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Entre nous. /Logan/
Amai Gakuen  ::  :: RPs 2017
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Mer 4 Jan 2017 - 15:21
Janvier. Les cerisiers ont cessé de répandre leurs pétales sur le bitume depuis un moment déjà, mais le vent se faisant de plus en plus froid persistait à embaumer les rues de ses bourrasques glaciales. Ça sentait l’hiver, la saison monochrome, la saison morte. Jake resserra l’étreinte de son coupe-vent noir autour de ses épaules. Les couleurs des affiches du centre-ville explosaient çà et là, les écrans de publicités japonaises projetant leurs messages mettaient un peu de vie dans la conurbation de béton terne. Le rouge arpentait les vitrines disposées sur chaque côté de la rue d’un œil critique. Il se souvint des cadeaux de Noël qu’il avait achetés à ses fidèles sujets. Il valait mieux être adéquatement préparé de sorte à ne décevoir personne. Un bijou pour Mary, une escapade aux danseuses prépayée pour son cousin, une console pour le deuxième et ainsi de suite. Ce n'étaient pas les gens à contenter qui manquaient et leurs visages éclairés par la joie d’acquérir un don en échange de leur amitié en valait nettement la peine. Jake ricana, alors qu’il examinait un pull rayé présenté de l’autre côté d’une grande vitre. Quelle bande d’hypocrites. Pas qu’il ne vaille réellement mieux lui-même. Vraiment. Tout est une question d’apparence et de bonté foncière. Certains ne le méritent pas, mais pourquoi ces derniers devraient-ils se voir exclus pour autant ?

Le portail annonçant son entrée à Amai grinça sordidement, alors que la luminescence d’un sourire trop impérieux lui éclatait au visage. Un élève lui jeta un regard oblique, préoccupé par l'état de sa face : un coup de poing fulgurant, la figure couverte d’hémoglobine. Au-dessus de tout, particulièrement de détails encombrant tels l’étiquette et les convenances. Gentillesse, maniérée, au travers des insultes, des commentaires. L'Australien lui accorda un regard balançant incertainement entre l’humour et la suspicion, sourire espiègle bien enfoncé sur ses traits. Un ricanement suave clairement audible, alors qu'il se glissait dans le hall. Il ne doutait point que les regards de quelques Asiatiques perplexes furent portés sur lui par la faute de sa coloration rouge qui se courtisait sur sa personne, donnant à sa tenue un air à la fois trouble et incandescent. Débutant sur ses bottes fluo pour finir sur sa tignasse colorée. S’attardant lourdement sur le rouge l’égayant douloureusement.

Il s'était encore battu.

Des gens, lèvres pincées, moues curieuses, le sang qui décorait sa mâchoire aurait pu être fluorescent. Jake balaya la foule d’un regard circulaire, contempla d’un regard direct les têtes variées, un valeureux mélange psychotique plein de douceur. Il s'attardait sur les curieux, les dévisageant, leur accordant un sourire plus ou moins inquiétant. Des personnages impressionnables, des gens en surface. Minauderies sur les tâches carmines qui l’ornaient, le démon leur montrait toute la splendeur que pouvait contenir un coup bien porté.

Jake sourit, satisfait, l’étirement de lèvres lui valant un égarement cognitif. Il se perdit dans la candeur de ses pensées et une épaule vigoureuse le percuta avec violence, alors qu'il évoluait dans les escaliers. Il en réagirait presque avec hargne, car l’impolitesse était bancale, mais il se contenta de se retourner pour faire face à l’individu d’un air désapprobateur. Puis il vit . . .

Vous savez le cliché où on réalisait une magnifique rencontre en entrant en collision avec un être préalablement inconnu ? L’ébauche récurrente des contes de fée se manifestant souvent dans les films et livres romantiques ? Bah, pour faire simple, il ne s’agissait pas de cela. Pas tout à fait. La personne percutée, un jeune japonais aux traits chétifs vêtu en complet-cravate, s’éloignait et disparut dans la foule pour ne plus jamais être vu. Soit. Il rejoignit sereinement sa chambre.

En refermant la porte derrière lui, c’est avec une surprise non feinte qu’il vit des traits sombres tracés de coups de crayon saturés, couvrir un pan de mur. Et alors, il s'était presque senti visé sur l’instant ; comme si le message était là à son attention. Mais Jake ne comprenait pas l’art et il se contenta d’approcher le mur, intrigué, pour passer le bout d’un doigt dessus, le temps de remarquer la fraîcheur de sa réalisation. Noir. Il avait l’impression de voir ce que des gamins perturbés dessinaient lors de consultations. Alors que son doigt noirci frottait contre son pouce pour se défaire de la couleur, il remarqua une silhouette dans le coin, recroquevillée sur elle même. Une silhouette qu’il aurait reconnue entre mille, en fait. Il ne savait rien de ce qu’il faisait là, ni ce qu’il avait vraiment cherché à faire si ce n’est représenter son état d’âme sur ces murs. L'Australien pensait pouvoir lire en lui sans jamais vraiment accéder à la pleine compréhension de ce qu’il faisait. Et ça avait toujours été comme ça.

Jake s’approcha de Logan. Un enfant. Il était là, à refuser de voir le monde, lui et ses mains couvertes de charbon. Des trainées noires maculaient ses vêtements et ses bras. Une peau douce dont ses doigts aimeraient se rappeler de leur grain. Il lui paraissait pourtant trop frêle en cet instant. Trop cassable par rapport à celui à qui, effacer la détermination était devenu un défi impossible. À quel prix aurait-il désormais gagné.

