, bien entendu. Ça me paraissait donc logique d'écraser sa mâchoire sous ma chaussure. D'ailleurs, en avoir fini aussi vite avec lui m'a laissé une certaine frustration et, comme d'habitude, il faudra que je songe à m'épuiser suffisamment pour ne pas pulvériser la tête de la bonne femme dirigeant le Seven Eleven du coin – parce que s'en prendre à des innocents, c'est pas très malin.

Je tends machinalement mon briquet à Steve mais croise son regard, et comprends que je suis censé allumer sa cigarette. Haussant un sourcil, je garde ma réflexion pour moi et me contente d'embraser sa clope, avant de reposer l'objet à sa place. J'amorce deux pas pour me poster face à la fenêtre, et laisse tomber les cendres en contrebas. La cigarette est à mes lèvres, je tire ma première bouffée. Dehors, les nuages se sont amassés au-dessus de Kobe tout entier, précipités par le vent frais qui heurte mon visage par saccades, quand il n'est pas occupé à malmener les arbres. Enfin... le seul arbre de toute la rue, je veux dire : ce vieux truc courbé qui ne fleurit même plus. Je me penche un peu, pour l'apercevoir, et entends plus distinctement les voix nippones au rythme complètement hasardeux : ils sont bourrés et en colère. Ça s'entend rien qu'à leur manière de rouler les "r" et d'allonger les voyelles.

Mon souffle est chargé de volutes de fumée et, lassé d'entendre ce ramassis de délinquants, je me retourne vers Steve – comme si ça allait atténuer les éclats de voix. Appuyé contre le rebord de la fenêtre, je le fixe sans rien dire et finis simplement ma cigarette, pressé de refermer la fenêtre.

Une ou deux minutes passent, durant lesquelles je l'observe, le dévisage, le toise sans vergogne, un air impassible placardé sur ma face.
Puis je finis par lancer, avec la plus grande désinvolture :

Alors, qu'est-ce que ça fait ?

Finalement, j'écrase le mégot sur le rebord et le laisse tomber par la fenêtre.

De tuer, je veux dire.

Mes yeux se détachent de sa silhouette pour jeter un œil à la rue vide, et je pense une seconde à ma clope à peine entamée. À vraie dire, elle m'a presque donné la nausée. c'est comme si avec ce trop-plein d'émotions, mon corps rejetait tout car déjà plein à craquer, refusant même le poison dont je le gave en temps normal. J'ai qu'une hâte : que ces sensations finissent enfin par se tasser.
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Dim 25 Mar 2018 - 21:39
Il me déçoit. Au moins à moitié. Sa réponse à ma question, tant son contenu que le ton mou sur lequel elle a été prononcé, trahit une impulsivité et une absence de remords qui lui vont comme un gant, je n’attendais rien de moins que lui. Mais je comptais qu’il oppose un minimum de résistance face à mon caprice. Il a bien commencé en me jetant un regard qui trahissait tout son agacement, et malgré ce bon début, il s’est exécuté sans rien dire. J’aimerais que ma bonne étoile brille un tout petit peu moins fort, qu’elle me laisse un peu de challenge et de fun. Sinon, elle me sert à quoi ? Un peu vexé, je recule de deux pas pour aller m’appuyer contre le mur, juste à côté de la fenêtre, et je croise les bras.

Je prends une bouffée mais elle n’a aucun goût. Sans doute parce que j’ai déjà fumé moins d’une heure plus tôt. Ou parce que cette victoire obtenue trop facilement a enlevé tout intérêt à ce qui aurait dû être ma récompense. Je l’aurais fumée fièrement devant lui, tirant longuement dessus pour bien faire crépiter le bout, et j’aurais ainsi prolongé le sentiment de pouvoir que j’aurais déjà ressenti en le forçant à s’abaisser à me servir. Là, je me retrouve encombré par un vulgaire rouleau de papier.

Il règne un silence pesant, qui n’est que vaguement troublé par les grognements lointains de mecs qui veulent se faire passer pour des gros durs (ou des personnages de vieux films historiques japonais ; vu l’emphase de leurs répliques je n’ai jamais pu trancher). Un coup d’œil en coin vers Logan me fait apercevoir une silhouette penchée à la fenêtre, fixant distraitement l’extérieur. S’il se fout complètement de ce qui vient de se passer, pourquoi il relance pas un semblant de conversation ? Que j’arrête de ruminer.  

Je regarde ma cigarette presque avec dégoût puis me mets à tirer un peu trop fort dessus, pour la finir plus vite. De trophée, elle est devenue le résultat d’un caprice infantile. Je l’ai (de nouveau) mal jugé et ai été pris à mon propre jeu. Tout compte fait, ce n’est même pas une victoire en demi-teinte car trop facile, c’est bien une défaite : j’ai été pris à mon propre jeu. Ma bonne humeur redescend soudainement. Je suis fâché contre moi-même. Tout était censé se dérouler comme sur du velours, ce soir. Je devrais pas me casser encore une fois les dents sur sa manie de rester illisible.

J’entends du tissu qui se froisse, il bouge légèrement mais je l’ignore. J’essaie de me calmer et de retrouver la légèreté avec laquelle je suis arrivé ici. Quand j’avais l’impression d’être en contrôle, d’avoir la chance de mon côté. Je respire profondément. Un courant d’air frais vient me caresser la nuque, il me remet un peu les idées en place.

- Alors, qu’est-ce que ça fait ?

Je me tourne vers lui, surpris par la question. La précision qui vient après me tombe dessus comme une brique. Je me fige. J’avais oublié ce « détail », jusqu’à présent. Oublié, ou préféré ne pas y penser. En même temps, je ne réalise pas vraiment. Ce n’est pas comme s’il s’était passé quoi que ce soit à l’instant où j’avais pris sa vie. Je sais que j’ai fait quelque chose de répréhensible d’après la loi de ce pays et surtout d’après la morale de la plupart des hommes, mais je ne le ressens pas comme tel. Quand j’y avais pensé en amont, j’étais toujours revenu au même raisonnement que juste après avoir entendu cette demande : il savait ce qu’il risquait.

