Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday]



 

Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday]
Amai Gakuen  :: Amai Gakuen :: Bâtiment de l'université :: Cour et gymnase
Page 1 sur 1
Lise Dubos-Mesnil
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone110
Nombre de messages : 79
Nombre de messages RP : 39
Date d'inscription : 26/07/2018
Mer 17 Avr 2019 - 19:55
Retour à la normal ?
[Kate x Lise x Loveday]

Début Février
Avoir quelques jours de repos m’était nécessaire. Mais je tourne en rond et cogite énormément. Dormir est du luxe. Si je fais deux heures de sommeil d’affilées c’est bien, mais rare. Et surtout elles sont souvent hantées de cauchemars. Je finis toujours par m’endormir d’épuisement. Et m’épuiser est devenue la seule façon pour moi de fonctionner. Je ne manque pas d’idées pour m’activer à la ferme. La présence de Kate m’a beaucoup aidé aussi à m’occuper l’esprit. Mais je m’en veux tellement de l’avoir entraînée dans ce cauchemar du centre commercial que ça me ronge à chaque instant.

Ce jour restera à jamais gravé dans ma mémoire. J’ai pu rassurer mes parents et les convaincre de ne pas dépenser leur plan d’épargne pour venir me voir. Kate et moi avons aussi appelé tous les jours notre amie Loveday. Seule dans sa chambre, ça ne doit pas être simple pour elle non plus. Elle s’est inquiétée pour nous et je pense que, même si le calvaire enduré n’est pas le même, elle a dû angoisser toute la soirée sans nous savoir en vie. En tout cas, ça aurait été mon cas. Et je ne doute de l’amitié de mes deux amies. D’ailleurs c’est bien une des choses qui me fait tenir debout. Avoir enfin des amies un peu plus proches que mes camarades de classes, et autre que Berthie, mon oie, et Kaiko, cela me fait du bien. Je me sens plus confiante, même cela reste très relatif.

Aujourd’hui nous reprenons les cours. Difficile de refaire le chemin en bus. Mais en même temps un soulagement de retrouver une sorte de normalité. Evidemment mon lundi matin est plein. Juste 10 min entre les cours, peu de temps pour réussir à discuter. Alors nous avons convenu de nous retrouver au petit café que nous aimons bien pour manger ensemble. Il ne propose pas grand choix de plat, mais ça reste bon. Mais surtout on s’y sent bien et c’est relativement plus calme que le réfectoire. J’avoue que les grosses foules m’oppressent. Ce matin dans le couloir du bâtiment universitaire, j’ai eu la tête qui a tourné plusieurs minutes devant le flot d’étudiants gagnant les cours à la sonnerie. Ce sont deux gars de ma classe qui m’ont vu et sont venus me souhaiter un bon retour, qui m’ont sortie de mon angoisse montante. Comprenant mon malaise, ils m’ont accompagné en me parlant. Ça m’a rassurée et calmée. Et tous mes camarades de classe ont vraiment été super sympas, aux petits soins pour moi. Ça fait du bien de se sentir apprécier. Même si la catastrophe y est pour beaucoup, la plupart m’ont semblé sincères. Certains ont perdus de la famille ou des amis là-bas. C’est dur aussi pour eux. Mais le plus dur est qu’ils voulaient un peu trop que je raconte mon vécu, surtout la partie où Kate et moi avons trouvé la maman prête à accoucher dans les décombres du rez-de-chaussée. Beaucoup trouve cela miraculeux et courageux. Miraculeux, peut-être… Pour le reste, je trouve surtout ça insensé de ma part d’avoir entrainé mon ami là-dedans !

Mais midi approche, je commence à ranger mes crayons dans ma trousse. Je n’ai quasi rien noté du cours de toute façon. Ma feuille est emplie de petits gribouillis et graphismes sans prétention. Je somatise, et évite de trop ressasser en me concentrant sur le tracé de formes et coloriages sans véritable sens.

La sonnerie retentie, je range mes affaires aussi vite que l’éclair. Ma voisine m’invite à manger avec les filles de sa bande. Je la remercie et m’excuse en lui expliquant que j’ai hâte de revoir mon amie Loveday, et retrouver Kate aussi. Je me suis habituée à sa présence H24. Ça va me faire drôle si elle décide de réintégrer sa chambre à l’internat. Mais je ne pourrais pas lui reprocher. Et en même temps, Loveday mérite aussi de retrouver sa colocataire à part entière.
Virtuellement je me mets des œillères, évite de voir cette foule qui se presse. Moi-même je suis à la limite de courir à la grille de l’école. Et finalement mes amies n’ont pas été aussi rapide. Je n’ai plus qu’à patienter. Je me cale dans un coin contre un arbre. Je ne devrais pas les louper de cet endroit, et elles peuvent me voir aussi. Posant mon sac à mes pieds, j’attends, impatiente, nerveuse.  

Codage par Libella sur Graphiorum
Voir le profil de l'utilisateur
Loveday Trevithick
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] TCO
Nombre de messages : 35
Nombre de messages RP : 24
Date d'inscription : 29/11/2018
Dim 21 Avr 2019 - 17:49
(I’ll Get By)
With A Little Help From My Friends
Je me suis réveillée en criant.

Du moins, j’en ai eu l’impression. Le hurlement que la « moi » de mon rêve poussait quand j’ai enfin réussi à ouvrir les yeux résonne encore à mes oreilles, et il est si fort qu’il aurait dû réveiller tout le dortoir. Pourtant, rien ne bouge dans les chambres voisines. Je me recouche et m’enroule dans ma couverture, essayant de calmer les frissons qui m’agitent, mais je ne peux plus fermer les paupières.

Devant tes yeux persistent encore les souvenirs de ce cauchemar qui te hantait ces derniers mois, difficilement contenu derrière les barrières protectrices dressées par ton esprit. La jolie petite route de campagne, ce chemin des écoliers qui offrait une transition agréable entre St Erth et Rugby ; l’orage de fin d’été qui a surpris tout le monde et trempé la chaussée ; le camion qui dérape dans un virage glissant ; les coups de volant dans un sens puis dans l’autre, le choc du semi contre l’avant de la voiture, le bruit d’une vitre qui explose, le coup derrière ton oreille gauche qui te sonne un instant, tout cela t’est revenu d’un coup, fracassant la porte que ton inconscient tentait de garder close.

Mais l’image qui persiste, la plus terrible, celle que tu souhaite oublier tout en t’y agrippant, c’est celle du corps de ta mère. Tu n’as pas compris sa position improbable, noyée dans les plis de sa longue robe bleue à fleurs. Tu ne voyais que sa main, sa main blanche qui pendait gracieusement, abandonnée, au bout de son bras immobile, et le sang qui en gouttait, rouge comme ses ongles soigneusement manucurés. Puis la pluie a détrempé la robe et l’a collée à son corps délicat, à sa poitrine qui faisait comme deux petits monts au sommet de son corps ployé en arrière, sa tête et ses épaules pendant hors de la fenêtre de sa portière, et tu as trouvé cela indécent. Le tissu s’imbibait, et tu as commencé à distinguer son ventre et le sommet de ses jambes. Tu avais envie de la supplier de rentrer dans l’habitacle, seule la douleur lancinante à la base de ton crâne t’empêchait d’élever la voix.

Tu n’as pas versé de larmes. Tu ne voyais pas de raison de pleurer. Vous étiez dans la voiture, ta mère et toi, en route pour ton école puisque la rentrée était le lendemain, et… Où était ton sac ? Il était tombé au pied du siège voisin. Tu as voulu te pencher pour l’attraper mais ta ceinture, la seule de toute la voiture qui fonctionnât encore, te gardait plaquée contre le dossier. Tu as voulu demander à ta mère si elle n’avait pas froid, tu n’es pas sûre d’avoir réussi à prononcer cette phrase. Tu as essayé d’ouvrir ta portière mais tu n’y es pas parvenu, et tu t’es dit très naturellement que ce ne devait pas être la direction vers laquelle ce rêve était censé se diriger. Une fois ou deux, tu t’es demandé ce que tu étais censée faire et comment elle pouvait s’en sortir, tes pensées passant de « je » à « elle » sans que jamais cela ne te trouble, mais aucune réponse ne venait. Ta main droite était posée sur la banquette, loin de toi, bien trop loin pour que tu puisses réussir à la faire bouger, le reste de ton corps étant réduit à un volume insignifiant comparé à cette vieille et grande voiture de collection. Et les heures ont passé…

Les minutes, seulement, en réalité. On te l’a dit plusieurs fois, après : il ne s’est pas déroulé plus de quarante minutes entre l’accident et l’arrivée des secours. Le chauffeur du camion a mis un peu de temps à reprendre ses esprits et trouver du réseau mais après cela, les pompiers n’ont pas tardé à vous trouver. Mais tu n’en démords pas : tu as passé des heures,
des heures dans la voiture, dans ce cauchemar, et depuis qu’il a retrouvé le chemin de ta conscience, ces heures se multiplient encore et encore.