Son silence était un silence difficile à supporter. Lève toi, relève toi, pourrait continuer à implorer une volonté silencieuse. Dans le silence, toujours et encore, comme il s'en passait bien des choses. Il finit par fléchir les jambes pour s’accroupir et se poster en face de lui, en lui saisissant la main.

« Logan. »

Il se demandait combien de temps il était resté là, cloitré dans cette position.
Il n’aimait pas le voir ainsi, détruit; tout comme il n’aimait pas non plus ce qu’il en avait fait.

Remords.
À vrai dire, Jake n’était pas particulièrement pressé d'affronter son regard, détestant le jeu néfaste que ces yeux bleus lui suppliaient de jouer, détestant le désir et toutes les encombrantes idioties qui l’accompagnaient. Aah . . . Oserais-je me tendre moi-même un piège ?

« Relève-toi, Logan. »

Il voudrait le forcer à se lever.
Combien d'ordres encore se verront lancés à chaque tentative de Jake pour y voir quelque chose de plus clair dans le jeu de l'Anglais.
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- Grand Manitou -
Jeu 19 Jan 2017 - 19:53
Aujourd’hui, j’ai tué quelqu’un.
J’ai ôté le souffle, arraché la vie en pressant simplement mon index sur la gâchette de métal sombre, visant une silhouette macabre devenue ombre. J’ai regardé la mort dans les yeux avec un sang froid sidérant. Et je suis resté là, debout devant le spectacle insipide d’une vie qui s’enfuit, d’une conscience qui s’en va. Sans ciller, j’ai observé son regard écarquillé sur un monde qu’il quittait. Je l’ai dévisagé, cette bouche entrouverte sur du sang poisseux qui dégoulinait avec une lenteur agaçante ; comme si la Mort elle-même hésitait. Et puis ses jambes qui cédèrent, sans un bruit. Sans un suffoquement.

Je suis resté immobile quelques secondes, contemplant le fruit de mon travail concis et efficace. Avec une précision chirurgicale, la balle s’était logée dans la gorge de l’inconnu, faisant exploser les vaisseaux sanguins et extirpant la vie qui se dissimulait entre ses os et ses muscles. La pluie avait heurté le cadavre avec une violence que j’avais trouvé ironique, presque grotesque tant la vie semblait se foutre allégrement de la gueule des propres êtres qu’elle abritait. Et, imitant sa cruauté, j’ai tranquillement rangé mon arme pour fouiller les poches de ce tas de cellules inanimé. Les gestes mécaniques, le regard blasé, la respiration lente et régulière, j’ai piétiné la dignité de ce cadavre en le martelant de mon indifférence. J’étais là, sous une pluie battante, à inspecter un homme que j’avais tué et dont je n’avais strictement rien à cirer.

C’est en tombant sur son portefeuille que j’ai marqué un temps d’arrêt. Un foudroyant rappel à la réalité.
Une photo de famille, dormant tranquillement dans un des compartiments de cet objet en cuir usé. Une blondinette qui m’envoyait son sourire à la figure et me narguait de ses yeux pétillants d’un bonheur naïf, qui aurait pu me répugner si je n’avais pas trouvé ça d’une banalité à pleurer. Et tu sais quoi ? Ça ne m’a strictement rien fait. Pas le moindre pincement au cœur, ni le moindre remord ou regret s’insinuant dans mes pensées. Ma conscience était morte, et tout ce qui définissait l’humain avait disparu de moi.
C’est à ce moment-là que j’ai compris. Les yeux rivés sur la photo de cette petite fille que j’aurais pu tuer sans vaciller, j’ai réalisé ce que j’étais.

Une putain de coquille vide. Amputé d’humanité.
Et cette constatation si dérisoire m’a dévasté.

Un monstre aux aguets, caché derrière sa moue renfrognée et ses répliques enfantines, tuant par besoin plutôt que par nécessité. Une bête que Dame Misanthropie a rongée jusqu'à la moelle, pour ne laisser qu'un ramassis de merde et de sentiments ternes. Vous croyez que c'est une force, de ne rien ressentir ? Que les gens comme moi sont intouchables, immuables, et qu'ils se complaisent dans ce putain de vide intersidéral ? Ouais, j'suis sûr qu'il y a certains tarés qui le vivent bien. Mais pas moi. Le néant que je me trimbale me protège peut-être des autres, mais pas de moi. Une tête remplie d'idées gonflées de sadisme et rien pour les refréner, un corps traîné par une lassitude chronique et une litanie de pensées décousues.

J'aimerais pouvoir retourner en arrière, à cette époque où j'étais encore humain. Où je distribuais des sourires qui sonnaient moins faux qu'aujourd'hui, où j'étais entouré des choses que j'avais bâties. Une famille, des proches, des idéaux, des principes et des rêves. Comme tout être humain lambda. Mais plus j'y pense, plus j'me dis que tout c'que j'ai construit, c'était du vent.

Des proches ? Vous parlez de ces connards qui ont évolué à mes côtés, et qui ont regardé ma descente aux enfers en s'empiffrant de pop-corn ? Y'en a pas un qui a bougé. Quand ces gens sont morts, quand j'me suis retrouvé démuni, là à contempler les ruines de ma brasserie d'un air ahuri, personne ne s'est soucié de moi. Ces rats continuaient d'me côtoyer, ils voyaient bien que j'étais en train de sombrer mais ils n'ont jamais rien fait. J'ai quitté Amai, me suis reclus à Inazami ? Rien ne les a alarmé. Tous des faux culs, quand je pense que je leur étais presque dévoué à l'accoutumée.