- C’est pas ma première fois, je te rappelle. J’ai poussé par-dessus bord un gars avec lequel j’étais censé bosser tous les jours, et qui avait un fils. Lui, je n’avais jamais entendu parler de lui avant et j’aurais eu aucune raison de le croiser plus tard, je ne remarquerai même pas son absence. Et il n’a pas de gosse – ou s’il en a, je ne veux pas le savoir.

Je pivote d’un quart de tour pour me tourner face à lui quand l’anneau incandescent de la cigarette atteint mes doigts. Retenant une exclamation de surprise mêlée de douleur, je repousse un peu le mégot du pouce tout en cherchant un cendrier du regard. N’en voyant pas à portée de main, j’imite Logan : je me dis que le trottoir fera bien affaire.

- C’est le bruit, ajouté-je une fois ma main de retour dans ma poche. C’est surtout de ça que je me souviendrai, je pense. Quand je m’entraîne, entre les autres tireurs et le casque anti-bruit, je distingue à peine quelles détonations sont les miennes. Là, dans la ruelle, elles résonnaient, elles étaient assourdissantes.

Je m’interromps une seconde, le temps de me remémorer ces bruits, ces trois explosions qui ont marqué, comme des gongs, la fin de ce type. Baissant les yeux, je remarque que toutes mes cendres sont tombées à mes pieds. S’il m’avait pas posé cette question, aussi… Ça m’avait donné une trop bonne excuse pour oublier cette foutue clope.

- Mais comme je disais, c’est pas comme si ça allait changer quoi que ce soit dans ma vie.

C’est pas tout à fait vrai. Ça pourrait être le début d’un changement de trajectoire, et c’est bien ce que j’espère. Je refuse simplement de me faire du mauvais sang pour un yakuza lambda. C’est ce qu’on m’a appris à l’armée, après tout : pas de pitié pour les ennemis. Et ce gars était un ennemi. Dans une guerre particulière, mais une guerre tout de même. Logan n’est cependant pas censé savoir que j’ai été ainsi entraîné et après m’avoir vu m’apitoyer sur ce gamin que j’ai rendu orphelin, il s’attendait sans doute à un peu plus de lamentations.

- Et ça fait quoi, de créer un monstre ? De dévier les honnêtes gens du droit chemin ?

La brûlure à mon index et mon majeur commence à me chatouiller, mine de rien. J’espère que sa réponse sera intéressante, histoire de me distraire un peu.
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Lun 26 Mar 2018 - 2:01
J'écoute tranquillement sa réponse, nullement surpris par ce qu'il me dévoile. Je me rappelle en effet lui avoir demandé s'il avait déjà ôté la vie ; nous étions dans ce bar et le cadavre de Yoann m'avait perturbé plus que de raison. J'ai été effrayé par la manière dont j'avais extirpé le smartphone de ma poche, pour composer le numéro de Rachel, ce jour-là. Horrifié par mon propre détachement, par la propre indifférence que j'avais ressentie à l'égard de ce type que j'appréciais pourtant. J'avais espéré me rassurer avec les propos de Steve, mais il n'a fait que répandre sa culpabilité déplacée. Là encore, peut-être que je cherche simplement à me rassurer : est-ce normal d'avoir éprouvé un tel plaisir en pulvérisant la tête de cet enfoiré ? Je fronce un peu les sourcils, plongé dans mes introspections. Non, Steve ne peut pas comprendre, il ne peut pas se mettre ne serait-ce qu'une seconde à ma place, tout comme je ne me suis jamais mis à la place de mes employeurs. Évidemment, que ça ne lui a rien fait, tout comme presser la détente avec un inconnu au bout d'un canon ne me fait strictement rien, n'engendre aucune émotion. Mais ce soir c'est différent, car ce soir et pour la première fois, j'ai tué pour moi.

Il me parle du vacarme provoqué par les détonations, un brouhaha indescriptible que je connais bien mais qui, ce soir, n'a même pas effleuré ma cognition. Mes pensées déferlantes ont fait bien plus de bruit que ce trépas sonore et encore maintenant, je peux sentir mon estomac se tordre sous le joug de mon soulagement ou de mon inquiétude démesurée. Je ne sais même plus quoi ressentir ; un rien parvient à me distraire. Le bruit du velcro lorsque j'y ai extirpé mon arme, le frappement cadencé de mes bottes contre le sol, les battements de mon coeur, tonitruants, le son mat de son corps chutant par terre. Le sang, l'air humide, la sensation de légèreté accompagnant le visage de Steve au seuil de ma porte et puis maintenant, la nausée engendrée par la cigarette.

Et ça fait quoi, de créer un monstre ? De dévier les honnêtes gens du droit chemin ? 

J'éclate de rire, amusé par le vocabulaire employé, et viens refermer la fenêtre après cette rapide pause clope. Je n'arrive pas à savoir si cette hilarité était spontanée ou non. Je ne suis plus sûr de mes propres réactions, mes propres émotions. Alors je tais le rire et me contente d'un sourire discret, croisant les bras sur mon torse, à-demi adossé contre la fenêtre close.

Quel droit chemin ? Celui qu'on t'impose ou celui que tu te fraies ?

J'aborde le sujet avec légèreté, la nonchalance dans ma voix. Je ne pense pas avancer dans un "mauvais chemin", je fais simplement ce que les autres n'ont pas les couilles de faire. Il y a des gens qui chassent ; moi, je chasse les gens - et alors ? Ce détachement fait peut-être de moi un monstre, mais je me fiche bien de ce que je suis. Oui, mes propres actes m'effraient parfois. Ces colères noires, ces pertes de contrôle, ces moments troubles où ma raison se retrouve engloutie par la haine, oui tout ça me fout la trouille. Mais ça, je ne peux pas le refréner. Je fais avec et tant pis, je trimbale ma haine comme un boulet à mes chevilles et me dis simplement que ça fait partie de moi, que c'est inaliénable. En revanche, je ne mêle pas autrui à mes conneries.
Cette fois seulement, j'avais juste besoin d'aide.

T'étais déjà un monstre. C'est pour ça que j'ai...