Je sais bien que je ne rendormirai pas. C’est ce qui se passe plusieurs nuits par semaine depuis le mois dernier. Depuis le lendemain de l’explosion, en fait, quand ce cauchemar m’est revenu. Je vais me tourner et me retourner dans mon lit, avec le vague espoir que cette nuit sera différente. De toute façon, je n’ai ni la force ni l’envie de faire quoi que ce soit d’autre. Il est presque cinq heures du matin, ça ne me fait pas tant que ça à attendre…

Pour essayer de me changer les idées, je pense à Kate et Lise. C’est aujourd’hui qu’elles reviennent en cours. L’école leur a accordé quelques semaines d’absence, le temps qu’elles se remettent des évènements qu’elles ont traversés. J’aurais aimé être avec elles mais je n’ai pas vécu les mêmes traumatismes donc je n’avais rien dont je doive me remettre. Alors tout ce temps, j’ai traîné ma carcasse en cours, déambulé dans la bibliothèque ou les salles d’étude pour ne pas me retrouver seule tout en évitant les contacts directs, et ai dormi de ces mauvais sommeils. J’espère que leur retour me permettra de me changer les idées et de reprendre pied dans la réalité.

Il n’y a que la sonnerie de mon réveil qui réussit à me décider à me lever. Je le fais sans entrain, de manière automatique. Je vis ma matinée comme j’ai vécu toutes les précédentes, à la différence que cette fois, j’ai cette ligne de mire, ce rendez-vous qui me donne une raison de me réjouir de voir passer les heures. J’esquisse même quelques sourires, lorsque je regarde ma montre et voit se réduire le délai qui me sépare encore de ces retrouvailles. Ils restent timides mais se multiplient, si bien que le dernier, celui née de la sonnerie de midi, persiste même tant que je joue des coudes dans les couloirs puis traverse la cour.

Lise est déjà là. Appuyée contre un arbre, elle m’a vue avant que moi je l’ai repérée. Lorsque j’accroche mon regard au sien, mon sourire s’élargit et mes pas s’accélèrent.

- Salut ! Comment vas-tu ? lui demandé-je une fois arrivée près d’elle, d’un ton  où la joie la dispute au soulagement.

L’absence de Kate me fait tiquer et une vague inquiétude vient me tordre l’estomac, mais je me raisonne vite : elle est en retard, c’est tout.
©️ 2981 12289 0
Voir le profil de l'utilisateur
Caitriona Adam
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone3
Nombre de messages : 71
Nombre de messages RP : 41
Date d'inscription : 12/12/2018
Lun 6 Mai 2019 - 21:38
retour à la normale ?

C’était comme une seconde rentrée pour Kate. C’était tellement dur de se remettre à travailler après n’avoir rien fait du tout pendant un petit moment ! Enfin, rien fait du tout, pas vraiment. Elle avait quand même mis la main à la pâte, à la ferme de Lise, autant par éthique que par besoin de s’occuper les mains pour penser à autre qu’à ça. Mais quoi qu’elle faisait, c’était toujours la même rengaine. Elle se réveillait la nuit dans un sursaut, la peau dégoulinante de sueur et le visage baigné de larmes. La poussière qui volait devant la ferme lui rappelait sans cesse la poussière dans laquelle baignaient les débris du centre commercial. Et elle revoyait, encore et encore, les morts, les blessés. Surtout les morts.
C’était aussi une seconde rentrée dans le sens où elle semblait redécouvrir tout ce qui l’entourait. Le lycée, les gens, l’atmosphère joviale, bien que teintée d’une tristesse globale qui n’échappait à personne. Beaucoup de personnes avaient perdu des proches dans ce terrible accident. Au final, Kate n’était-elle pas une partie tant d’autres ?

Accoudée à sa table, le menton posé sur la paume de sa main, la jeune fille écoutait tant bien que mal le professeur expliquer la différence entre un oxymore et un paradoxe. Elle cligna les yeux, se rendant compte qu’elle ne comprenait rien à ce que déblatérait le gentil bonhomme, une craie à la main. Elle se mordilla la lèvre inférieure. Con-cen-tra-tion.

La cloche finit par sonner et, ô merveilleux son des chaises raclant le sol dans une harmonieuse cacophonie, les élèves sortirent en trombe de la salle de classe, bien trop heureux d’aller manger. A cette pensée, Kate se sentit plus légère. Elle allait manger avec ses deux meilleures amies ! Cette matinée seule l’avait un peu minée, malgré ses camarades de classe prévenants et les quelques amis qu’elle s’était faits depuis le début de l’année. Quelques-uns lui avaient souri faiblement, et elle n’avait réussi qu’à esquisser l’ombre d’un sourire elle aussi. Il lui aura fallu l’entière matinée pour pouvoir reconstruire un sourire convenable et pouvoir tenir une conversation de plus de cinq minutes.

« A toute, Kate ! Sois pas en retard pour la deuxième heure de japonais, je sais que tu adores ça. »

Son amie gloussa en agitant sa main. L’interpellée sourit et lui rendit son salut. Malgré sa nette amélioration en japonais, elle avait encore un peu de mal pour ce qui était d’écrire ou de se pencher sur de la littérature pure et dure. Elle secoua la tête, ne voulant pas penser à ce cauchemar de cours, et finit de ranger ses affaires. Elle jeta un coup d’œil à sa montre et-

« JE SUIS EN RETARD ! »

Le professeur et les quelques élèves encore présents sursautèrent pendant que Kate lâchait un « Au revoir ! » en partant en courant de la salle. Elle n’entendit pas, alors qu’elle sprintait dans le couloir, les élèves se soucier d’elle - « Elle semble pas trop mal aller. Je suis rassurée. ». Sa queue de cheval à moitié défaite laissait échapper ses cheveux courts qui volaient derrière elle, alors qu’elle se la faisait Usain Bolt. En vraiment moins rapide.
En fait, ce n’était pas qu’elle allait mieux. Elle endurait à sa façon les souvenirs, mais n’arrivait pas à échapper à la culpabilité qui la rongeait, chaque jour un peu plus. Pourquoi eux ? Pourquoi pas moi ? Se tournant et se retournant dans son lit, elle se répétait la question, consciemment et inconsciemment, comme une chanson ou une comptine pour enfant. Celle qu’elles avaient chanté, ce jour-là, était maintenant teintée de mauvais souvenirs qu’elle n’arrivait pas à dissiper, malgré la joie immense qu’elle avait pu expérimenter en voyant le bébé et la maman, sains et saufs. Le bel optimisme semblait avoir quelque peu déserté, et avec lui l’esprit toujours positif de Kate. Elle essayait de ne pas inquiéter ses camarades, et ne voulait surtout pas alourdir l’ambiance déjà pesante de tout le campus. Et puis, elle savait que certains avaient perdu des membres de leur famille ou des amis. C’était comme si elle n’avait pas le droit d’être plus mal qu’eux.

Pantelante, elle arriva au point de rendez-vous et, un sourire léger sur le visage, trottina jusqu’à ses amies. Incapable d’articuler le moindre mot, elle dût reprendre son souffle, pliée en deux, les mains sur les genoux.

« S-Salut… Je vous… ai pas trop… fait attendre ? »

Codage par Libella sur Graphiorum
Voir le profil de l'utilisateur
Lise Dubos-Mesnil
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone110
Nombre de messages : 79
Nombre de messages RP : 39
Date d'inscription : 26/07/2018
Sam 18 Mai 2019 - 13:01
Retour à la normal ?
[Kate x Lise x Loveday]

J’angoisse, je sautille, je tourne la tête dans tous les sens. Un tas d’étudiants défile devant moi. Pas de Loveday, pas de Kate. Je soupire et me rappuie contre l’arbre. D’accord il n’est que midi passé de deux minutes. Mais je n’ai plus de patience. Et j’ai besoin de voir des visages amicaux et sincères.

Enfin je vois Loveday se précipiter vers moi. Elle me fixe et sourit. C’est instinctif. Ça me rassure. Je plonge dans son regard et lui rend son sourire.

- Loveday !