Encore une fois, on s'est bien foutu de moi.

(...)

Je sais pas c'que je fous chez lui. Il fait partie de ces gens qui m'ont observé faire mes conneries sans réagir, mais j'peux pas lui en vouloir. Je sais bien que sa soeur a été touchée par le typhon elle aussi. Je sais bien que ça a été dur pour lui, et qu'il s'est éloigné de moi parce qu'il en avait simplement ressenti le besoin. J'ai pas de famille mais je peux imaginer la force des liens familiaux. Il tient à sa soeur plus que quiconque sur cette Terre pourrie, et je sais à quel point ce p'tit bout de femme est la seule personne capable de lire entre les lignes.

C'est peut-être égoïste, mais malgré ça, j'ai eu l'impression d'être complètement délaissé. Des mois durant, il avait fait de moi sa priorité. J'étais son p'tit bijou, j'étais le saphir qu'il convoitait et l'âme qu'il s'amusait à tourmenter. Et puis du jour au lendemain, je n'étais plus rien. Lorsque j'ai eu besoin de lui, je n'ai obtenu aucune foutue réponse, et nos échanges se limitaient aux SMS tantôt puérils ou tantôt glaciaux. Alors j'me suis éloigné de lui. J'ai fait ma vie de mon côté, j'ai perdu pied et j'ai enchaîné les conneries, comme avant. Comme toujours. Les mêmes erreurs, comme si j'apprenais jamais mes leçons. J'suis qu'un pauvre con.

Mais y'a des fois où t'en peux plus. Le vide te bouffe de l'intérieur, broie ton estomac et s'attaque à la moindre de tes pensées. Il est là, toujours, à chaque minute du jour ou de la nuit, de l'aube au crépuscule, il s'installe dans ton coeur, entre deux morceaux de pierre brisé. Et puis, comme une tumeur inextractable, il commence à te faire souffrir. C'est languissant, c'est lancinant. Il prend son temps. Et un jour, tu t'retrouves façonné de néant. Juste... le rien. Incapable d'aimer sans haïr, incapable de s'attacher sans rejeter. Le symptôme du vide, c'est juste une dualité. Perpétuelle. Épuisante.
Jusqu'au jour où tu finis au bord des larmes sans savoir pourquoi, les mains et les vêtements recouvertes de charbon, avec tes jambes flageolantes qui ont fini de s'écrouler sous ton poids, comme accablées d'un énième fardeau.

Je suis fatigué.
Si tu savais à quel point, putain. Je ne peux plus avancer. J'abandonne.

En me rendant à Amai, les mains fourrées dans les poches de mon sweat trop grand et le visage fermé, je me suis souvenu de tous ces moments passés. Yuki, Elya, Jake, et toutes ces personnes qui ont un jour croisé ma route. J'ai déambulé dans les couloirs en laissant mon regard se poser sur les quelques élèves qui me reconnaissaient, j'ai visité les salles comme si je n'avais, au fond, jamais quitté l'université. Je n'étais pas nostalgique, non. On aurait dit que le temps s'était arrêté. Qu'hier encore, je chantais dans la salle de musique, avant d'aller travailler en ville. Qu'aujourd'hui était un jour comme les autres et que j'allais croiser Jake, encore en train de traumatiser un de nos camarades de classe. Que j'compterais les lettres d'amour de toutes ces Nippones pas assez courageuses pour faire état de leurs sentiments en face de moi.

Sauf que tout a changé.

Je me suis rendu dans la chambre de ce psychopathe, deux grosses craies de charbon dans la main. J'étais perdu, ravagé par la vie et le temps, je touchais le fond et jouais avec ma détresse, le plus misérablement du monde. Et ce lieu, c'était mon seul refuge. Mon seul repère. La seule chose qui n'avait pas bougé. La seule chose... qui me rattachait à lui.

C'est là que j'ai craqué. Que dans une inspiration fébrile, j'ai laissé le flou me gagner. Le noeud qui étreignait ma gorge m'était insupportable, et la douleur sourde que je ressentais dans tout mon être frôlait l'atrocité, l'insurmontable. Alors, je me suis laissé aller.

J'ai tout cassé.

Dans un moment de flou total, mes nerfs ont explosé. Mes poings ont brisé les objets alors que j'envoyais valdinguer les meubles à grands coups hargneux, saccadés et désordonnés. C'était une violence sidérante, affolante parce que j'étais en train de perdre le contrôle de moi-même et que je frappais, frappais pour sentir la douleur palpiter, pour envoyer chier le monde et enfin ressentir quelque chose, putain. Me sentir réel, là, vivant en cet instant, avec mes phalanges pleines de sang. Enfin, avoir conscience de mon coeur battant un rythme nouveau, et apprécier cette tachycardie grisante qui m'accompagnait...

J'avais besoin de perdre le contrôle.

Et du charbon, sur le mur, comme pour éjecter cette haine qui déferlait, et la voir enfin représentée sur une toile. Je ne savais plus ce que je faisais. Des droites sombres et lugubres furent tracées, je me perdais dans des actes irraisonnés sans savoir quand j'allais m'écrouler au sol, sans savoir si le noeud dans ma gorge allait finir de me broyer ou si j'allais me mettre à pleurer.

Pathétique.