L'image de Yumi vient de me heurter en pleine face, et fait instantanément vaciller mon souffle. Ma phrase reste en suspend et je la laisse mourir sous mes doutes. Yumi faisait partie des "honnêtes gens", ce n'était pas un monstre et elle a tué à cause de moi. Pourquoi est-ce que j'ai occulté une chose pareille ? J'essaye de me souvenir : d'abord du flingue qu'elle tenait dans ses mains trop fines, puis de l'homme à terre mais il n'y a que l'image de ses yeux larmoyants qui s'impose à moi.

Je passe une main sur ma figure, fatigué de toutes ces émotions, de toutes ces sensations et souvenirs jusque-là ensevelis sous une épaisse couche de déni.
Je prends une inspiration et soupire.

Ça fait quoi ? Et bien ça fait chier, mais j'avais besoin d'aide. Je voulais pas vous mêler à mes emmerdes. Même si t'es payé, ça me fait chier, voilà tout.

Je pince les lèvres, agacé par cette fébrilité venue repointer le bout de son nez. Yumi, Aaron, Alice, trop de gens se sont retrouvés empêtrés dans la même merde que moi, à cause de ma foutue négligence. Je me rends compte que je fais de la merde sans discontinuer depuis une putain d'année, je prends conscience de ça bien après la mort de Yoann, le massacre de Matt, la cicatrice immonde sur mon bras. Je réalise que j'ai piétiné le quotidien des autres le jour où toute cette mascarade se termine enfin.

Dépité, je décolle mon dos de la fenêtre, décroise les bras et fais quelques pas vers le canapé, sans oser m'y asseoir. Je sais plus trop quoi foutre de mes mains, de mon corps, incapable de le situer correctement dans l'espace.

Mais je réitérerai pas ma connerie. Je vais te donner ton fric puis ça sera terminé. T'auras plus qu'à oublier tout ce ramassis d'emmerdes.
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Dim 1 Avr 2018 - 21:51
Je ne comptais pas un éclat de rire comme une réaction intéressante, mais ça peut être un début, si ça le détend. Faisons retomber la tension, ça ne peut être que bénéfique pour nous deux. Sur la même longueur d’onde que moi ou simplement parce qu’il a froid, Logan ferme la fenêtre, nous isolant des grognements extérieurs. Mais le rire s’arrête juste après, et les bras croisés n’invitent pas à l’ouverture. Pas plus que sa question rhétorique, une philosophie de comptoir dans laquelle je n’ai pas envie de m’engouffrer. Si je voulais discuter de banalités, j’aurais directement parlé de la météo, de l’ambiance du quartier ou de la déco du salon.

Heureusement, après un instant d’hésitation, il reprend la parole, plus sérieusement cette fois. Cette qualification de « monstre » me fait sourire. Venant de n’importe qui d’autre, je me serais fendu de mon meilleur jeu d’acteur pour me défendre d’une telle accusation ; j’aurais invoqué la jalousie de ceux qui ne réussissent pas à m’égaler. Devant une femme, je serai allé jusqu’à prétendre que cette cruauté me touchait profondément, blessait le cœur sensible qui se cache sous cette armure créée de toutes pièces. Mais face à Logan, je n’ai pas envie de faire ainsi semblant. Nous savons tous les deux que dans un certain monde, être un monstre est une condition pour rester en vie. Ce n’est peut-être pas réellement une qualité mais je prends ce qualificatif comme un compliment. Me dire que la société me voit comme un monstre, c’est reconnaître que je ne peux lui être intégré ; que je suis différent de ces inoffensifs moutons. Que je partage cette différence avec lui.

Je suis déçu qu’il s’interrompe en si bon chemin, surtout si brusquement. On dirait qu’il s’est soudain souvenu de quelque chose, et de quelque chose de pas bien folichon. Qu’est-ce qui peut bien lui venir en tête comme ça, aussi subitement ? Étonné, presque méfiant, je le regarde se passer la main sur le visage. Sa volte-face me fait froncer les sourcils. Sa sincérité me paraît presque trop parfaite pour être vraie. Mais la moue par laquelle il la souligne, comme s’il la regrettait déjà, me donne tort. Son soupir sonne presque comme un « shit » désabusé. Son regard me fuit, et voilà qu’il s’éloigne de moi.

- J’oublie si je veux, rétorqué-je avec une sécheresse sensée compenser un certain manque d’assurance. Et je vois pas pourquoi j’oublierais.

Je le contourne pour venir me placer face à lui. Je le sens déstabilisé mais je ne comprends pas trop pourquoi. Je le fixe, les sourcils toujours froncés, essayant de comprendre ce qui lui passe par la tête. Il peut pas regretter de m’avoir entraîné là-dedans, pas sous le prétexte que ça a fait de moi un monstre, que ça m’aurait fait perdre une sorte d’innocence ou que ça m’aurait exclu de la société. Ou alors, c’est qu’il m’a vu plus innocent que je ne le suis – et je ne vois pas d’où lui serait venue une idée pareille.

- Quelle connerie ? T’as peur de m’avoir traumatisé avec tes « emmerdes » ? demandé-je d’une voix toujours aussi dubitative. C’est vrai que ce que tu m’as raconté, c’est pas rien, mais je peux encaisser. Si je voulais pas entendre parler de torture et de tentatives de meurtre, je me serais pas engagé dans la police, et encore moins chez les Marines.

Je réalise vaguement que je viens de laisser filtrer une nouvelle information sur moi, ce que je m’étais promis de ne surtout plus faire depuis mes épanchements dans le bar, mais j’écarte cette idée : ce n’est presque rien. J’ai été soldat, la belle affaire ! C’est plutôt la raison pour laquelle, quelle que soit son importance, une telle confidence m’a échappée qui devrait me poser question mais on verra ça plus tard.

Je réfléchis encore un instant quand il me vient une idée. Ça fait plusieurs fois qu’il me parle d’argent. Normalement, ça devrait plutôt être à moi de réclamer plutôt qu’à lui d’insister pour me le donner vite. Il veut peut-être juste me pousser dehors, et j’hésite donc à me laisser tomber dans le canapé pour faire mine de m’installer pour un moment. Mais il peut aussi y avoir un message plus profond. Après tout, il a associé l’argent à l’idée que j’oublie tout ça. Aussi, je préfère rester debout devant lui, à une distance qui préserve son espace vital mais peut permettre les confidences.

- Et si je te dis que finalement, je ne veux pas que tu me paies ? Que ça me foutrait mal d’accepter ton argent ? dis-je d’un ton enfin calme et doux.