Je sais que ce n’est pas toujours facile à chacune d’accepter un câlin, une embrassade. Mais là je ne me filtre pas. J’ai trop besoin de me sentir moins seule. Je saute au cou de Loveday, et pendant que je la serre contre moi, les larmes montent. Je lutte de toutes mes forces pour ne pas pleurer. Et je réussis, même si mon émotion s’entend dans ma voix.

- Ça va mieux, maintenant ! je suis heureuse de te revoir et reprendre les cours.

Lâchant mon amie, je vois Kate arriver vers nous. Elle semble essoufflée, mais pas contrariée. Cette reprise a dû se passer pas trop mal aussi pour elle.

- Non, Kate. Tout va bien ! Tu as couru un marathon, ou quoi ?

J’essaye de me détendre comme je peux. Mon humour peut mal passer, certes, mais Kate doit bien savoir que ce n’est pas méchant. Je suis comme elle. La moindre poussée de stress ou d’adrénaline, augmente mon rythme cardiaque et ma respiration à un niveau bien supérieur à avant l’explosion. Notre corps est comme conditionné.
Je pose une main sur l’épaule de Kate pour la rassurée et lui souris aussi. Pendant notre convalescence, j’ai appris une comptine en français à Kate et Kaiko. Cette chanson mes grands frères adoraient me la chanter. Au début, c’était pour me faire peur. Et finalement c’est devenu une chanson qui m’aidait à calmer mes paniques ou crises de colère. Ça calmait mes pleurs. Je sais qu’on n’a plus six ans, mais c’est une chose à laquelle je me raccroche ces derniers temps. Ma famille est un peu avec moi comme cela.

- Un crocodile s'en allait à la guerre
Disait adieu à ses petits enfants
Traînant la queue la queue
Dans la poussière
Il s'en allait combattre les éléphants
Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n'en parlons plus


Je sais j’ai l’air d’une débile à coup sûr. Mais je m’en contrefous comme de ma première paire de chaussettes. Je veux du rire et plus de panique !

Codage par Libella sur Graphiorum
Voir le profil de l'utilisateur
Loveday Trevithick
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] TCO
Nombre de messages : 35
Nombre de messages RP : 24
Date d'inscription : 29/11/2018
Dim 9 Juin 2019 - 14:08
(I’ll Get By)
With A Little Help From My Friends
L’étreinte de Lise me fait du bien. Elle me surprend, après tant de temps passé sans contact physique avec qui que ce soit, mais sa chaleur contre moi est réconfortante. Je me sens moins seule. Elle est ton lien avec le monde. Elle, quand elle sourit, elle irradie. Elle courbe la lumière et son environnement se transforme, se plie à sa joie. Toi, tu regardes, on te regarde mais il y a comme une vitre entre les autres et toi. Mais pas avec Lise. Ses bras autour de ton cou te tirent hors de la bulle dans laquelle tu évolues. Je pose à mon tour mes mains dans son dos pour la serrer un peu plus contre moi.

Son regard, quand nous nous éloignons, pourrait presque me faire pleurer à mon tour. Heureusement, Kate arrive, évitant une scène de retrouvailles digne des meilleures comédies pathético-romantiques. Elle est essoufflée et ses joues rosies par sa course lui donnent un air sain que je lui envie. À entendre son inquiétude et la réponse taquine de Lise, on pourrait se croire n’importe quel jour, n’importe où. Il y a quelques minutes, j’avais l’impression de me rendre à une séance de psychothérapie de groupe mais finalement, nous sommes bien trois amies qui se retrouvent après une matinée de cour pour aller manger un bout ensemble.

Un dernier serrement de cœur me vient quand je tourne légèrement la tête et que le portail d’Amai se dessine dans le coin de mon œil. Sortir de l’enceinte de l’établissement me met toujours un peu mal à l’aise, aussi je ne les presse pas trop pour qu’on avance. C’est un coup à me mettre en retard aux cours de l’après-midi mais tant pis. J’aime autant passer du temps avec elles. Alors que je cherche une excuse pour prolonger les retrouvailles, Lise m’en donne une en entamant une petite chansonnette. Je reconnais du français, peut-être deux ou trois mots, mais pas plus. Un peu frustrée de ne pas avoir pu me joindre à cette comptine, à peine celle-ci terminée, j’en entame une autre, de mon pays natal : la version en cornique de Twinkle, Twinkle, Little Star. Je l’entonne très sérieusement, fière de démontrer ma maîtrise de ce parler oublié, presque comme si c’était un hymne national. Mais avec un sourire plus large que jamais. La joie de retomber en enfance, sans doute. Ça fait combien de temps que tu t’es allée à ce genre de gamineries ? Bien trop longtemps. Tu n’as que quinze ans, pourtant, tu peux encore te permettre ces enfantillages.

Spoiler:
 


Mon couplet terminé, je me tourne vers Kate, l’œil brillant, l’encourageant à faire de même. C’est une façon étrange de célébrer nos retrouvailles, mais originale. Un retour à l’insouciance et au rire, pour oublier la raison de notre si longue séparation.

- À toi, maintenant !
© 2981 12289 0
Voir le profil de l'utilisateur
Caitriona Adam
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone3
Nombre de messages : 71
Nombre de messages RP : 41
Date d'inscription : 12/12/2018
Lun 10 Juin 2019 - 12:47
Retour à la normale ?

Kate, essoufflée au possible, reprenait son souffle progressivement, ne pouvant s'empêcher de rigoler à la remarque de Lise, revigorée par la présence seule de ses deux amies.

« Oui, je me suis dit que j’allais faire un petit tour de lycée en courant, pour ouvrir mon appétit. Vous devriez en faire autant, la prochaine fois, ça fonctionne vraiment ! »

Une petite plaisanterie pour continuer dans la joie et la bonne humeur. Elle se redressa, le souffle encore court, et leur sourit. Aussi mal que Kate pût se sentir parfois, elle ne souhaitait pas que ces retrouvailles entre filles se teintèrent de tristesse et de douleur. Lise et elle avaient déjà trop nagé dedans, sans oublier qu’elle avait laissé Loveday seule dans leur chambre pendant trop longtemps. Ses mains se serrèrent autour des bretelles de son sac, une fois de plus. Kate sentit de nouveau ce pincement de culpabilité dans le cœur, mais cette fois par rapport à sa colocataire. Elle avait fait preuve d’égoïsme en s’enfuyant chez Lise, et n’avait pas pensé à Loveday.

La main de Lise la sortit des sombres pensées dans lesquelles elle allait s’enliser et l’Irlandaise lui lança un regard reconnaissant, réchauffée par son sourire. Et, sans qu’elle s’y attendît, la jeune femme se lança dans une comptine. Kate se rendit avec joie qu’elle la connaissait. Lise lui avait appris cette chansonnette française durant son séjour à la ferme, et même si c’était avec un accent très prononcé, elle la connaissait presque parfaitement. Alors, à mi-voix, elle se joignit à son amie. Peu à peu, son cœur se desserra, tout comme ses mains, et elle put respirer de nouveau normalement.

La comptine à peine finie, Loveday enchaîna avec Twinkle, Twinkle Little Star. Kate eut un sourire ravi, adorant la chanson, mais se rendit très vite compte qu’elle ne connaissait pas la langue qu’employait son amie. Elle se doutait qu’il s’agissait de… la langue parlée en Cornouailles, mais elle n’en avait qu’une connaissance vague. En fait, elle ne connaissait même pas le nom de la langue. Kate écouta son amie, agitant doucement sa tête en rythme. La musique faisait du bien. La présence de ses amies aussi. C’était comme si elle oubliait un peu ses problèmes, le temps de ces retrouvailles.

Une fois la chanson terminée, Loveday se tourna vers elle et l’incita à chanter elle aussi. Kate se retrouva désemparée quelques instants, mais elle finit par trouver une chanson dans les méandres de sa mémoire, encouragée par l’étincelle dans les yeux de Loveday.

Elle se mit à chanter, tapant des mains en rythme – c’était toujours de cette façon qu’on aimait chanter cette chanson dans sa famille – et sa voix s’envola. Elle ne chantait pas toujours juste, mais elle s’amusait. C’était une chanson de rébellion qui avait un air entraînant, qu’elle avait toujours aimée. Elle ne chanta que le refrain et un couplet, et puis de toute façon, elle ne connaissait pas l’entière chanson. Oró, sé do bheatha abhaile en était le titre. Ça signifiait "Hourra, bienvenue chez toi". Le fait que la chanson était, lui avait-on dit une fois, à propos d'une femme fraîchement mariée qui allait habiter chez son mari, ne l'empêchait pas de penser que ces paroles s'accordaient à la situation. Elle était rentrée chez elle.