( ... )

Je me suis écroulé. Et maintenant je suis là, dans un angle de cette pièce sinistre, le regard accroché sur le sol pour ne pas voir tout le bordel que j'ai fait. Mon coeur s'est calmé, la douleur ne me fait plus sentir vivant et je ne pleure pas. Je retrouve seulement le vide qui vit en colocation avec moi, j'rejoins juste le mal-être ou je l'ai laissé, dans un coin de ma tête. Toujours aussi paumé, toujours aussi désemparé, le dos vouté et les yeux presque inanimés. Je suis lamentable et je le sais.

Certains comprendront pas pourquoi je suis dans un tel état. Moi non plus. Je sais pas ce qui a foiré, je me sens encore plus perdu qu'à Londres, après ce qu'on m'y a fait. J'me reconnais plus. Il y a quelques années, j'étais le guitariste pacifiste un peu trop troublé par un certain despote, et maintenant j'suis devenu une de ces pourritures que je dédaignais avant. Incapable de discerner les mauvais choix quand j'en fais. Incapable de rien. Incapable, incapable.

J'ignore depuis combien de temps je suis assis sur le sol glacé. Je meurs de froid, et mes muscles sont bien trop engourdis pour que j'ai la force de me relever, d'avoir l'air moins pathétique, de me reconstruire un peu en surface. Pour faire comme si tout allait bien tu sais, parce qu'il faut toujours faire semblant dans la vie. Tout le monde fait semblant. Et si tu étales ta douleur à la vue des autres, ils te méprisent ou s'en battent simplement les couilles. C'est juste comme ça, chacun pour soi, c'est légitime et ça ne changera pas. Mais si j'avais su que Jake viendrait, ouais, j'me serais relevé. En vitesse. Cachant mes mains ankylosées derrière mon dos, parant mes lèvres d'un rictus moqueur et une excuse toute prête pour avoir saccagé sa piaule.

Mais je l'entends ouvrir la porte, et c'est trop tard. Je suis juste là, les mains recouvertes de charbon, à patauger dans ma propre souffrance. Je cille, le visage toujours tourné vers le sol, et je remarque que j'en ai mis plein sur mon sweat. Je dois en avoir aussi sur la figure, je ne sais pas et je m'en fous, l'important c'est que je ne veux plus jamais relever la tête. Je ne veux pas le voir, son regard émeraude analysant encore une fois ma posture, jugeant et dédaignant mes états de faiblesse. J'ai honte. Ne me regarde pas. Surtout, ne me regarde pas...

Je ferme les yeux. Si je ne le vois pas, il ne peut pas me voir. C'est un raisonnement de gosse mais c'est la seule chose qui apaise un peu l'état dans lequel j'me trouve. Dépassé, honteux, faible.

Misérable.

J'entends ses pas qui se rapprochent de moi mais je reste prostré, je ne veux pas admettre la réalité. Non, je ne suis pas là, pas ici et pas si faible, non je suis debout et je me tiens droit. Si seulement j'avais la force de me relever maintenant, pour lui faire face et sauver les meubles -déjà pétés haha-, pour lui prouver que j'suis pas en train de dévier.
Quelle connerie. J'ai déjà dévié. J'suis dans un ravin et j'fais rien pour remonter.

Logan.

Je tressaille. Pourquoi ? Est-ce sa voix, est-ce le fait d'entendre un son déchirant le silence dans lequel j'étais plongé depuis trop longtemps déjà ? Ou est-ce juste sa main enveloppant la mienne ? J'ouvre les yeux, et regarde sans vraiment voir nos mains entrelacées. La mienne est glacée, et j'apprécie ce contact chaleureux, même s'il me surprend. Ça fait du bien, un peu de chaleur. Ça fait du bien, de le savoir là. Il m'a terriblement manqué. Trop de temps s'est écoulé, pendant lequel on s'échangeait des messages trop cordiaux -COUCOU ASAE-.

Et te voilà, accroupi face à moi, ta voix prononçant mon prénom comme s'il s'agissait d'un ordre. Quoi encore ? Ma faiblesse te déplaît ? T'es un enfoiré. J'ne sais pas si je dois croire en la douceur de tes gestes ou en tes mots abrupts, poisseux d'impératif systématique. Alors vas-y, dis-moi. Dis-moi ce que tu attends de moi.

Relève-toi, Logan.

J'hésite, je bute sur ces syllabes trop impérieuses, trop détachées, trop tout en réalité. Me relever ? J'aimerais pouvoir le faire, au sens propre comme au figuré. Déplier mes jambes et me remettre sur pieds, pour affronter la vie sans se dire que c'est fatiguant d'exister. Juste faire partie de ces simplets insouciants, de cette bande d'imbéciles heureux qui échappent aux introspections inutiles et se laissent porter par les aléas. Sauf que j'suis pas comme ça. Jake non plus.

Je commence par relever la tête, avec une lenteur timide, si hésitante que je me serais giflé en temps normal. Mon regard croise le sien un bref instant, quelques secondes fugitives qui passent trop vite mais je n'y peux rien ; mes yeux sont happés par les tâches ensanglantées qu'il trimbale sur son visage. Ce type est toujours mal-foutu. Il est de ceux qui cherchent la bagarre, constamment, qui provoquent et sont en quête perpétuelle de défi. Se défier soi-même et défier l'autre, quitte à se prendre des coups ou des menaces de mort. Mais le despote, il s'en fiche, il le dit et le répète : il n'est absolument rien de ce qu'il subit. Ce sang sur ses lèvres, ce n'est pas lui. Ce corps, pour lui, n'est que le réceptacle fragile de sa psyché, et ce ne sont pas quelques coups de poing qui vont lui arracher son sourire. J'ai essayé, en vain. À l'époque où je ne le comprenais pas, où je le prenais pour un de ces tarés à l'esprit étriqué. Pensées borderline revendiqués par "la société c'est de la merde", et des pulsions anarchiques lamentables. Jake n'est pas comme ça. Il ne pense pas comme ça.