C’est complètement faux, bien sûr. Je l’ai dit, je suis au clair avec ma conscience. Je n’aurai aucun scrupule à acheter et utiliser un bel appareil de muscu  dernier cri avec ma paie. Après tout, je l’ai durement gagnée, à défaut de légalement. Et Logan ne m’a pas l’air d’un indigent, non plus. Au pire, il pouvait prendre le temps d'économiser avant de me proposer une opération pareille. Simplement, s’il pousse dans un sens, ça me donne envie de pousser dans l'autre. Juste pour voir.
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Jeu 5 Avr 2018 - 23:26
Je n'ai jamais voulu mêler qui que ce soit au tumulte de mon quotidien. Mes problèmes, je les garde pour moi : je ne m'épanche pas, tout simplement parce que ça ne les regarde pas. Je ne délivre rien parce que ce sont mes choix. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. La gérante m'a toujours dit de ne pas me taire, parce que c'est comme ça qu'on finissait par s'emmurer dans le déni de soi, qu'on subissait le déni des autres. Elle croyait aux promesses, c'te vieille peau, c'était sa manière de me tirer hors de l'eau et de me dire, entre deux volutes de fumée exhalant l'air, qu'à défaut de croire en mes géniteurs, je pouvais croire aux autres. Elle était bien gentille la vieille peau, mais si elle avait fermé sa gueule, peut-être que je serais pas devenu si flippé des gens. Les confidences engendrent les promesses de ceux qui les accueillent. Les paroles, les mots, les phrases qu'on sème sans les écouter ; je m'en suis nourris jusqu'à ce que je me sente gavé, que je finisse par les rendre, avec ma confiance, mon quatre-heure et mes tripes. On ne m'y reprendra plus. Je pourrais exorciser mes peines en allant cracher sur ceux qui m'ont fait de fausses promesses mais, je n'irai pas les voir, je n'irai pas me fâcher. Les pierres tombales et les portes closes ne sont pas faites pour ça. Quand la mort ou l'oublie vous porte, vous n'avez plus qu'un choix : celui de vous taire. Ne rien dire.

Et je me sens bouillonnant, impatient et préoccupé, je me sens paumé et irrémédiablement désœuvré parce que Steve est là, dans cet appartement, dans ce district pathétique, dans mon quotidien jalonné d'incertitudes. Je voudrais le pousser hors d'Inazami, je voudrais qu'il parte comme Yumi l'a fait mais ne peux pas m'y résoudre après qu'il ait tué ce type. Je réprime un juron, et tente de me recomposer une mine impassible. Pourquoi j'en fais tout un drame, d'un coup ? Je n'ai jamais eu de problème avec ma conscience jusqu'à maintenant, il suffirait juste de balayer le souvenir de Yumi et je pourrais retrouver ma contenance déchue. Une inspiration, une expiration. Je me fous qu'il y ait une tornade de force 5 dans ma tête, tout comme je me fous des introspections rebelles voltigeant comme des folles, non : le plus important est de conserver mon flegme coutumier.

En quête de réponses – ce qui me fait chier, je t'avouerai –, Steve revient se planter face à moi. Une initiative qui me déplaît fortement puisqu'elle annihile aussitôt ma piètre tentative de repli. Je n'aime pas sa manière de me fixer. Je n'aime pas l'incrédulité bariolant sa voix. Et je n'aime pas non plus ses questions, parce que je ne détiens aucune des réponses qu'il me réclame, là. J'évite son regard, fronce les sourcils et hausse soudain le ton, tonnant un ordre qui prend des airs de supplique.

Arrête avec tes questions ! Je ne sais pas, d'accord ? Je ne sais pas.

Il faut qu'il se taise. Au moins cinq minutes. Le temps de rassembler mes idées éparpillées, de les trier, de prendre le temps d'y penser. Mais chaque battement de cils est accompagné par l'image déchirante de Yumi et ses sanglots, imprimée contre mes paupières. Je me sens mal, aujourd'hui. Presque coupable d'être serein au détriment des autres.
Depuis quand est-ce que je me soucie de cet autrui dérisoire à ma piteuse existence, bordel ? Pourquoi ce souvenir me revient-il en pleine gueule plus d'un an après ?

Troublé, je finis par soupirer – une énième fois. J'en oublie presque ce qu'il m'a dévoilé : son engagement dans les marines, qui justifierait ainsi son imperméabilité à toutes ces horreurs. Soit. Ça ne va pas du tout. Une centaine d'autres questions émergent dans mon esprit, alors même que je désirais les faire taire, les oublier sous le poids de mon indifférence. Une avalanche de questionnements qui prend de l'ampleur quand Steve me sort inopinément, dans le plus grand des calmes, ce que ça ferait s'il ne voulait pas être payé.

Mon sourcil s'élève dans une surprise franche et silencieuse, dans une attente tout aussi posée que patiente. Je l'observe, la méfiance venue ternir mon regard, le défiant presque de répéter cette ineptie.

Qu'est-ce que tu essayes de faire, là ?

Ma question est lente, dénuée de ton précis, mais les syllabes sont suffisamment pointillées, pesées, pour qu'on devine une intention. Je ne comprends pas et ne veux pas comprendre. Peu importe ses états-d'âme, je lui ferais bouffer chaque billet jusqu'au dernier, avec une lenteur effroyable. Ça le foutrait mal d'accepter... Il se fout de ma gueule ou quoi ? Où est sa motivation, si elle n'est pas matérielle ? Pauvre idiot qui essaye de m'embrouiller, alors que j'ai déjà trop de choses auxquelles penser ! Prends ton fric et barres-toi, putain !

Je conclus, plus incisif cette fois, ma voix tranchant l'air ambiant.

Je m'en fous, c'est pas mon problème.

Je reste planté devant lui, même si j'ai de nouveau envie de reculer, de le contourner, de faire mine de regarder par la fenêtre, d'user de n'importe quel stratagème pour m'éloigner. Mais je m'efforce de ne pas bouger ; il est hors de question que je donne l'impression de vouloir fuir la conversation. Certes... Bon ok, je veux la fuir, mais je ne peux pas le fuir. Différence. Il ne pourrait pas avoir l'air préoccupé, lui aussi ? Ça me rassurerait de voir que je ne suis pas le seul à être ravagé par un raz-de-marée en ce moment même.