Spoiler:
 

Lorsqu’elle s’arrêta, elle ne put s’empêcher d’éclater de rire. Elle ne pensait pas aux gens qui auraient pu les entendre, ni à ceux qui les regardaient d’un mauvais œil. Elle ne songeait qu’aux deux formidables personnes qui étaient avec elle, à ce moment-là, et qui apportaient quelque chose de beau dans sa vie, sans qu’elle ne sût comment les remercier.

Riant toujours, elle les attira toutes les deux contre elle.

« J’ai pas eu droit à mon câlin, moi ! »

Elle les serra fort, transmettant toute sa tendresse dans cette embrassade, puis les relâcha. Elle se sentait mieux. Beaucoup mieux. Elle avait réussi à se convaincre, pendant toute la matinée, qu’elle allait mieux. Mais ce n’était qu’en se détendant réellement avec ses meilleures amies qu’elle se rendit compte qu’elle n’avait fait que prétendre, depuis qu’elle s’était réveillée.

Kate eut la sensation que si elle ne faisait pas quelque chose, elle allait fondre en larmes, là maintenant tout de suite. Pas de tristesse, mais de joie et de soulagement. Elle avait eu peur que rien ne serait comme avant. Elle avait craint devoir faire semblant, même avec ses amies. Mais elle les retrouvait, presque inchangées. Bien sûr, elle savait qu’à l’intérieur, quelque chose avait été modifié chez chacune, mais elles étaient toujours là, toutes les trois. Et c’était rassurant.

« Bon, on va manger ? »

Elle réajusta son sac à dos en tirant sur ses sangles, par simple habitude, puis prit la tête de leur petit groupe. Elles se dirigeaient vers le portail, leur voie de sortie vers la ville. Cependant, une pensée traversa son esprit et elle ralentit le pas, se tournant vers les deux autres. Ce faisant, elle put constater qu’il y avait encore du monde qui traînait là, attendant sans doute des amis eux aussi. Elle était soulagée de partir loin de ce monde, mais en même temps, ne se précipitaient-elles pas dans une foule bien plus impressionnante que les simples lycéens et étudiants d’Amai ? Enfin.

« Où est-ce qu’on va, en fait ? Le restaurant habituel ? »

Codage par Libella sur Graphiorum
Voir le profil de l'utilisateur
Lise Dubos-Mesnil
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone110
Nombre de messages : 79
Nombre de messages RP : 39
Date d'inscription : 26/07/2018
Dim 16 Juin 2019 - 12:41
Retour à la normal ?
[Kate x Lise x Loveday]

L’amitié, c’est le meilleur des remèdes à toute déprime ou coup de blues. J’en suis intimement persuadée désormais.
Depuis des semaines, j’ai conscience que la présence de Keiko et Kate auprès de moi m’aide à tenir debout. Grâce à elles, j’arrive un peu à me concentrer, j’arrive quelques secondes à oublier ces images morbides, cette poussière que j’ai l’impression d’avoir tout le temps sur la peau et devant les yeux.

Attendre là contre cet arbre, je commençais à paniquer. Moi et ma manie d’être toujours à l’heure, voire même avant l’heure. Je n’ai pas eu à patienter longtemps. Mais une minute d’attente devient un quart d’heure dans ma tête et mon corps. Et je ne peux pas m’empêcher d’enserrer ma petite Loveday, même si je sais qu’elle n’est pas toujours à l’aise avec ces contacts. Je ne sais pas si c’est qu’elle n’en a pas eu beaucoup, ou qu’elle n’aime pas ça. Elle n’en parle pas vraiment. Alors j’essaye toujours de le faire en douceur. Sauf cette fois, je ne sais pas, je ne peux pas, j’ai besoin de la sentir vivante et pleine de joie contre moi. Et quand elle me rend mon étreinte, je suis soulagée et apaisée.

Mon émotion est difficile à cacher. Et je ne suis pas sûre de la contrôler longtemps. Mais quand je vois Kate prête à exploser ses poumons de s’être dépêcher et que je sens sa panique revenir, je reprends le contrôle de moi-même en lui chantant ma petite comptine qui me sert de canaliseur de panique depuis toujours, mais encore plus ces derniers jours. Kate essaye de plaisanter et je lui réponds toujours avec le sourire. Je continue mes petits crocos sur le bord du Nil. J’en suis presque à sautiller comme l’enfant de quatre ans que j’étais lorsque je l’ai apprise.
J’ai conscience que je risque de passer pour une dingue ou une gamine. Mais je m’en fous, ce qui m’importe c’est que mon amie se calme, pour elle.

Et là c’est Loveday qui me prouve à nouveau que l’amitié ça n’a pas de prix. Rien n’équivaut ça. Ma petite anglaise se met à chanter une chanson de son enfance à ma petite irlandaise. Elles sont géniales. Je ne connais pas la chanson de Kate, mais je compte bien qu’elle me l’apprenne. Et je ne peux pas m’empêcher de rire sous cape quand elle lance « à toi, maintenant ! » à Kate. J’adore l’idée, mais il est évident que mon amie ne sait pas trop comment réagir. Loveday l’encourage de son regard pétillant. Je lui souris à mon tour et acquiesce.
Et là je suis heureuse de voir ma jolie Kate s’égayer en chantant et tapant des mains. Et sa chanson est dynamique. Je bouge et me met à taper des mains avec elle, même si je n’ai pas la moindre idée de la langue qu’emploie mon amie, surement un dialecte local. Je ne suis pas assez calée en anglais et culture anglo-saxonne pour ça. Mais je m’en fiche. Je m’amuse. Je décompresse. Les angoisses laissent place à l’alégresse pour quelques instants.

Nous avons passé le portail de l’école dans cet état. Peu importe les regards, sourires moqueurs, sourires complices. Peu importe ce que les gens pensent. Nous sommes toutes les trois, plus fortes que tout. Nous chantons et dansons ce qui nous plait !
Le rire de Kate est contagieux. Et quand elle nous prend contre elle en réclamant son câlin, je ne peux pas résister. Je la serre et Loveday aussi. Cet instant de tendresse est magique et me fait un bien fou ! Là en cet instant, je peux dire que je me sens vraiment mieux. Ça ne durera peut-être pas. Je sais que je ne peux effacer ce qui s’est passer, en Kate non plus, et surement aussi en Loveday. Mais notre amitié est là, notre affection l’une pour les autres est réelle et intacte. Je les aime tellement. Elles sont devenues ma famille dans ce pays inconnu. Et j’ai envie de croire qu’elles le resteront quelque soit l’endroit où je poursuivrais ma vie.

Je réajuste mon sac sur mon épaule. Kate nous propose le restaurant où on a l’habitude d’aller. Je hoche la tête d’assentiment. Reprendre nos repères me fait du bien.

- Oui. Et notre table habituelle, j’espère !

Tout en allant, je reste presque collée à mes deux amies. Saisissant leur manche l’une après l’autre de temps en temps. Un contact pour être sûre que tout est réel. Un frôlement pour m’assurer qu’elles sont toujours là.

Très vite nous arrivons dans notre café. Le serveur nous reconnait et nous conduit directement à la petite table éloignée du brouhaha que nous affectionnons. Une fois installées les cartes en main, je ne sais pas, une nouvelle fois, me concentrer sur ce qui est écris. Alors je parle. J’essaye. Je n’aime pas le silence entre nous. Les filles savent comment j’ai du mal à me sentir à l’aise à parler avec mes camarades, surtout les garçons. Je suis bizarre, je le sais. À la ferme, ça ne me pose aucun problème. Dans le cadre de l’école, ma timidité est comme démultipliée, même au bout d’une année scolaire.

- J’ai été surprise ce matin. Plusieurs gars de ma classe m’ont aidée à calmer mes angoisses pour suivre les cours. J’avais peur des questions, mais je crois que je n’ai pas trop mal gérée. Personne n’a insisté lourdement. Par contre côté cours, je crois que je n’ai pas dû noter grand-chose.

Je ris et leur montre une feuille où je n’ai fait que des gribouillis. On y voit un petit lapin et un petit chat. Je leur montre.

- ça je crois que c’est vous. Je pensais à vous en tout cas !

Je leur tire la langue en souriant.

- Je n’ai pas progressé en dessin, je pense que c’est clair ! Et vous, vos cours ce matin, ce n’était pas trop pesant ?