Tu saignes.

Et ma main libre s'en va toute seule à la rencontre de son visage hâlé. J'y étale du charbon sans y faire attention, trop occupé à effleurer sa lèvre inférieure du bout de mon index, à m'y attarder distraitement, comme si toucher pouvait m'aider à mieux constater. Ma voix est caverneuse, rauque tant le silence dans lequel je me suis muré est long. Depuis combien de temps est-ce que ça dure ? La dernière fois que j'ai ouvert la bouche pour émettre un son doit remonter à plusieurs jours, mes cordes vocales sont rouillées.

Je m'éclaircis la gorge, et émets un ricanement pathétique.

Si je me relève, tu vas partir.

Et je n'ai franchement pas envie qu'il parte. Je ne veux pas retrouver ma solitude, pas encore. Pas maintenant.

Je ferme de nouveau les yeux, et resserre l'étreinte de nos mains entremêlées. J'ai l'impression que si je lâche sa main, il s'en ira. C'est idiot mais j'ai une peur viscérale de l'abandon. J'ai peur qu'il se détourne, je redoute son désintérêt, j'ai conscience d'être un parfait idiot mais jamais je ne pourrais altérer ça. Je suis un gosse et je désire des choses impossibles. Je désire qu'il reste là, pendant des heures, des jours, et qu'on reste comme ça sans bouger, qu'on soit juste là à se regarder. J'aimerais... du réconfort. J'veux pas de compassion, je m'en branle éperdument. J'veux pas de sa pitié ni de sa compréhension de c'que je suis et de comment je fonctionne. Non. Je veux juste du réconfort. Juste... parler, l'avoir près de moi, me fâcher contre lui, grogner et râler comme je faisais avant. Retrouver l'insouciance le temps d'un moment tu sais, et me laisser aller à ma connerie habituelle. Sans penser à ce que je suis et à c'que je suis devenu.

Juste...

Tu veux bien me prendre dans tes bras ?

HRP : Gros pavé. :D C'est exceptionnel hein, je pondrais pas 3000 mots à chaque réponse. xD Mais pour une fois j'avais envie de faire un truc appliqué t'sais, vouala. ♥♥
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Dim 26 Fév 2017 - 23:46
Intemporel. C’était un instant qui ne durait pas mais qui simultanément, s’étirait dans le temps. Est ce que Logan savait maintenir un élément dans son état le plus exquis, contre la course intarissable de la montre ? Est ce que quelqu’un retapera le palais de l'Anglais une fois détruit ? Jake aimerait se conforter dans l’idée que son cadet ne laisserait pas les choses s'effriter ainsi. Une âme d'enfant ne devrait pas faner. Le despote savait défaire, démultiplier, découdre et effilocher pour jouer sur un terrain de jeu à l’infini. Pour ouvrir des horizons à n'en plus finir et mieux filer vers une des brèches ouverte. En ce sens, Logan constituait son inverse parce que son univers était conçu pour la création.  

« Tu saignes. »

Bien sûr, tu as raison. Vraiment ? Facilité déconcertante. Et pourquoi aurait-il raison ? Déclame une pensée rebelle. Pendant ce temps, la voix cassée de son cadet avait tenté de raisonner entre ces murs délabrés. Faible, trop faible. Tellement faible qu’il suscitait la colère de Jake en même temps qu’il soulevait un ras de marée dans toutes ses réflexions. Il brouillait, il calmait et atténuait son brouhaha intérieur. C’était précisément le silence dont parlait la petite Mary, la dernière fois. L’esprit de Logan avait un caractère complexe mais décomplexé. Dans un même schéma, celui de Jake revêtait sur le modèle d'un schéma complexe par dessus laquelle se couvrait une autre couche complexe. Hyper-complexe. Entre quelques méditations lointaines, le rouge cilla face au regard du jeune criminel. En temps normal, il ne s’émouvait pas d'autrui. Mais Logan, il le lui déclenchait sans réellement s’en rendre compte, et ce depuis le début de leur rencontre. Inébranlable à ses piques acérées, voletant au dessus de tous ces trucs et codes liés à la société, et sans jamais réellement mordre au caractère fourbe de son despote. Intouchable.

A chaque mots lancés, le brun lui en collait d’autres, d’autres qui s’ouvraient sur un univers à part. Le sien. Jake ne pouvait simplement pas croire que tout avait disparu. Qu’attendait-on du passé ? Y revenir en balayant à grand coup les passages les plus déplaisants ? Jake était incapable de dire quand cette machination avait commencé. Tout comme il ne pouvait se résoudre à laisser une faille fermée. Il fallait l’ouvrir, l’ouvrir pour dessiner une autre voie. Avait-il fait de son ami, un obstacle ? Conscient de connaître la réponse, le despote des âmes s’en contraria et s’en irrita davantage. Il agrippa la main de Logan, lotie jusque là dans la sienne et le ramena à lui d’un mouvement sec, entraînant le corps de son koneko. Il ignorait depuis combien de temps il était resté là ankylosé mais c’était une vue qui l'insupportait au moins autant que s’il en suffoquait. Logan l'oppressait.

« Je ne partirais pas, jamais. »

A nouveau, la fragrance de Logan. Ses pensées indéfinissables et à la fois presque palpables alors qu’il le sentait contre lui. Ses cheveux, sa peau. Il se rappellait leur dernière proximité.