J'ouvre la bouche, un air concentré tirant chacun de mes traits, désireux de trier convenablement mes pensées avant de tenter la moindre explication bancale mais, quand je m'entends prendre la parole, je sais d'avance que je vais tout foirer.

Je croyais que c'était clair. Je veux dire... C'était la seule contrepartie que je te proposais en échange de ce meurtre. Tuer n'est pas un acte anodin, tu ne peux pas vouloir ôter la vie sans raison. Sans toi je serais mort à l'heure qu'il est. Si tu n'acceptes pas cet argent, j'aurais toujours l'impression de te devoir quelque chose.

Je penche la tête, dubitatif à l'égard de ma propre tirade, incapable d'estimer si j'ai bien formulé mes pensées ou non.
À défaut de le savoir, j'espère au moins que Steve a compris ce que j'ai voulu dire.
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Mer 11 Avr 2018 - 23:15
Normalement, je ne suis pas du genre à poser des questions. Je hais reconnaître que je ne sais pas. Plutôt que de passer pour un con, garde ta poker face et réfléchis. La plupart du temps, les réponses sont à portée de main. Et si vraiment, vraiment tu ne sais pas, tu fais comme si. Moi, quand je fais mine de poser des questions, c’en est rarement des vraies. C’est comme les politiques, pour impliquer mon auditoire. Enfin, sauf aujourd’hui. Pour une fois, j’aurais vraiment aimé qu’il me réponde et m’explique, plutôt que de se la jouer énigmatique. Mais c’était sans doute trop espérer, et je le savais, sinon je lui aurais laissé le temps de répondre plutôt que d’embrayer sur tout à fait autre chose. Encore que, miracle !, il n’a pas botté en touche : il a reconnu « ne pas savoir » ! À son ton, cette réponse est surtout dû à la lassitude, peut-être qu’en le travaillant un peu plus j’aurai pu lui soutirer quelque chose de plus substantiel, mais d’un autre côté, ce n’est pas désagréable de l’entendre troublé par son propre aveu d’ignorance.

J’aime encore plus le voir troublé par mon hypothèse. Je regarde son expression changer, la méfiance et l’incompréhension se disputer la première place pour finalement jaillir ensemble en une question trahissant tout son embarras. Pourtant, je le sens toujours un peu en retrait, je ne suis pas sûr qu’il veuille vraiment que je réponde. Alors j’attends.

En temps normal, contempler toutes ses hésitations m’aurait rempli d’une grande satisfaction, d’un sentiment de pouvoir. C’est ce que j’aurais envie de ressentir, maintenant ; l’ultime preuve que mes tripes ne m’ont pas trompé : ce soir est mon soir. Pourtant, je ne ressens pas la jubilation attendue et aucun rire victorieux ne me monte à la gorge. Et le plus étonnant peut-être : cette absence de réaction ne me dérange pas. Je regarde Logan se débattre avec ses pensées et je le trouverais presque touchant. Peut-être est-ce ce sentiment de toute-puissance qui me permet de m’affranchir du côté théâtre que j’adopte trop souvent, consciemment ou non. Et en laissant tomber mon armure, je suis plus sensible aux ondes qu’il envoie. Je perçois ses efforts pour retrouver une contenance, à coup d’agressivité, d’indifférence épineuse, de réflexion intense, tout ça pour finalement se perdre dans l’un des plus longs discours que j’aie entendu venant de lui.  J’écoute sa tirade avec attention et sérieux, sans me questionner sur sa sincérité, sans y voir des failles à exploiter ou à moquer. Surtout qu’il y a cette phrase :

- Sans toi, je serais mort à l’heure qu’il est.

Tu parles d’une réplique de film ! Mais cliché ou non, elle recèle des idées d’héroïsme, de soulagement, de reconnaissance – surtout de reconnaissance ! Je ressens une irrésistible envie de croire qu’il veut vraiment me transmettre tout ça. Cette phrase bête me fait fondre. Ce n’est peut-être pas « mon » soir mais « notre » soir, tout compte fait. Nous avons joué les gros durs en butant des yakuzas, je lui ai démontré qu’il pouvait avoir une certaine confiance en moi, alors nous pouvons bien nous laisser aller aux confidences. Je ne sais pas si c’est habituel ou si un bon Dieu quelconque a arrangé ça pour nous, mais maintenant que les yakuzas-samouraïs sont allés se défier ailleurs, nous sommes noyés dans un silence quasi parfait. Presque seuls au monde.

- Bien sûr que j’avais des raisons d’accepter, réponds-je avec douceur, soucieux de ne pas faire exploser l’instant. Et l’argent était l’une d’elle. Mais il y en avait d’autres, plus… personnelles. Et ces raisons-là ont fini par l’emporter, si bien que ça me paraît pas honnête de me faire payer. Ça serait profiter de toi.

Et moi qui venait de me dire que le moment était rêvé pour être sincère… En fait, au départ, je comptais sortir cette histoire pour persévérer dans ma mascarade mais en la débitant, je réussirais presque à me convaincre moi-même. Presque. Parce que cette presse de muscu que j’ai repérée la semaine dernière me tente bien, quand même… Aussi dérisoire qu’elle puisse paraître en cet instant.

- De toute façon, tu me devras toujours quelque chose, enchaîné-je pour écarter le problème. Ok, je t’ai pas attendu pour dévier du droit chemin, quel qu’il soit, mais je me contentais d’apprendre la vie et la politesse à des petites frappes. Toi, même si tu me paies, tu resteras le gars qui m’a fait buter un yakuza. Tu m’as fait changer de niveau, Logan.

J’ai prononcé ce nom très naturellement mais l’entendre me surprend. Je ne suis pas sûr de l’avoir déjà dit à voix haute. Comme pour en goûter la sonorité, je le répète dans un souffle, le laisse fondre sur ma langue. Sa saveur m’ouvre l’appétit et je déguste avec le même plaisir la phrase que je susurre ensuite :

- De là à dire que tu es un peu responsable de moi… En tout cas, payé ou pas, on ne peut pas vraiment faire comme si on ne se connaissait pas. Et comme je ne suis pas un professionnel du meurtre, tu ne peux pas être juste mon employeur.