Codage par Libella sur Graphiorum

Voir le profil de l'utilisateur
Loveday Trevithick
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] TCO
Nombre de messages : 35
Nombre de messages RP : 24
Date d'inscription : 29/11/2018
Sam 22 Juin 2019 - 22:21
(I’ll Get By)
With A Little Help From My Friends
Je n’ai pas trop d’inquiétude quant à savoir si Kate acceptera de se prêter à ce jeu enfantin. Le monde autour de nous n’existe plus alors nous pouvons bien revenir cinq ou dix ans en arrière, personne ne trouvera rien à y redire. Nos chansons d’enfance sont comme des formules magiques qui nous ramènent à ces périodes d’insouciances et effacent tout ce qui a pu se passer de trop adulte dans notre vie. Celle de Kate sonne moins enfantine mais elle est tout aussi entraînante, si bien que Lise et moi nous laissons prendre au jeu et l’accompagnons en frappant des mains. Je reconnais le parler rond et un peu rustre de sa langue, cousine de la mienne, et il me ramène immédiatement dans mes terres natales, loin des bruits de la ville que je peux encore ignorer quelques minutes. Quand Kate réclame son câlin, je peux presque sentir dans ses cheveux l’odeur de la lande.

Mon sourire faiblit quand je vois arriver l’heure de sortir d’Amai. Mon cœur accélère, mes mains tremblent un peu alors je les fourre dans mes poches. Mais je ne proteste pas. Elles ont l’air réjouies à l’idée d’aller manger dans ce restaurant. Je ne peux décemment pas leur proposer de rester manger à la cantine. D’autant que je ne sais pas ce que je préfère : devoir me lancer au milieu de la foule ou rester entre ces murs sous le regard de nos camarades. Ce serait l’occasion de me montrer autrement que seule ou en marge d’un groupe qui m’oublie, mais en fait, je m’en moque qu’on me prenne pour une solitaire. C’est un peu ce que je suis, après tout. En dehors de Kate et Lise, j’ai finalement noué peu d’amitiés.

Dis plutôt que tu les as dénouées. Ton arrivée en cours d’année et ta gueule de poupée ont vite attiré plusieurs de tes camarades, aussi bien des curieux que des gentils sincèrement décidé à t’aider à t’intégrer. Tu as très bien répondu à plusieurs d’entre eux et tu aurais sans doute pu aller plus loin que de temps en temps un repas à la cantine avec Sakura et sa bande, ou que des discussions sur le cours de maths avec Atsushi. Sauf que depuis janvier, tu es persuadée que ton humeur maussade va gâcher la journée des autres, comme une couleur qui déteint. Alors forcément…

Heureusement, je les ai elles. Et en leur compagnie, je réussis même à sortir de l’enceinte du lycée. Je reste nerveuse, cependant. J’aurais aimé me placer entre mes deux amies mais Lise a pris cette place alors je me colle à sa droite. Ce n’est pas toujours facile d’avancer à trois de front, plusieurs fois je dois me décaler un peu pour laisser passer un autre piéton venant en sens inverse et à chaque fois, je me sens comme un enfant qui a lâché la main de sa mère. Elles ne marchent pas vite, pourtant : je les rattrape en deux enjambées. Mais rien à faire : les voir de dos me met toujours aussi mal à l’aise. J’aurais voulu prendre la main de Lise. À un moment, j’ai l’impression que les doigts de Lise effleurent mon poignet mais mon geste pour les saisir entre les miens se perd dans le vide. Alors je me rapproche imperceptiblement et me concentre sur mes pas pour être sûre de ne pas perdre leur rythme.

L’arrivée dans le café me rassure, et m’asseoir à ma place habituelle, dos au mur, à cette table un peu reculée, finit de me détendre. La carte n’a pas beaucoup changé depuis la dernière fois, à peine certains plats trop saisonniers ont-il laissé leur place à quelque chose de plus adapté à de début février. Pourtant, rien ne me fait vraiment envie. Je me souviens que ce que j’avais pris la dernière fois était bon, du moins je ne me rappelle pas que c’était mauvais, mais pas de ce que c’était. J’en suis encore à me demander si j’ai vraiment faim quand Lise prend la parole, me sauvant de ce terrible dilemme. Je l’écoute attentivement, hochant la tête pour exprimer ma compassion.

En réponse à ce même geste, je lui tire malicieusement la langue. Comme si nous ne pensions jamais à elle. Si elle savait ! Mais sa question suivante vient comme interrompre la lancée de bonne humeur qui décollait. Je m’empresse de répondre avant Kate :

- Attends, attends ! commencé-je très sérieusement. Tu ne nous as pas dit le principal : qui est qui ? À ton avis, Kate : tu te vois plutôt chat ou lapin ?

J’essaie de rester grave mais je ne peux retenir mon rire plus de quelques secondes. Quelle importance, que je sois un félin miniature ou un mignon petit lapin ? J’essaie uniquement de retarder le moment où on parlera de leur retour. Parce que ce sera parler de leur absence. C’est ce que tu te dis mais ce n’est pas totalement vrai. Tu n’aimes pas les chats, tu les vois comme des bêtes égoïstes et solitaires, et te faire comparer à elles te blesserait. Tu veux t’entendre dire que tu es une adorable petite boule de poils. Même si à tes yeux, Kate n’est pas non plus du genre égoïste et solitaire. La différence est que s’il s’agissait de quelqu’un d’autre, tu réussirais à te dire que Lise, aussi gentille soit-elle, se trompe. S’agissait de toi, tu saurais que tu n’es pas objective et te dirais qu’elle a sans doute plus proche de la vérité que toi-même.
© 2981 12289 0
Voir le profil de l'utilisateur
Caitriona Adam
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone3
Nombre de messages : 71
Nombre de messages RP : 41
Date d'inscription : 12/12/2018
Jeu 4 Juil 2019 - 17:05
Va pour le café habituel, alors ! Kate est rassurée. Non pas qu’elle aime s’enfermer dans une routine stupide, desséchant son être et son âme, mais le fait de s’installer à chaque fois à la même table, au même café, fait résonner une note réconfortante au fond d’elle. Un motif répété qui lui permet de se repérer, une mélodie familière qui lui fait garder pied. Elle sourit, marchant aux côtés de ses amies. Les trottoirs sont petits, mais elle ne veut pas se retrouver collée aux gens, alors elle se serre le plus près possible de Lise. Le bruit la gêne, et les immeubles l’effrayent, alors elle baisse le regard et fait attention à où elle met les pieds. Ses mains serrent les bretelles de son sac à dos, alors qu’elle tente de garder son calme dans la bulle si fragile dans laquelle elle flotte, incertaine. C’est bon. Il suffit de survivre à la rue, à ce simple trajet, et elle se retrouvera en sécurité au café. Encore quelques pas. Le sentiment de sécurité qui l’enveloppait il y a quelques minutes s’est estompé. Pourtant, ses amies sont là. Elle sent leur présence, mais n’a pas la force de lever les yeux pour rencontrer leur regard. Ça devrait suffire, juste le temps du trajet.

Elles finissent par arriver, et Kate lâche un discret soupir de soulagement. Environnement familier et tranquille. Elles s’installent à leur table habituelle. Maintenant qu’elle est en sûreté, Kate n’a pas envie de bouger. D’affronter de nouveau la foule et l’extérieur, et retourner au lycée. La vitre du café est comme une barrière contre le danger. Comme la paroi d’un vivarium. D'ailleurs, protège-t-on le serpent des gens, ou les gens du serpent ? Dans le cas de Kate, la question ne se pose pas.

L’Irlandaise sourit à ses amies, se relaxant de nouveau, et baisse les yeux sur la carte. Sa gorge se noue et elle sent sa respiration s’accélérer. Oh non, c’est pas le moment ! Elle doit manger. Ne pas inquiéter ses amies. Elle ferme brièvement les yeux, et les rouvre alors que les mots de Lise trouvent leur chemin jusqu’à ses oreilles, rompant le silence. Elle se tourne vers elle et l’écoute, puis hoche la tête. Il semblerait que les gens aient été sympathiques, ce matin. Kate est contente pour son amie. Certaines personnes sont odieuses jusqu’au bout, mais si elle n’a pas à subir les questions incessantes ou les remarques du genre « sois pas triste, y’a pire que toi », c’est tant mieux pour elle. Kate n’aurait pas accepté que quelqu’un se comporte de la sorte avec Lise. Serait-elle allée jusqu’à lui foutre un pain dans la gueule ? En temps normal, oui. Là… ça reste délicat. Elle se sent faible, et si quelqu’un lui crie dessus, elle risque de fondre en larmes directement, alors supporter un affrontement avec un étudiant ? Complexe.