Et mon cœur tambourinait, le souvenir de tes doigts sur mon épaule, sur ma nuque, près de mon cou, dans cette salle de bain où l'instant, si matériel, si physique, n'avait été que trop éphémère, que trop court et fugace, accroché à ce souffle, mon prénom entre tes lèvres. Tous mes muscles crispés, et l'instant suspendu, tes lèvres proches des miennes, et tes yeux perdus.

Et pourtant. Il était d’une attirance trop puissante pour ces âmes égarées. Une fleur au parfum enivrant qui attirait la déraison. Ramené brusquement contre lui, il a refermé un bras derrière le dos de Logan. L’autre s’est perdue dans la noirceur de ses cheveux. Près de lui, contre lui, il avait oublié d’être celui qui décortiquait et ressassait les moindres faits et gestes de l’individu. Ce n’était cependant pas lui qui se tenait contre son cadet mais lui, qui le tenait ainsi. Logan l’oppressait, Logan l'apaisait. Mais par dessus tout, c’est dans sa rancœur qu’il aurait pu l’écraser dans ses bras.

« Je ne partirai pas alors parle-moi, décharge-toi. Je suis là. »

Dans l’enceinte scolaire, il y avait trop de prérogatives. Les murs ternes de ces bâtiments étaient une entrave à leur relation. Une étrange once d’intimité vétuste. Tout deux, vulnérables et pris dans un étau intemporel.

« ... Tu m’obsèdes. »

Ça aussi, ça ne l’amusait pas. Le sol était froid mais il ne le sentait pas. En levant la main qui s’était refermée autour de Logan, il s’était aperçu qu’il était taché de charbon.

Un mouvement plus posé cette fois, et Jake rapprocha son visage jusqu’à sentir sa respiration se fondre avec celle de son cadet, jusqu’à caresser le bout de son nez contre le sien et frôler ses lèvres contre les siennes.

Il ne l'embrassait pas, il l'effleurait.

Un seul murmure, un regret.

« Dis le moi, pourquoi. »

Pourquoi tu me fais ça.
Ne t'éloigne pas.
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- Grand Manitou -
Mar 14 Mar 2017 - 23:57
Jake. Ce type est tout pour moi. Son quotidien est venu bousculé le mien et, menottes aux poignets, il a démoli mes fondations pour me reconstruire… à sa façon. Et si tu savais à quel point je le respecte pour ce qu'il a fait, si tu savais combien il m'a changé. Avant lui y'avait rien, ma vie c'était l'allégorie de l'Insipide, j'étais là dans ce monde sans le comprendre, sans savoir c'que je faisais ici parce qu'au fond j'avais rien choisi. Pas choisi d'être ici. Je déambulais dans ma réalité étriquée, je stagnais dans mon vide, j'échangeais avec le néant. J'avançais sans savoir où aller, persuadé que mener une vie simple allait me mettre à l’abri des aléas sournois, de c'qu'on appelle les vicissitudes indésirées, de celles qu'on élude et de celles qu'on tait. Il a fait intrusion dans mon existence morne, avec son p'tit sourire à la con et ses inflexions moqueuses qui agitaient la commissure de ses lèvres. Il est venu avec son regard enjôleur qui luisait d'un éclat impérieux, d'un morceau de folie dévorant et de ses mots séditieux. Ce type m'a mis face à des vérités implacables que j'avais obstinément refusées de voir, il m'a détruit et m'a fait comprendre que c'était pas ça, la vie. La vie c'est pas de se réveiller tous les jours à la même heure, la vie c'est pas d'avoir un bon métier, une belle maison, et de travailler pour espérer couler des jours heureux. Parce que la vie, faut pas la laisser couler comme ça, la laisser glisser entre nos doigts et passer entre les gouttes des aléas. La vie on doit s'en emparer, la prendre par le col et exister, s'imposer et se galvaniser pour mourir épuisé, le sourire aux lèvres et sans regret. C'est ça la vie. C'est pas le rêve bancal que nous propose la société, c'est pas ta voiture, ta femme ou ton statut hiérarchique qui la définit. La vie c'est… être soi.

Mais qui suis-je, au juste ? Qui suis-je, au-delà de ce prénom que je n'ai même pas choisi, de cette étiquette de tueur à gages et de la gueule de merde qui me représente ? Qui suis-je, entre celui que je crois être, celui que je veux être, celui que je montre aux autres et celui que je cache ? J'ai compris qu'en croyant savoir je me fourvoyais. J'ai pris conscience, grâce à Jake, que j'arrivais même pas à me définir. Indépendant mais dépendant de lui, misanthrope quand ça m'arrange, vide mais gonflé de désespoir, trop mâture et trop enfantin, blasé mais étrangement investi dans tout c'que je fais. J'aurais aimé être comme les autres et balayer ce genre de questions d'un revers de main, parce que jamais personne de sain ne s'attarde sur ce genre d’introspections. J'aurais aimé lui dire que tout va bien, sauf qu'au lieu de ça je quémande un câlin. J'me sens pathétique. Je l'envie, ce despote toujours maître de lui. Toujours ascendant à autrui. Sans cesse immuable, avec son charisme écrasant et ses convictions inébranlables, à empoigner la vie à pleines mains et à envoyer valdinguer les fondements de la société. Pourtant, avant j'le considérais simplement comme un ado en crise, avec sa coupe de cheveux étrange et cette façon de bousculer les autres avec indolence, les écrasant sans le moindre ménagement. Un petit anarchiste de merde, un fils à papa éduqué de manière à ce qu'il se croie tout permis. Ne parvenant toujours pas à le comprendre, j'ai mis sa marginalité sur le compte d'une pathologie quelconque, j'ai cherché à justifier sa différence parce que je la redoutais. Parce que dans ce monde pourri chacun se dit différent mais qu'aucun n'est foutu de sortir du troupeau, et que j'croisais pour la première fois quelqu'un qui s'était réellement placé en marge de tout ça. C'est bizarre, dit comme ça. J'ressemble à un fanatique, à un gars fou amoureux ou bien à un fou tout court j'le conçois. Mais tu peux pas comprendre tant que tu ne t'es pas retrouvé face à ce spécimen. Il a changé la vie de Kaori après une simple discussion pendant laquelle il décuvait, il a traumatisé Elliot à tel point qu'il a fini par mettre les voiles, sûrement apeuré à l'idée de m'approcher.