Pour une fois, si j’ai apprécié mettre le doigt sur ce lien entre nous, ce n’est pas pour m’amuser à le faire rager mais bien parce que cette idée me plaît. D’où l’absence totale, et inhabituelle, de cynisme dans ma voix. Mes airs théâtraux ne sont pas revenus non plus : pas de sourire forcé, pas la moindre grimace. C’est reposant, en fait. Mais ça ne résout rien. Je parcoure du regard le visage de Logan puis plonge mes yeux ambrés dans les siens, trop bleus. Désinhibé ou mis en confiance par l’apaisement qui me baigne de plus en plus, j’ose la question qui me taraude depuis bien longtemps :

- On est quoi, en fait, l’un pour l’autre ?

C'est niais, comme formulation. Mais après être passé par à peu près tous les stades, depuis les pires ennemis jusqu'aux quasi-amis, il est peut-être temps de mettre les choses à plat.
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Dim 15 Avr 2018 - 23:40
Pas d'éclats de voix, de claquements secs de syllabes agacées roulant séditieusement contre son palais, mais plutôt une intonation douce qui les accompagne et me questionne. Dubitative est l'expression qui s'ensuit et je cligne des yeux, ancrant farouchement mon regard bleu dans le sien, comme pour percer le carcan de ses pensées, désireux de les décortiquer, de distinguer les faux-semblants coutumiers d'une sincérité sobrement dévoilée. D'autres raisons ? Je ne doute pas que ma proposition ait pu le motiver à aller farfouiller dans les affaires du crime organisé et d'y pénétrer par la grande porte, une aubaine pour lui ; mais je me fous de ses motivations et ai toujours voulu me placer en tant qu'employeur, et non pas complice. Le rémunérer était un bon moyen d'instaurer cette barrière professionnelle malgré ma démarche très personnelle mais il s'en fiche et, avec toute l'indolence du monde, vient démolir les deux piliers moches et branlants qui soutenaient jusque-là, mon petit ego de délinquant. Je lui devrais toujours quelque chose. C'est un fait que je rejette indubitablement, que je vais m'appliquer à nier et à omettre en espérant, à terme, gommer ce sentiment de mon indifférence. Parce que là, oui. Je suis foutrement content d'être en vie, après tout ce qui m'est tombé sur le coin de la gueule. Je suis simplement reconnaissant.

Je ne peux empêcher ce haussement de sourcils circonspect lorsque j'entends mon prénom, surpris d'en capturer les sonorités. Ça fait un bout de temps qu'on ne m'a pas appelé comme ça : les gens préfèrent "Dan", ou "connard", voire même "fils de pute" s'ils sont d'excellente humeur. Lukas m'appelle "hé toi", et Anthony "Gringo". Alors forcément, ça fait bizarre. Ça accapare davantage mon attention mais, paradoxalement, me confère l'impression qu'il ne s'adresse pas à moi. Logan. Je n'ai jamais aimé ce prénom.

Je l'écoute en silence, remarque l'anéantissement du brouhaha au-dehors et hausse les épaules à la fin de sa tirade, comme un enfant refusant d'admettre la vérité et sa fatalité. Je ne peux pas seulement être son employeur. Et bien je vais faire comme si, parce que je ne veux pas qu'un sentiment de gratitude stupide définisse mon attitude envers lui, et je ne veux pas me demander tout de suite ce qu'il est et ce qu'il représente dans ma piteuse existence. Employeur, ça sonne bien. Je m'étais promis de lui faire bouffer ses billets de banque, après tout.

On est quoi, en fait, l’un pour l’autre ?

J'en ricanerais presque. Bon ok j'ai ricané. C'était nerveux. J'aime sa manière de me poser la question, comme s'il s'attendait à ce que je sache, que j'appose un mot sur ce bordel sans nom qu'ont été nos rencontres. Je ne suis déjà pas foutu d'avoir de l'éloquence, ni de trier mes pensées correctement, ni même d'estimer ce que moi, je suis, vis-à-vis des autres... Alors définir un nous hypothétique, ça me paraît encore plus nébuleux. Soit. Je n'en sais rien. Alors je ne dis rien, et le considère vaguement, ma contenance pleine de voracité. Qu'est-ce qu'on est ? Et bien qui est-il, déjà ? À part ce type que je caractérisais uniquement par son métier, à part ce "Steve" craché spontanément, au mépris réciproque, à ce "Monsieur Parfait" qui m'horripilait ?

Je n'ai jamais voulu me poser la question. On ne se connaît pas vraiment.

Je me souviens surtout de la colère noire, de mes mains contre son cou, à cet instant où j'ai voulu l'anéantir. De ses poings fracassant mon épiderme, mon sweat imbibé de crasse et les hématomes immondes qui ont parsemé mon faciès pendant des semaines. Et maintenant ? Là tout de suite, une envie de mordre quelque part dans les lèvres d'Aaron, mes incisives froissant le derme poreux de celles-ci, une envie d'étirer la chair, désireux de voir jusqu'où elle pourrait s'étendre. Une envie de jouer un peu, appréciant, dépréciant, frémissant sous le contact, mon esprit cogitant enfin dans le vide et ses lèvres qui deviendraient un récipient pour mes soupirs. Mais ça... je vais plutôt le garder pour moi.

On devrait peut-être faire comme les gens normaux, non ?

Ma voix tremblote sur le bout de ma langue, vibre, pâteuse, derrière mes dents, hésitant comme une minette trop timide mais je déglutis et poursuis, espérant faire crouler mes syllabes sous le poids de ma désinvolture.

Les gens normaux passent du temps ensemble et apprennent à se connaître. Je ne sais même pas qui tu es, alors comment puis-je savoir ce que tu es, franchement ?