Ses yeux se posent sur les petits animaux que Lise a dessiné sur sa feuille de cours, et elle rigole. C’est mignon. Aussi pure qu’elle soit, Kate a cependant des pensées comme « j’aurais pu faire mieux que ça » et « je suis bien meilleure » qui traversent son esprit, parfois. Mais la différence avec les gens mauvais, c’est qu’elle ne transforme pas ces pensées en parole. Elle les balaye simplement d’une main mentale, se reprenant comme des parents qui font une remarque à leur enfant indiscipliné. Surtout quand il s’agit d’un ami, elle n’aime pas avoir ce genre de réflexion.

Loveday prend la parole avec sérieux, mais finit par éclater de rire quelques instants plus tard, et Kate la suit avec plaisir. Le rire de son amie lui fait l’effet de l’eau fraîche et limpide d’un ruisseau. Mais malgré les rires et les plaisanteries, la jeune fille ne peut s’empêcher de rencontrer des changements chez ses amies, et chez elle-même. En fait, elles sont toutes les trois réunies, comme avant, sauf que rien n’est comme avant. Elle ne sait pas si ça vient d’elle, mais Kate ressent une certaine nervosité, une instabilité qui vient diffuser un parfum léger et âcre dans l’air du café. Non non non, pas ici, pas maintenant. Du repos, du rire et des sourires, c’est tout ce qu’elle souhaite. Elle prend une inspiration, regarde les petits animaux tracés sur la feuille, et réfléchit quelques instants. Chat ou lapin ? Si elle en désigne un, il lui faudra expliquer. Et si elle est normalement honnête, ce n’est peut-être pas la bonne période pour l’être. Elles sont toutes fragilisées par les évènements, par la vie, alors sortir des vérités normalement inoffensives – ou presque – peut empoisonner la journée, en ces temps troubles.

Kate fixe les dessins. Elle voit Loveday comme un chat. Solitaire, au charme félin, parfois si énigmatique, mais aimante et si gentille. Certains disent que les chats sont des animaux ingrats et qui ne montrent jamais leur affection, mais Kate a entendu tellement d’histoires qui prouvent le contraire. Elle lève les yeux vers Loveday. Peut-être laisser le solitaire de côté devrait aller, non ? Elle pose son coude sur la table et loge son menton sur la paume de sa main, se rapprochant ainsi un peu de son amie, et son visage se fend en un sourire affectueux, ses yeux rencontrant les siens pour lui communiquer sa chaleur, ou ce qu'il en reste.

« Pour moi-même, je sais pas trop. Je me sens plus comme un chien ! Mais je trouve que le chat te va bien, Loveday. Discret, avec un charme distingué – enfin, ça dépend des chats haha ! – et un cœur qui contient beaucoup d’amour, même si tout le monde ne le voit pas. »

Puis, elle se tourne vers Lise, ses lèvres toujours étirées par un sourire.

« On reconnaît les animaux sur tes dessins, ce qui veut dire que tu as un vrai talent ! Fais pas la modeste. »

Elle lui fait un clin d’œil, puis jette par habitude un regard autour d’elles. Le café n’est pas bondé, mais plusieurs tables sont occupées. C’est que, il s’agit d’un établissement quand même populaire. Heureusement, personne ne s’est installé près d’elles, leur table étant assez éloignée de l’entrée et du centre du café. Kate reporte son attention sur ses amies et finit par répondre à la question de Lise.

« C’est allé, pour moi. Ya des gens curieux, c’est sûr, mais ils ont tous été gentils. Par contre, comme toi, je n’ai pas vraiment réussi à me concentrer. Faut dire que j’ai encore du mal, pour les cours de japonais ! On est en plein dans les trucs bien complexes de littérature et de langue et de toutes les règles galères qui prennent la tête. »

Elle lève les yeux au ciel. Parler d’une chose aussi triviale que les cours la rend plus légère, lui fait penser que c’est un jour aussi normal qu’un autre.

« D’ailleurs, j’ai une deuxième heure après manger. Je vais… pas réussir à me concentrer non plus. »

Elle a hésité. Elle s’apprêtait à dire « je vais mourir », ou dans le même genre, « je vais pas survivre ». Mais, aussi dramatique ou même stupide que ça soit, elle n’aime plus employer ces expressions pourtant si courantes. Elles ne portent plus la même signification, pour le moment en tout cas. Il lui faut attendre un peu avant de pouvoir reparler de la mort sans frémir, même quand il s’agit d’une simple hyperbole.

Le serveur la coupe dans ses pensées, leur demandant si elles ont fait leur choix. Hm ? Elle jette un regard à ses amies et lâche un rire.

« Désolée, je n’ai même pas encore regardé la carte. Bon les filles, faudrait choisir, sinon je risque d’arriver en retard à mon cours préféré. »

Elle baisse les yeux sur la carte, la scanne rapidement et finit par indiquer au serveur qu’elle prendra une salade césar. Valeur sûre. Reste à savoir si elle ira la rendre dans la cuvette des toilettes du lycée ou non.
Voir le profil de l'utilisateur
Lise Dubos-Mesnil
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone110
Nombre de messages : 79
Nombre de messages RP : 39
Date d'inscription : 26/07/2018
Mer 10 Juil 2019 - 21:42
Retour à la normal ?
[Kate x Lise x Loveday]

Je crois que cette marche jusqu’au café est le moment le plus angoissant pour chacune de nous trois. C’est étrange car nous réagissons chacune à notre façon à la foule, à la rue, au mouvement des gens qui nous étouffe. Les origines de nos angoisses sont multiples et différentes.

Pourtant c’est aussi ce qui nous unie avec tant de simplicité.

Je ne saurais expliquer pourquoi j’ai eu la spontanéité de chanter cette chanson. Certes le début de panique de Kate m’y a amenée. Mais là au milieu de nos camarades, ce n’est pas mon genre de tant d’extravagance ! Et pourtant c’est ce qui a déclenché ce petit tour de nos chansons d’enfance, référence qui nous rassure, faisant passer le temps de marche jusqu’au café plus rapidement. Et le soulagement dans le regard de Kate quand elle s’installe à notre table ne fait que me confirmer ce sentiment similaire entre nous.

Moment qui nous unie. L’amitié que j’ai pour Kate et Loveday est inné et simple. Pas de questions, de remise en question. Juste nous accepter comme on est et avancer ensemble.

C’est d’ailleurs ce qui m’amène à leur montrer mon « œuvre graphique ». Simplement parce que c’est de penser à ce moment avec elles qui m’a aidé à tenir les 4 heures de cours, mais aussi parce que je sais qu’elles n’auront pas un jugement méchant sur mes griffonnages et mes angoisses. Evidemment j’ai conscience que l’œil avertie de dessinatrice de Kate doit tout analyser et trouver ça niais. Mais Kate ne dira jamais un mot négatif par méchanceté. Je ne suis même pas sûre qu’elle sache dire un mot négatif par simple honnêteté. C’est le positivisme incarné. Enfin avant que je l’entraine dans ce centre commercial effondré. Et cette culpabilité ne me quittera jamais… ça me ronge à chaque instant d’avoir entacher la belle âme de mon amie, bien plus que la mienne.

Bref, je suis ravie de voir que ma pseudo prise de notes en cours fait son effet et détend mes amies. Je ris lorsque Loveday cherche à identifier qui est qui. Mais elle ne se mouille pas pour autant en spéculant. Par contre Kate se lance et elle voit juste pour le chat. Je regarde Loveday avec toute la tendresse que je lui porte.

- Kate a bien vu. Le petit chat c’est toi Loveday, parce que tu te montres parfois comme une solitaire, un peu hors du monde. C’est ce que les gens ont souvent idée d’un chat. Hors c’est totalement faux. Ils sont d’un naturel indépendant, ce qui ne les rend pas pour autant solitaire et hautain. Loin de là, ce sont des boules d’amour qui l’exprime chacun à leur manière. Ils sont aussi joviaux et joueurs à leur heure. Et très câlins quand ils s’attachent à une personne, ce n’est jamais à moitié.

Puis je me tourne vers Kate avec également un grand sourire. Mon regard devient rieurs.
- C’était plus facile de dessiner un lapinou qu’un chien. A coup sûr vous n’auriez pas fait la différence entre mon chat et mon chien. Et t’as le droit de me dire que mes dessins sont pourris. Je suis nulle en dessin. Mais ça m’a fait du bien. Et si je te vois comme un petit lapin, c’est parce qu’ils ont un caractère très doux et beaucoup de délicatesse. Ils sont très câlins aussi et trouve toujours refuge près des leurs. Tu fonctionnes un peu comme ça. Moi aussi d’ailleurs.

J’attrape leurs deux mains avec détermination et sincérité.