À bien y réfléchir, j'suis le seul qu'il a souhaité garder près de lui.

Je ne partirais pas, jamais.

Et comme un écho à mes pensées, j'me suis retrouvé contre lui, ses bras enlaçant mon corps voûté. Une étreinte douce mais un geste brusque qui m'a surpris, comme s'il m'en voulait. Mais je m'en fous, l'important c'est qu'à cet instant, je me trouve au seul endroit sur Terre où j'me sens bien. Dans tes bras. Je pousse un soupir, je ferme les yeux et me laisse aller, peu à peu je me sens mieux. J'suis calme. Ma respiration s'apaise. Et, lentement, mes bras enveloppent son corps, mes mains se pressent contre son dos, le serrant contre moi. J'aurais pu grogner d'aise lorsque sa main est venue se perdre dans mes cheveux, ou me mettre à ronronner comme un koneko docile, tant ce geste suffisait à guérir mes troubles. Je me contente d'une inspiration sereine, chargée du parfum boisé si caractéristique du despote, et je souris à demi en sentant une mèche rouge chatouiller le coin de mon visage. Je suis bien. Ma crise de nerfs me semble étrangement lointaine, et se répercute dans ma tête comme un souvenir brouillé, déformé par le temps et rendu trouble par les années.

Je ne partirai pas alors parle-moi, décharge-toi. Je suis là.

Il martèle, il insiste, fidèle à lui-même, et je sais qu'il ne me laissera pas en paix tant que je n'aurais pas exprimé la cause de ma faiblesse lamentable. C'est fini, les années où on se tapait dessus pour s'arracher quelques mots sincères, il est révolu le temps des diatribes cinglantes qu'on se lançait à la figure pour blesser l'autre et extirper des remords un peu de vérité. À quoi bon se cacher des secrets hypothétiques, des parts de soi que l'on n'assume pas, alors qu'on est là tous les deux à lutter pour le même combat ? Lui et moi, contre les autres. C'est réducteur mais c'est l'impression que j'ai, quand je nous regarde.

... Tu m’obsèdes.

Je cille, incrédule. C'est ma seule réaction. Le mec le plus sexy de tout l'Archipel me susurre que je l'obsède, et je ne fous rien si ce n'est rester contre lui, sa chaleur plus importante que ses états d'âme. J'suis égoïste, j'reste passif, plongé dans mon mutisme. Je l'obsède et alors ? Est-ce que le fait de savoir ça changera quoi que ce soit à ma douleur ? Est-ce qu'être définit par une obsession doit me rendre fier et atténuer mes pulsions d'orphelin flippé de l'abandon ? Je me sens perdu et lui m'égare encore plus. J'ai seulement besoin qu'il se taise et qu'il me laisse profiter de cette étreinte, qu'on reste comme ça encore quelques minutes, quelques heures, quelques années. Comme ça, juste enlacés. Sauf que la réalité ne nous le permet pas, et lui encore moins. Jake.

Nous sommes une obsession l'un pour l'autre depuis que l'on s'est rencontré.
C'est maintenant que tu t'en rends compte ? T'es partout là où je vais. Jake par-ci, Jake par-là, toujours la même litanie. C'est pas l'genre de pensées transies d'amour qui m'accompagnent, mais juste des petits détails qui font converger mes introspections vers ta personne. Quand je me blesse je pense « pourquoi Jake n'est pas là ? » quand j'croise un mec aux sourcils bleus j'pense à nos soirées coloration, où j'peignais ta tignasse avec le mélange qu'on avait minutieusement préparé. J'pense à toi quand j'entends des éclats de voix, quand j'suis au milieu d'une foule et quand j'suis face à ma solitude ; j'devine ce que t'aurais fait si t'étais avec moi, si en voyant l'épaisseur de neige dehors t'aurais sauté du toit pour faire un diable avec la silhouette de ton corps sur l'étendue immaculée. T'es dans ma tête, j'te déteste mais tu t'imposes à moi et j'peux rien faire contre ça. C'est pas de l'amour, non. C'est de la… fascination.

Pour moi, personne ne t'arrive à la cheville. Tu les surplombes tous.
À côté de toi, ils me paraissent tous minables.

Dans mon silence, j'entends le mouvement las de sa main qui glisse de mon dos, et je lève alors le regard sur un visage bien trop près du mien. L'atmosphère est étrange, indéfinissable et ses lèvres à proximité de mon souffle trop calme m'arrachent un instant d'hésitation. Je doute. Retour à la case départ.

Dis le moi, pourquoi.