Je suis vraiment en train de lui proposer de se voir, genre, merde, réellement ? Bastian doit déteindre sur moi ; à trop vouloir que je m'ouvre aux gens, je commence à le faire avec des personnes louches. Mais cette fois, j'admets. J'admets que ce sont les gens louches qui m'intéressent, et je prends le risque de me tromper. Peut-être que ça va foirer, qu'on va encore finir par se taper dessus, mais au moins, je serais fixé.
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Sam 21 Avr 2018 - 0:59
Il n’y a pas que ma dernière question qui est niaise, si on y réfléchit. Ce genre de confidences, ces discours sur l’honnêteté et sur le fait de ne pas vouloir profiter de l’autre, c’est pas franchement viril. Plutôt le genre de truc que sortirait une fille pour amadouer un mec. Je veux l’amadouer ? Ouais, peut-être. J’ai moi-même été amadoué, après tout. Adouci, en tout cas. Par son histoire de lui avoir sauvé la vie, par mon autosatisfaction, sans doute aussi par le contrecoup de l’adrénaline qui a fusé dans mes veines toute la soirée. Et puis, autant essayer de diriger ses humeurs a pu être excitant, à un moment où je m’en croyais encore capable, autant ce soir, le défi ne me paraît pas en valoir la chandelle. J’ai envie de lâcher du lest. Pas de le laisser tomber, surtout pas ! Simplement de le regarder de loin, et d’essayer de le comprendre en le voyant évoluer librement. Un peu comme une bête sauvage, en fait… On la laisse s’habituer à notre présence jusqu’à l’aborder selon ses propres codes.

Son ricanement, face à ma question, pourrait être de la vraie moquerie. Il en aurait le droit. Je suis le premier à reconnaître la bizarrerie qu’il y a à s’interroger là-dessus. À s’interroger à haute voix, en tout cas. Si on pouvait résumer notre relation à un ou deux mots, j’aurais pu les trouver tout seul, et si c’est plus compliqué que ça, je m’attends vraiment à ce qu’il me déballe ses sentiments comme ça ? Peut-être que c’est ce que j’aimerais, en fait, mais de là à parler d’espoir…

- Je n'ai jamais voulu me poser la question.

« Jamais voulu. » Je désire déceler dans cet aveu une trace de peur. Si on refuse de regarder une vérité en face, c’est qu’on craint ce qu’on pourrait voir en elle, ce qu’elle nous apprend sur nous-même ou ses conséquences. Après tout, c’est ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Il faut que je sois dans son salon, presque détendu, après m’être impliqué dans ses affaires personnelles, pour me rendre compte que nous ne pouvons plus être définis comme des ennemis, plus depuis qu’il a frappé ma porte. Ou même avant, puisqu’il a eu l’idée de venir me trouver. Est-ce qu’on l’a jamais été, d’abord ? Ouais, je suis flic, il bosse avec les yakuzas, mais tout ça, ce sont des rôles. On peut avoir tendance à s’y accrocher, par facilité, mais on a aussi le choix d’en sortir. Et en cet instant, mon uniforme git quelque part dans les orties, ou dans le port de Kobe.

C’est à mon tour de rire sous cape, à sa mention des gens « normaux ». C’est pas lui qui m’a rétorqué qu’il n’avait pas envie de se prétendre normal, quand j’ai parlé de ça dans le bar ? Mais je ne me moque que de l’ironie de sa répartie, pas du fond. Parce que pour une fois, comme lui on dirait, faire semblant et croire pour un moment que nous sommes normaux me ferait du bien. C’est le plus simple, finalement. Le poids qui pesait encore un peu sur mes épaules finit de disparaître. Le lâcher-prise se confirme. Mon corps se détend et je sors de l’immobilité presque parfaite qui m’a saisi ces dernières minutes. Les mains dans les poches et le regard rivé sur mes pieds, je pivote sur moi-même et m’avance à grands pas nonchalants jusqu’au mur. Je m’y appuie, face à Logan.

Je prends une minute pour le regarder de bas en haut. Je finis de m’attendrir. Je prends conscience du gouffre entre la némésis que je m’étais imaginée et ce gars aux épaules courbées et au regard fuyant, mais je ne le regrette pas. Est-ce que j’ai vraiment envie d’un nouvel adversaire ? même d’un exceptionnel ? J’en ai assez, des gars face à qui je dois montrer les muscles, même si je peux rarement passer directement mes nerfs sur eux. À Logan, j’ai montré ma violence et mon absence de morale, et il parle d’apprendre à me connaître ? C’est soit un saint, soit un sacré maso – je pencherais pour la deuxième option. Mais peu importent ses raisons. Si j’ai enfin trouvé quelqu’un auprès de qui je n’ai besoin ni de rouler des mécaniques, ni de faire taire mes instincts, je ne peux pas le laisser passer.

- C’est courageux de ta part, de vouloir connaître un type comme moi, réponds-je avec un vague sourire. Qui sait sur quoi tu vas tomber, après l’aperçu que j’ai pu te donner.

Ce n’est pas du tout une menace. Juste une mise en garde cynique. Je ne vois pas ce qu’il pourrait trouver de pire que ce qu’il a déjà vu.

- Et en même temps, toi…

Ma phrase finit suspendue dans les airs. La tête penchée sur le côté, la bouche entrouverte sur les mots qui ne viennent pas, je m’imagine finir de gratter le vernis, déjà craquelé, sous lequel il se cache. Et plus je le regarde, plus cette métaphore s’accompagne d’images concrètes. Je vois son t-shirt voler en lambeaux, exposant son torse. Cette fois, sa cicatrice ne m’intéresse plus, donc je ne prends même pas la peine de l’intégrer à cette rêverie. Je m’imagine plutôt le mordre et le griffer, le dévorer jusqu’au cœur. Je peux presque sentir la chaleur de sa peau hâlée sous mes lèvres, m’entourer comme un cocon en même temps qu’elle coule le long de ma gorge. Son corps, vidé de son essence, et le mien, attaqué par ce breuvage empoisonné, se désagrègent et se fondent ensemble…

Je cligne des yeux, revenant à la réalité. Me rendant compte de l’air bête que je dois afficher, je relève le regard vers son visage, referme la bouche et essaie de calmer ma respiration, qui s’est accélérée. Mon esprit, troublé, bataille un moment pour retrouver le cours de ses pensées mais je n’arrive pas à me souvenir de ce que je m’apprêtais à dire. Des images s’attardent devant mes yeux et un nouveau doute me vient.