- Et ce que je vous dis n’a que pour intention d’être un compliment. Vous êtes toutes les deux les amies les plus précieuses que j’ai. J’ai bien conscience qu’on est toutes les trois très différentes, que ça soit par nos origines, nos vécus, nos caractères, notre façon de gérer nos émotions. Mais tout ça fait la force de notre amitié triangulaire. Je sais votre affection envers moi sincère et chaleureuse. Et c’est réciproque. Ce qui est sûr c’est que votre amitié est aussi précieuse pour moi que l’amour de ma famille.

OK ! Je n’avais pas prévu un tel discours. Mais j’en avais besoin. J’avais besoin de leur dire qu’elles comptent toutes les deux et que même si je me sens mal, avancer dans la vie avec deux amies comme elles à mes côtés, ça compte énormément.

Je les lâche rapidement, parce que je respecte leur bulle autant que je ne veux pas qu’on verse dans le pathétique. Je retiens mes larmes avec difficultés, et planque rapidement mes mains qui se mettent à trembler. Un phénomène récurrent depuis ce jour-là. Je rebondis sur les derniers propos de Kate.

- Kate, je vais peut-être tenté de dessiner un chien en fait cet après-midi. J’ai japonais ! Et franchement la littérature japonaise ne me passionne absolument pas. Je ne sais pas pourquoi on nous impose ça dans mon cursus.

Des rédactions, des analyses de textes, encore ! Mais la littérature japonaise… Il est où le rapport à l’éthologie ?

Je ne regarde même pas la carte. Je ne peux pas dire que la faim tenaille mon estomac. Alors je sais que je vais prendre le truc que j’aime le plus dans ce café. Ça m’ouvrira peut-être l’appétit.

- Pas besoin de la carte ! Je vais prendre la salade italienne végétarienne, en format entrée, avec une mousse au chocolat et une pomme.

Au pire je pourrais garder la pomme pour la grignoter à l’intercours. Je pense que ni Kate ni moi ne leurrons l’une et l’autre. Avaler quelque chose et le garder, est un des nouveaux défis qui nous est infligés depuis cette explosion. Mais le silence est d’or dans ces moments-là. Rien ne sert de nous sermonner. On essaie. On avise au cas par cas. Tous les repas ne sont pas forcément aussi difficiles à garder.
Je souris à Kate pour la rassurer. Puis reportant mon regard sur Loveday, je la questionne pour m’assurer qu’elle va aussi mieux. Je suis sûre que la solitude dans sa chambre l’a pesée, et qu’elle s’est aussi inquiétée plus qu’elle ne veut l’admettre.

- Ma petite loveday, ce soir je te charge de faire un gros câlin à Kate pour moi. D’accord ?

Les contacts physiques ne sont pas toujours simples pour ma petite Miss, mais ça lui fera autant de bien qu’à Kate. Et moi j’irai étouffer Kaiko et Berthie, parce que je ne peux pas cacher que voir Kate repartir à l’internat me laisse en peine également. Aucune de nous ne dort beaucoup. Mais entendre la respiration de Kate me rassurait. Au moins mes insomnies étaient plus calmes que mes phases de sommeil cauchemardesque.

Codage par Libella sur Graphiorum



Voir le profil de l'utilisateur
Loveday Trevithick
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] TCO
Nombre de messages : 35
Nombre de messages RP : 24
Date d'inscription : 29/11/2018
Dim 14 Juil 2019 - 18:02
(I’ll Get By)
With A Little Help From My Friends
J’accueille le verdict de Kate puis sa confirmation par Lise avec un sourire forcé, qui essaie désespérément de repousser au fond de ma gorge la boule de nausée qui y gonfle. Leurs explications sont d’une gentillesse touchante mais elles ne contredisent pas ma principale source de répulsion envers les félins : ils sont solitaires. Lise préfère les qualifier « d’indépendants » mais pour moi, ça revient au même. Ils ne se fondent pas dans la masse, ne s’intègrent pas. Mes deux amies, sans le vouloir et avec toute la tendresse du monde, me confirment ce qui me tracasse depuis quelques mois maintenant, cette impression qu’une couche de crasse me colle à la peau, non pour me protéger mais pour repousser tout ce qui pourrait vouloir s’attacher à moi. Elles l’ont vue, elles  aussi, l’ont sentie. Elles ne s’en rendent vraisemblablement pas compte et le nieraient si on les interrogeait dessus mais le fait est qu’elles l’ont perçue : ma honte.

Joviale, joueuse ? Vraiment ? j’ai réussi à faire si bonne impression ? J’ai tellement conscience de jouer la comédie à longueur de journée que j’ai du mal à croire que mon hypocrisie fasse illusion. Et cela me fait mal, de savoir « paraître » sans réussis à « être ». Comme s’il y avait un frein qui était constamment actionné en moi, m’empêchant de basculer.

En réalité, tu oublies qu’il t’arrive d’être réellement joviale et joueuse. Quand tu cesses de te regarder le nombril et de te prendre la tête, quand tu te laisses aller à la bonne humeur, tu peux être véritablement heureuse, ne serait-ce que pour un instant. La différence entre elles et toi n’est pas que tu es incapable de ressentir de la joie : c’est que tu refuses de te souvenir de ces instants. Est-ce que tu ne les assumes pas, ou te semblent-ils négligeables par rapport aux malheurs que tu traînes derrière toi ? Un peu des deux, sans doute. Comme si ne pouvait compter comme un vrai bonheur que ce qui réussirait à contrebalancer complètement et d’un seul coup toute ta tristesse accumulée.  

J’ai mal au poignet. Presque rien, juste une légère pression au-dessus du relief du cubitus. Ce n’est pas la première fois que je ressens ça, je pourrais l’oublier très vite si je pensais à autre chose ; mais je ne veux pas penser à autre chose. Je penserais à quoi ? à la claque monumentale que je viens de me prendre ? Je préfère au contraire accrocher mon esprit à cette petite douleur, quitte à la faire enfler au-delà de ce qu’elle mériterait. Ça, au moins, c’est concret. C’est réel, indéniable. Doit bien y avoir une histoire de faux mouvement ou d’inflammation traumatique ou je-ne-sais-quoi, une explication irréfutable. Et surtout, une explication qui te dédouane complètement, qui ne mette pas en cause ta résistance psychologique. Face à ça, on ne pourra pas te rétorquer que tu te vexes pour rien, que tu es à cran ou quelque connerie de ce genre ! Encore moins que le reste, ce n’est pas de ta faute si ton corps déconne.

C’est justement cette main-là que Lise attrape soudain, envoyant une décharge électrique jusqu’à mon coude. Sa confession est touchante, m’arrache un sourire reconnaissant. Elle reconnait au moins mon attachement envers elle, malgré mon « indépendance ». Mais après qu’elle a levé ces doutes en moi, la question se pose : est-il réel, cet attachement ? N’est-il pas juste feint ? Je ne sais même plus. Je n’ai pas envie que Lise ou Kate s’éloigne de moi mais cette crainte leur est-elle vraiment réservée ou n’ai-je pas juste besoin d’une présence humaine, quelle qu’elle soit ? J’ai l’impression de partager avec elles tellement moins que ce qu’elles partagent entre elles… C’est logique, certes : ce dernier mois, elles ont vécu ensemble et loin de moi, je ne pourrai jamais rattraper ce temps. Mais ça n’enlève rien à ce sentiment d’étrangeté que j’ai en les observant, devant les regards qu’elles se lancent.

Dès que Lise lâche ma main, je la reprends et la pose sur mes genoux, rentrant les épaules. J’ai envie de partir d’ici. J’ai envie de me coucher sur la banquette pour me rouler en boule, de ne plus bouger jusqu’à ce que quelqu’un me prenne ne pitié et me ramène dans ma chambre, j’ai envie de me taper le poignet contre l’angle de la table, j’ai envie de disparaître…

Le changement de ton des filles me fait relever la tête. Je n’avais pas entendu le serveur arriver. Si j’hésitais un peu plus tôt, je sais maintenant que je n’ai pas du tout faim. Mais je dois faire bonne figure. La salade italienne réclamée par Lise me paraît adéquate, ça devrait être léger et passer sans trop de difficultés ma gorge serrée. Je la demande d’une voix cassée. Je laisse le dessert, par contre. Inutile de chercher à en faire trop.

Le sourire de Lise me force à me faire bonne figure. L’attention qu’elle me porte me fait culpabiliser de ne pas réussir à lui rendre aussi sincèrement sa gentillesse. Je n’ai pas sa capacité à m’inquiéter pour les autres, pas alors que je ne sais même pas comment leur faire face.

- Je n’y manquerai pas, assuré-je d’une petite voix.