J'me demande ce qui lui prend, j'me demande ce qui est en train de se passer et où est-ce qu'on va, comme ça. Je cille, une fois puis deux, je le fixe, dépaysé, mes yeux noyant les siens. Et puis j'me dis que ça peut déraper, là, on peut trébucher et se planter, j'pourrais l'embrasser et aussitôt le regretter. Comme avant. Comme toujours. Des putains d'éclats de voix, des coups de poing qu'on donne à l'autre à défaut de se comprendre, des chutes et des morceaux qu'on recolle ; on appuie sur pause, on rembobine et on recommence. Jake, Jake.
« Logan, ne me fais pas confiance, ne me crois pas. Ressens juste les choses dans leur fond, telles qu’elles le sont pour toi sur le coup. Tu peux encore poser à plat tous les non-dits. »
Je me souviens de ces mots comme si tu les avais prononcés hier. Alors dis-moi Jake, on va où, maintenant que j'te fais confiance, que j'te suivrais au bout du monde ?
« À mes yeux, tu es ce que tu es, point final. Quant à moi, je détiens un rôle inutile dans ta vie. »
C'est faux. Tu t'es imposé à moi, à tel point que j'vois plus l'avenir sans toi. Si tu savais à quel point j'ai eu peur de te perdre quand il y a eu ce typhon. J'me suis dit que c'était fini, qu'en plus de m'arracher ma famille, on t'avait enlevé à moi. Ça aurait pu être le cas tu sais, j'ai la poisse et je l'ai toujours eu, j'attire les emmerdes et la mort aime mon entourage. Et maintenant t'es là et tu joues de cette proximité, en sachant très bien que l'époque où on se repoussait pour la forme est révolue maintenant. Parce que les paroles d'antan sont désuètes. Que ton rôle est primordial dans mon quotidien. Que le p'tit orphelin s'est attaché à toi. Et que si tu pars, il s'en remettra pas.

Doucement, mes mains abandonnent son corps pour retomber au sol. Je le regarde, je cherche à le comprendre et au fond de mes prunelles danse un éclat de colère sourde. Sans savoir pourquoi, j'ai envie de lui en mettre une. Là, maintenant.

T'as vraiment besoin de savoir ? Tu peux pas t'empêcher de chercher, toujours, une raison à tout ?

Je soupire, tournant un peu la tête pour fuir ce regard oppressant. Ma main vient se glisser nerveusement dans ma tignasse ébène, et j'me retrouve sans savoir quoi dire, quoi faire, quoi penser. C'est toujours comme ça. Mes idées sont claires dans ma tête et je lui martèlerais bien un monologue rempli de mon mal-être et de mes incompréhensions mais, il suffit que ses yeux se posent sur moi et… je suis troublé. J'ai du mal à réfléchir.
Putain.

J'sais pas c'que j'ai, Jake. Je… Y'a plus rien qui tourne rond. J'appuie sur la gâchette et ça m'fait que dalle, putain. J'suis… en colère, mes mains tremblent, et me défouler sur les gens m'suffit plus. J'me sens mort et ça m'fout la trouille...

L'angoisse est palpable dans ma voix. Elle coupe mes phrases, m'explose l'estomac et me coupe le souffle, j'ai l'air d'un gosse qui se plaint à ses parents en s'exprimant de manière décousue. À nouveau, j'me sens mal. J'me sens oppressé. Écrasé.

Je foire toujours tout. Je me hais…

Et je le hais, pour être là et si près, trop près de moi, ses lèvres effleurant innocemment les miennes… Innocemment ? Foutaises ! Viens pas me dire que c'est innocent, va pas m'faire croire que c'est involontaire. Ça a toujours été ambigu, entre nous. Putain, quoi. J'ai envie de lui sauter dessus tout comme j'ai envie de le rouer de coups, je voudrais mourir dans ses bras et lui arracher les yeux. Trop de non-sens, trop de paradoxes, son visage trop tangible et ce baiser trop tentant, pour pulvériser mes états d'âme et laisser mon soupir se heurter à sa bouche… Bordel, bordel.

Je déglutis.
Bordel.

Mes mains s'emparent de la courbure de ses épaules et mes lèvres s'écrasent impérieusement contre les siennes. Ça n'a rien de délicat est d'appliqué, c'est un baiser brutal, avide et frénétique, j'annihile son souffle tandis que le mien est erratique, mes lèvres capturent sa bouche et mes ongles tracent des sillons brûlants dans la chair de sa nuque, j'impose l'échange insatiable, profondément extatique. Bor-del. Je perds pied, j'en veux plus, et dans un soupir fébrile j'approfondis l'échange en mêlant désormais nos langues, le provoquant, l'embrassant lascivement. J'sais pas ce qui me prend. J'veux le perdre dans cette étreinte torride, j'veux le voir aussi perdu que moi et finalement, à contrecœur, je quitte la chaleur de ses lèvres dans un mouvement de recul alangui, mon regard fiévreux cherchant le sien. Je cille, trop lentement mais j'y peux rien, j'essaye de calmer cette envolée de papillons dont les ailes lacèrent furieusement mon ventre.

Putain.
J'inspire. Lentement. Et rouvre les yeux, le souffle coupé, les mains crispées sur ses épaules. Ok.

On se calme.

Tu l'as cherché.

Voilà, maintenant on est deux à être paumés. Moi encore plus, mais je me tais. Putain de merde… j'en ai déjà assez fait.

HRP : ... J'avais pas prévu cette fin xDD *s'enfuit en courant, honteux*
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Entre nous. /Logan/
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