- Toi, j’arrive pas à savoir ce que je trouverai. Ni ce que je voudrais trouver ; ce que je voudrais que tu sois…

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Mar 24 Avr 2018 - 20:58
J'ignore si c'est une bonne idée, toujours est-il que la perspective de le découvrir autrement que par nos joutes verbales me paraît plus concret, plus constructif même, que toutes nos confrontations frivoles. Les affronts me lassent, ce jeu est devenu stupide, désintéressé par ces adversaires se bousculant pour me mettre à terre, écœuré par les heurts et fatigué par les diatribes ternes qui se sont succédées. Peut-être qu'on fonce droit dans le mur, que les monstres ne sont pas faits pour s'attabler autour d'une bière sans vouloir s'arracher la peau avec les éclats de verre, peut-être que je vais le laisser en plan parce que j'aurais la trouille, parce que la solitude demande moins d'efforts. Mais, indubitablement, il est entré en collision avec ma routine forgée dans le sang et le silence ; que je le veuille ou non, il fait partie de ma vie et s'est fait une place entre deux réflexions, entre deux pensées mornes.

Alors je fais taire les doutes et le regarde simplement, gardant le silence, le fixant dans l'attente d'une suite, qu'elle soit un refus ou une approbation. Il fait volte-face et amorce quelques pas vers le mur d'en face, il avance pendant que je reste planté là, sans oser m'asseoir ou retrouver ma mobilité pour m'accouder contre un meuble, feindre d'avoir l'air détendu.  Au lieu de ça, je rive mes yeux sur lui, le dévisageant sans vergogne, de la même manière que lui se permet de le faire à mon égard. C'est d'ailleurs à ce moment que je réalise avoir laissé Yumi de côté, las de devoir me préoccuper de tous ceux qui ont fait irruption dans ma vie, épuisé de pourrir mon esprit par tous ces chemins qui ont un jour croisé le mien. J'ai plus important à penser, là.

Il n'y a de rien courageux à ça. Je ne m'estime pas moins cinglé que toi.

J'ai quand même tenté de le tuer, ne l'oublions pas. Ce n'est pas parce que je désire le connaître que je ne vais pas vouloir le démolir, la raison brûlée par un énième accès de colère. Je me demande qui est le plus courageux de nous deux : le monstre avide ou bien celui qui ne se contrôle pas. La fureur tordant parfois mes tripes, la haine à l'intérieur de moi n'a plus aucune barrière, n'a plus de limites et hurle que le sang coule à effusion. Parce qu'elle s'est soulevée, cette haine, et qu'elle grouille dans ma cervelle, déchirant sous mes tempes, clamant ce besoin d'être libérée... je pourrais si ardemment le déchiqueter.

Il poursuit, bien loin de mes introspections moroses, mais ses mots sont engloutis par les points de suspension. Je suis d'ailleurs absolument heureux qu'une force méconnue soit venue lui fermer sa gueule, parce que parler ne m'intéresse plus, maintenant, et que je préférerai le faire taire sous le poids de mes lèvres. C'est une lubie qui m'anime depuis quelques minutes – ou depuis la première fois où, mes omoplates meurtries frottant le mur de briques, j'avais baissé le regard sur sa bouche. Je ne veux plus parler, je suis fatigué. L'adrénaline est retombée, j'ai l'impression que plus rien ne peut m'atteindre, que les répercussions de mes actes s'effondreraient avant même de m'effleurer. En l’occurrence, je voudrais croire que cette étreinte éphémère puisse être éludée par un simple « j'avais envie ».

Toi, j’arrive pas à savoir ce que je trouverai. Ni ce que je voudrais trouver ; ce que je voudrais que tu sois…

Je soupire, avant de rétorquer, avec toute l'indolence du monde :

On s'en fout. Tu me fatigues.

Moi non plus je ne sais pas, et j'aurais mille raisons de sauter par la fenêtre maintenant – sauf celle qui atteste que mon appart' se situe au 4ème étage, certes –  parce que les contacts humains m'ont toujours fait flipper et que je doute, que j'ai toujours douté, que je passe mon temps à fuir les autres comme je fuis son regard, comme je me détourne sans cesse d'autrui et que je feins d'agir comme si rien ne m'atteignait, alors que ce n'est pas normal, de rester emmuré avec sa solitude. Je pourrais lui dire que j'ai la frousse, le prévenir qu'à la moindre contrariété je risquerai de couper les ponts, de lui claquer la porte au nez. Mais on s'en fout, là tout de suite, je suis en vie et je me fiche de ce qu'Aaron est pour moi, encore moins de ce que je voudrais qu'il soit.

Alors merde, j'avance vers lui, quelque chose m'exhortant à combler la distance pour aller mordre moi-même dans cette lèvre, et mordre à pleines dents cet homme. J'inspire profondément et appuie mon avant-bras contre le mur, laissant la solidité du béton supporter mon corps, mon regard avide plongeant dans celui de mon vis-à-vis, achevant de pulvériser son espace vital.
Des cumulonimbus dans mes yeux, et l'orage sous ma peau, la chaleur de mes nerfs et l'immobilité d'un calme furieux avant la tempête, je viens tirer sur sa chemise pour le contraindre à se pencher – car je ne lui ferai pas le plaisir de me mettre sur la pointe des pieds, faut quand même pas déconner. Je m'entends prononcer un « ne pose pas de questions » d'une voix grave, très grave, à des sonorités qui disparaissent dans le murmure que je viens tuer en déposant mes lèvres contre les siennes.

Je me laisse fondre à ce contact, mordant sa lèvre inférieure avec un désir hargneux, ma main libre quittant le mur pour dégringoler jusqu'à sa nuque tandis que l'autre, empoignant toujours le tissu de sa chemise, l'attire davantage vers moi, dans une possession impérieuse. Mes lèvres caressent chaque parcelle de la peau des siennes, avec une frénésie dévorante, dans un baiser rempli d'ardeur et de passion, dans une étreinte lente et languissante. C'est un feu, une chaleur qui se diffuse de mes doigts, de ma bouche, et des caresses lascives que je lui impose, désireux de casser ses lèvres, de tuer son souffle.

Je mords, encore. Mon soupir brûlant heurte son visage puis je me recule, cherchant ma respiration.
Et ma main, finalement, abandonne le vêtement d'Aaron, le libérant doucement de ma poigne.
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Une (bonne ?) chose de faite [Logan x Aaron]
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