J’élargis un peu mon sourire puis le tourne vers Kate.

- Ça me fera du bien aussi. Je suis en TP de chimie, cet après-midi. Je comprends rien à ces histoires d’acides et de bases. Mais hors de question de dessiner devant M. Suzuki, c’est un coup à finir collée direct.  De toute façon, pas sûre que vous feriez la différence entre mon chien et une théière.

Un nouvel élan de douleur pulse de mon poignet, figeant immédiatement le rire que je m’apprêtais à faire entendre. Je me le masse doucement, sous la table, espérant rester discrète. Hors de question de les inquiéter.

- Alors, qu’avez-vous fait durant ce mois ?

Excellente idée de conversation, Loveday : « Comment avez-vous fait face à cet évènement traumatisant auquel vous avez été confrontées de plein fouet ? » ! Tu es tellement refermée sur tes propres traumatismes que tu en oublies qu’elles ont souffert, elles aussi. Elles ne se sont pas éloignées pour le plaisir de prendre des vacances mais bien pour prendre le temps de faire le point et se permettre de repartir sur de bonnes bases, tu le sais. Un vide intersidéral occupe ton esprit, t’empêchant l’accès à ta réserve normalement inépuisable de sujet de discussions futiles, mais tu pourrais quand même faire un effort !
© 2981 12289 0
Voir le profil de l'utilisateur
Caitriona Adam
membre
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] Icone3
Nombre de messages : 71
Nombre de messages RP : 41
Date d'inscription : 12/12/2018
Lun 15 Juil 2019 - 19:16
Kate est ailleurs. Les mots sortent de sa bouche rieuse, ses yeux brillent faiblement et son corps bouge, mais elle se trouve loin. Un bout de son être est toujours sous les débris du centre commercial, dans le magasin. Un autre se trouve dans la ferme de Lise, dans la campagne. Un lambeau de son âme est resté accroché dans l’hôpital où la douleur suintait des murs et où le silence entrecoupé de cris ou de bruits de course n’était que trop pesant. Elle essaie d’être là, mais parfois elle n’y arrive pas. C’est comme si elle était transportée autre part, dans un autre temps, enfermée dans une bulle temporelle créée par nul autre qu’elle-même.

Elle cligne les yeux alors que Lise attrape une de ses mains et se lance dans une tirade enflammée, portant sa signature caractéristique d’honnêteté à toute épreuve et d’affection débordante. Kate l’écoute attentivement, très consciente du contact de sa peau contre celle de son amie, avant que celle-ci ne la lâche. L’Irlandaise se remet à respirer et elle se mordille la lèvre inférieure, sentant ses yeux la piquer. C’était émouvant, oui. Mais le pire, c’est que Kate n’arrive plus à exprimer ce qu’elle ressent réellement comme avant. Les mots qu'elle prononce sont là par défaut. Les sentiments positifs qu’elle éprouve restent en elle, alors qu’elle ne peut écouter sans rien dire. Les mots de son amie l’ont touchée, surtout parce qu’elle les sait sincères. Elle baisse les yeux et n’ose pas jeter de regard, ni à l’une, ni à l’autre. Pleurer ici ne serait pas avisé, et elle n’aime pas voir le visage défait ou ému de celles qu’elle apprécie autant. Ça risquerait de lui faire verser quelques larmes.

Lise la sort de la contemplation de la table en lui informant qu’elle aura japonais elle aussi, cet après-midi. La jeune fille rigole de leur malchance commune, chasse ces sentiments qui lui foutent la nausée – qu’ils soient positifs ou négatifs – et se concentre sur ses deux amies. Arrête-toi. Gâche pas ces retrouvailles. Elle sourit avec une affection non feinte, bien que vacillante, alors que Lise charge Loveday de lui faire un câlin ce soir. C’est vrai qu’elle retourne dans les dortoirs à partir d’aujourd’hui. Enfin, elle a déjà déposé ses affaires en arrivant ce matin, il ne lui reste plus qu’à tout ranger et s’installer dans leur chambre pour la seconde fois. Nouvelle rentrée, nouvelle arrivée dans les dortoirs. Tout semble neuf, mais avec un accent familier. Kate connaît tout, mais le retrouve… changé. Ou est-ce son regard qui a été modifié ? Ne te fatigue pas à réfléchir à tout ça. Elle se tourne vers Loveday alors que celle-ci reprend la parole, avec un sourire.

Les sourires de Loveday sont mystérieux. L’Irlandaise peut ressentir leur sincérité, mais en même temps, elle a toujours eu l’impression qu’il y avait quelque chose qui se cachait derrière ces lèvres. Et ne lui dites pas « sa cavité buccale ? » ou elle vous en fout une. Enfin, Kate est curieuse, mais pas intrusive, surtout quand il s’agit d’une personne qu’elle aime, et que cette personne ne semble pas vouloir qu’on mette son nez dans ses affaires.

Pour revenir à nos moutons, Loveday, elle, a chimie. L’Irlandaise grimace, compatissante. Elle n’a jamais réussi à se retrouver, entre les formules compliquées, les noms bizarres et les différentes techniques, toutes plus obscures les unes que les autres. Elle n’a pas fait attention au brusque arrêt dans le langage corporel de son amie, mais remarque un certain malaise, qu’elle met sur le compte de l’atmosphère générale. Kate est désensibilisée. Elle s’est tellement inquiétée et elle a tellement ressenti qu’elle ne trouve parfois plus la force de s’intéresser. C’est peut-être cruel pour sa colocataire, alors qu’elle la devine pleine d’insécurités, mais elle ne peut pas se faire du soucis à chaque faits et gestes de ses amies. Est-ce de l’égoïsme ? Elle est juste fatiguée d’ouvrir la bouche et de parler trop longtemps. Discuter de choses légères la détend, mais elle ne veut pas s’aventurer sur le chemin des peurs et des angoisses.

« Alors, qu’avez-vous fait durant ce mois ? »

Kate se fige. Ah. Quand on parle du loup. Les peurs et les angoisses, servies sur un plateau. La jeune fille déglutit, replace une mèche de ses cheveux rebelles derrière son oreille droite et lance un bref coup d’œil à Lise avant de prendre la parole la première. Orienter la conversation. Orienter. La. Conversation. Elle essuie la paume de ses mains sur son jean, et pose son regard vert sur Loveday, faisant abstraction des mauvaises pensées et laissant les plus belles transparaître. Elle n’aime pas jouer la comédie, alors son enjouement doit paraître, non, il doit être authentique. Pense aux bons moments. C'est si dur. Elle sourit.

« J’ai découvert de l’intérieur la ferme de Lise ! Enfin, ce n’est sa ferme à proprement dit, mais elle aide beaucoup là-bas. J’ai appris à faire beaucoup de choses, comme traire les vaches, nourrir les poules, et même faire à manger ! »

Il ne faut pas oublier que Kate vient d’une famille fortunée, alors tous ces trucs-là, elle n’a jamais maîtrisé. Un dépaysement qui lui a fait du bien, en somme. Elle pense à toutes ces choses qu’elle a apprises, tous ces moments qui l’ont ressourcées, et elle se surprend à se sentir plus légère. De nouveau, l’animation qui l’a prise au début de leurs retrouvailles la retrouve, et un nouveau sourire se dessine sur ses lèvres, pour trouver son chemin jusqu’à ses yeux. Elle regarde Loveday encore un peu, se rendant compte une fois de plus à quel point elle lui a manqué, puis déplace son regard sur Lise. Lise qui l’a tant aidée, directement et indirectement. Lise qui l’a introduite à ce monde, étranger à Kate. Ses yeux finissent par revenir sur Loveday, qui lui a semblé aussi fragile qu’elles deux, et, au lieu d’éclater en sanglots, c’est un rire qui sort de sa bouche. Il n’est pas long et elle finit par s’expliquer alors qu’il s’éteint sur ses lèvres.

« Je ne suis pas devenue folle, pas encore. Je suis juste vraiment heureuse de te retrouver Loveday, et de nous retrouver toutes les trois. »

Elle pose ses deux coudes sur la table et dépose son menton dans le creux que forment ses mains. Sa posture a changé. Après le repli sur elle-même et la tension permanente dans son corps entier, elle est maintenant engagée vers ses amies. Ses jambes croisées sous sa chaise témoignent encore de sa fermeture, mais au moins, elle n'est plus enfoncée au fond de sa chaise, comme si elle voulait y disparaître.
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday]
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nos partenaires
image_partosimage_partosimage_partosimage_partosimage_partosimage_partos
Retour à la normal ? [Kate x Lise x Loveday] 18101712533514173315947328Naruto OriginRemainsofhell